ELOGE DE LÉOPOLD FR
Messieurs,
C'est d'un grand de la terre que ma foible voix entreprend aujourd'hui l'éloge ; et la vérité n'aura point à rougir de l'encens qu'il recevra de nous. Périssent
* Lu à l'académie de Nancy et publié en 1774- — L'orateur présente son héros sous deux points de vue qui forment la division de son discours. Dans la première partie, il considère Léopold comme un bon roi, uniquement occupé du bonheur de ses sujets; dans la seconde, comme un législateur donnant des lois , des mœurs, un caractère aux Lorrains. Le fond de ce discours ne présente rien de neuf, rien que n'aient déjà dit tous les panégyristes des rois. Le soin du bonheur 'public, les abus réformés, des établissements utiles , font presque toujours la matière de ces sortes d'éloges; on diroit que tous les souverains se ressemblent, qu'ils ont tous eu les mêmes vues , qu'ils ont toujours été animés du même esprit. Je voudrois qu'un orateur s'attachât davantage à peindre le génie et le caractère du prince qu'il célèbre: l'entreprise , il est vrai, seroit plus difficile à remplir; mais aussi ce seroit épargner aux lecteurs bien des redites. Quant à la partie du style, le discours de M. Gilbert renferme un grand nombre d'expressions et de métaphores qui ne seront point avouées par le goût; du reste il annonce dans son auteur de l'esprit, de l'imagination , du talent. ( Fr. )
les muses qui trafiquent du mensonge et de la gloire avec les maîtres du monde ! La crainte , l'ambition, la foiblesse, l'intérêt, à la honte des lettres, ont, je le sais, dans tous les temps procuré tour-à-tour des panégyristes aux plus cruels tyrans ; et ISéron même fut loué par le poëte de la liberté1. De nos jours l'éloquence s'est mise pour ainsi dire aux gages des souverains : durant leur vie, elle s'applique à couvrir leurs injustices des couleurs et du nom des vertus, afin que les hommes, trompés, souffrent sans murmure le joug de 1 oppression; après leur mort, on l'entend gémir sur leur tombe, et proclamer à grands cris pères du peuple, des monstres qui n'en furent souvent que les fléaux. Aussi les apothéoses des rois sont-elles presque toujours suspectes , même aux yeux des simples; et ceux qui les ont faites, odieux et méprisables. Présage terrible sans doute pour un orateur qui viendroit offrir à votre admiration l'image d'un prince dont toutes les actions ne seroient pas avouées par la vertu ! mais, dix lustres après son trépas , je vais célébrer Léopold ; et, ce qui me rassure contre l'anathème lancé d'avance sur les panégyristes des fronts couronnés, je vais le célébrer... en quels lieux? C'est au milieu d'un peuple qui trente ans goûta sous ses lois la paix , l'abondance et le bonheur; c'est dans une ville où je ne puis nulle part jeter les yeux sans rencontrer des monuments de sa bienfaisance ; c'est devant une assemblée où je remarque une foule d hommes qui lui
Lucain. Voyez l'invocation de la Pharsale.
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doivent leur fortune et leurs honneurs ; qui , au moment où je parle , essuient les larmes que le nom seul de leur bienfaiteur arrache à leur reconnoissance.
Respectables vieillards, vous à qui il fut donné de voir le plus grand des princes ; magistrats , à qui ses travaux épargnent tant d'études, de soins , de veilles dans la plus honorable et la plus pénible des fonctions; vous tous, ô citoyens qui daignez m'écouter, et dont les pères se plarsent encore à raconter les hautes actions de Léopold! soit que je peigne ce héros renonçant aux combats, glorieux amusements de son jeune âge, ordonnant à nos contrées désertes de se peupler, ressuscitant l'industrie et les arts parmi nous, fermant la porte de ses états à la guerre, les élevant, les maintenant par sa sagesse au comble de la prospérité; soit que je le représente donnant des lois , des mœurs , un caractère aux Lorrains , ou que , pénétrant les secrets de sa vie privée, je fasse voir dans un souverain le père, l'ami , l'homme enfin accompli, élevez la voix, attestez les prodiges que je raconterai , rendez hommage au restaurateur, au législateur de la Lorraine, au vrai sage ; et si mes crayons ne retracent pas toujours ses vertus avec autant de force qu'elles sont imprimées dans vos cœurs , en faveur de mon zélé pardonnez à la foiblesse de mes talents : on doit plaire aux âmes reconnoissantes , lorsqu'on leur parle de leur bienfaiteur.