‹ Œuvres complètes de Gringore; (volume 2)Chapitre 136 sur 207 · Qui ont mis leur« tètes folles, qui ont arboré les signes · texte numérisé non relu

Qui ont mis leur« tètes folles, qui ont arboré les signes

de leurs folies.

X . Il faut comprendre , je pense , que les Sotz se trouvoient d'abord dans la partie basse du ééâtre; les personnages survenants se tenoient un instant sur le haut, et, après quelque colloque avec les Sotz déjà en scène, venoientles rejoindre.

Le Deuxiesme.

En bas^ Seigneur du Pont Alletz, Abrège toy tost, et te hastes.

Le Seigneur du Pont Alletz.

Je y voyfc, jey voys

Le Premier.

Prince de Nate&J Le Prince de Nates «, Qu'ellaPqu'ella?

Le Deuxiesme.

Seigneur de Joye*l Le Seigneur de Joyb.

Me vecy auprès de la proye , Passant temps au soir et matin Tousjours avec le femynin.

Vous sçavez que c'est mon usage.

Le Troisiesme.

Cela vient de honneste courage.

1. Ce prince de Nates parott vouloir symboliser les banquets, les dances, toute fête pendant laquelle l'on semoit sur les parquets des herbes, des neurs, en paquets, tressées, etc. Peut'-étre fait-il tout humblement allusion aux tas de paille qui servoient de tapis aux escoliers de l'Université écoutant les leçons des professeurs. Peut-être encore y a-t-il quelque souvenir du mot latin nates. La première explication nous parott d'autant plus vrabemblable que nous retrouvons dans le Mo-

ologue des Sotz joyeulx {Ane, pois, franc., Bibl. elzev., t. 3^ p. Il) ce prince de Nattes en compagnie du seigneur des Jonchées

Soingneax vous servir d'herbe verte,

2, Ce seigneur de Joye est devenu marquis dans le Monologue, et, dans les Lettres Nouvelles, évéque, en compagnie de Gayctté et de Platebourse.

Sottie. 209

Le Prince de Nates.

Mainte belle d'amy matée J'ay souvent en chambre natée, Sans luy demander : que fais tu f

Le Premier.

Vêla bien congne le festu * !

Le Seigneur de Joye.

Nopccs, convis, festes , bancquetz , Beau babil et joyeulx caquetz Fais aux dames, je m'y employé.

Le Deuxiesme.

C'est tresbien fait, Seigneur de Joye.

Le Seigneur de Joye.

Fy de desplaîsir, de tristesse , Je ne demande que lyesse ; Tousjours suis plaisant où que soye.

Le Troisiesme.

Venez à coup, Seigneur de Joye ; Prince.de Nates, tost en place.

Le Prince de Nates, Je m'y en voys en peu d'espace, Car jWens que le Prince y vient.

Le Seigneur de Joye. ^ Joyeusetê faire convient ; En ces Jours Gras, c'est l'ordinaire. ^

1. Locution proverbiale, fainéant qui se préoccupe de maiseries, pourfendeur de brins de paille. Il y a là undottUè., jeu de mots qui s'appuie sur lé sens habituel 4n mot €9gt«r dans les auteurs erotiques, et sur le nom même du ptinœ^ de Nates.

Cringore. I. '4

210 Gringore. '

Le General d'Enfance >.

Quoy ! voulez vous voz esbatz faire Sans moy ! Je suis de Paliance.

Le Premier.

Approchez, General d'Enfoncé, Appaisé serez d'ung hochet.

Le GENERAL.

Hon hon, men men, pa pa, tetet, Du io lOy au cheval fondu.

Le Deuxiesme.

Par Dieu , vêla bien respondu Enenfont.

Le Troisiesme.

Descendez tost tost, Vous aurez ung morceau de rost, Ou une belle pomme cuyte.

Le Prince, devant qu'il anuyte , Se rendra icy, General.

Le General.

Je m'y en voys. Çà mon cheval, Mon moulinet, ma hallebarde; Il n'est pas saison que je tarde ; Je y voys sans houzeaulx et sans bottes.

Le Seigneur du Plat>.

Honneur partout! Dieu gard' mes faostes!

1. Ce général, que nous retrouvons dans les Lettres NoifftlUs , est destiné à symboliser cette sorte particulière de sottise qui tourne à la niaiserie, à la naîyeté badaude et légèrement idiote.

2. Ce seigneur, devenu cardinal dans les Lettres NowfeUes, est, dans le Monologue, Phumble compagnon du seigneur de Rien, tristement chargé de préparer le banquet des Sotz.

Sottie. 211

En vccy belle compaignie.

Je croy, par la Vierge Marie, Que j'en ay plusieurs hébergez.

Le Premier.

Entre vous qui estes logez Au Plat d'Argent, faictes hommage A vostrç hoste : il a, de usaige De loger tous les souffreteux.

. Le Seigneur du Plat.

Pipeux, joueux et hazardeux, Et gens qui ne veullent rien faire, Tiennent avec moy ordinaire; Et Dieu scet comme je les traicte, L'ung au lict, l'autre à la couchette.

Il y en vient ung si grant tas Aucunesfois, n'en doubtez pas, Par Dieu, que ne les sçay où mettre.

Le Deuxiesme.

Descendez , car il vous fault estre Au conseil du Prince

11 a une apparence plus joyeuse dans la sottie de Gringore, et cela est de bon augure pour la position des Sotz. Ce Seigneur symbolise en effet , selon toute apparence , ce genre particulier de sottise qui portoit les hôteliers à faire crédit aux Enfants sans Soucis ; il représente la Mangeaille, et peutêtre est-il , comme Pontalais, un personnage réel, un hôtelier non mythologique, le maître de la taverne où les Sotz se rassembloient volentiers, la victime en titre d'office de cette espèce d'escoliers. Cette ensei||ne du Plat d'Argent étoit du reste bien reçue à titre d'amère ironie, et Roger de Collerye, persécuté par Plate Bourse, n'a besoin pour indiquer son triste sort , que de dire :

Au Plat d'Argent je fab ma résidence.

Chacun sait ainsi qu'il y demeure en compagnie de Faulte d'Argent.

Le Seigneur du Plat.

Fiat.

Puis qu'il veult tenir son estât , Je 7 assisteray vouientiers.

Le Seigneur de la Lune<.

Je y doy estre tout des premiers , Quelque chose qu'on en babille, lyôn fait quelque chose subtille Je congnois bien se elle répugne *

Le Troisiesme.

Misons qui tenez de la Lune^, Faictes luy hardiment honneur; C'est vostre naturel seigneur, Pour luy devez tenir la main.

1 . Avoir un quartier de lune en la tête , avoir de la lune, tenir de la lune , ces locutions populaires désignèrent toute bizarrerie ) toute originalité , toute fantaisie, toute folie, et, hélas! toute poésie. La Mère Folle de Dijon, comme nous allons le redire tout à Theure, appeloit sous l'abri de ses jupes les lunaticques, ecervelez,esventez, Dottes de nature. Le seigneur de la Lune est donc le représentant de cette sottise qui pousse les esprits élevés en même temps que les imbéciles à sortir des habitudes de la vie vulgaire. Il faut reconnottre d'ailleurs que Gringore , avec les idées de la bourgeoisie du Moyen Age, et de la bourgeoisie de tout temps, du reste, pense surtout aux imbéciles, quand il songe à symboliser Toriginalité.

2. On sait que le cours de la lune exerçoit une grande influence dans les idées du Moyen Age, non-seulement sur Phvgiène de l'homme, sur la naissance de Tenfant, mais même sur les entreprises à commencer ou à retarder.

3. A tous foux, archifoux, lunatiques^ heteroclytes, csventez, poètes de nature, bizarres, durs et bien mois, almanachs vieux et nouveaux, passés, présents et à venir, salut {Recept, du P, de Condi parmi les mtrelificques loppinans de l* Infanterie Dijonnoise), Ne sont-ce pas là tous les mignons qui tiennent de la Lune ?

Sottie. 2IJ

Le Seigneur de la Lune.

Je suis hatif 9 je suis souldain ,

Inconstant, prompt, et variable,

Liger d'esperit, fort variable;

Plusieurs ne le treuvent pas bon.

Le Premier.

(Miant la Lune est dessus Bourbon,

S^ y a quelq'un en dangier,

C'est assez pour le vendengier;

Entendez vous pas bien le terme ' i Le Seigneur de la Lune.

L'unç enclos, l'autre je defferme;

Se fais ennuyt^ appoinetement

Je le rompray souldainement.

Devant qu'il soit trois jours passez.

Le Deuxiesme.

Seigneur de la Lune, pensez Que nous congnoissons vostre cas.

j . Mous avouons que non. Y a-t-il là une allusion politique à la folie que, selon Grin^ore, auroit montrée Pierre de Bourbon, mari d'Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, en poursuivant Loms d'Orléans, actuellement Louis XII ? Les ])assans, à certain temps de la nuit ou de Tannée, se trouvoient-ils en danger dans le voisinage de Thôtel de Bourbon ? La Lune et Bourbon avoient-ils un sens particulier dans Targot des Enfans sans Soucis ? Ces vers se réfèrent-ils à quelque phrase i>ro- Yertnaledansla bourgeoisie parisienne, qui leur donneroit le sens de être en colère, ainsi que semblent l'indiquer d'autres passages contemporains? Faut-il rapprocher ce passage du diap. 6, liv. 2, oe Rabelais, dans lequel l'eschoher Limosin dte, parmi les Lupanaires qu'il invise, le cul-de-sac de Bourbon? Le champ des conjectures, comme on voit, est assez large, et les commentaires seraient facilement longs, même sur ces Sotties; nous en avons voulu donner cette preuve.

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