DUC DE LORRAINE
Monseigneur,
Un auteur, avant de mettre au jour ses productions sous les auspices d'un nom illustre, doit
* Troisième fils de Léopold Ier, né en 171 2 et mort en 1780. Entré de bonne heure dans la carrière des armes, le prince Charles-Alexandre s'y distingua autant par sa bravoure que par son instruction et sa sollicitude pour les soldats dont il étoit adoré. Appelé plus tard au gouvernement des Pays-Ras, il signala son administration par la constante protection qu'il accorda au commerce, et l'abondance qu'il fit régner dans la Belgique. Les gens de lettres, qui admiroient ses connoissances variées , eurent en outre particulièrement à s'en louer, pour la bonté avec laquelle il les accueilloit et mettoit à leur disposition sa bibliothèque, son cabinet de médailles et d'histoire naturelle. En un mot, il fut digne de son père Léopold Ier et de son aïeul Charles V.
292 ÉPITRE DËDICATOIRE.
avoir mendié son aveu : ils arrêtent ensemble , | je rougis de le dire, une espèce de convention tacite également indigne de tous deux : l'un s'engage souvent à trahir la vérité dans une épitre tissue de flatteries, dont le protecteur rit le premier; l'autre à payer son mensonge. J'ai dédaigné cet usage humiliant , et Votre Altesse Royale, loin de s'en offenser, approuvera, j'en suis sûr, l'audace d'une muse qui, pour la célébrer plus noblement, a voulu conserver toute sa liberté. Les hommages volontaires, désintéressés, sont les seuls qui plaisent aux âmes délicates. Groirai-je d'ailleurs qu'un fils désavoue l'éloge d'un père, ou qu'un héros rejette le portrait d'un grand homme? C'est celui de Ï.ÉOpold que j'ose offrir à Votre Altesse Royale. Héritière et témoin de ses vertus, elle trouvera peut-être que je les ai peintes foiblement : je ne m'abuse point, et j'ai senti la médiocrité de mes talents; mais, né dans le sein de la Lorraine, je n'ai pu résister à l'envie d'élever un monument public au meilleur de ses souverains.
Votre Altesse Royale aima les lettres dès son enfance; et vos exploits militaires, dont l'Europe s'entretiendra long-temps avec admiration , ont
été les effets de vos lumières bien plus encore que de votre valeur. Aussi avez-vous toujours honoré de votre auguste protection les muses , même les plus obscures, persuadé qu'après l'art de faire de belles actions, Fart le plus glorieux est de les célébrer. Il vous étoit réservé de donner au monde le modèle d'un grand prince. Citoyen ignoré, mais jeune encore, je me croirois heureux, si jamais, encouragé par vos regards, Apelle nouveau, jetois digne de peindre Alexandre.
Je suis avec un profond respect,
Monseigneur,