‹ Œuvres complètes de Gringore; (volume 2)Chapitre 35 sur 207 · A mesure que · texte numérisé non relu

A mesure que

5. Épices de |udicature; l'argent donné aux juges pour ie ingénient des procès.

a. Virigilius : Monstrum horrendum, informe ingens. h. Virg. : Obstupui,steteruntque corne etvoxfaucibus hesit. c. Hor. : Maximaparshominummorbottntatur eodem.

48 Gringore.

Que recueilioient plusieurs praticiens Sotz et subtilz , jeunes et anciens.

Lors mon esprit voulut sçavoir comment El s'appelloit , mais tout soubdainement Lesassistens luy dirent sans réplique Que tel monstre estoit nommé Pratique ; Le regardant , sans trop fort s'estonner, Par passe temps le voulut blasonner.

Le blason de Pratique.

Practique avoit la face merveilleuse , Comme ung cinge estoit insaciable y Qui en ses joues veult faire garnison Des biens mondains , sans user de raison ^, Et, sans cesser, quelque malice songe; Comme ung lyon mort de ses dens et ronge; Tous les estatz tresubgectz veult tenir Pour son orgueil et pompe entretenir.

Si tel monstre n'est souvent estoffé », De ses cornes , quant il est eschauffé , Hurte les gens comme un toreau baunier ^ Fier et jreux , posé qu'il soit asnier Comme Midas portant d'asnes oreilles ; Paresseux est en festes, jusnes, veilles De visiter les justes causes bonnes Qu'ont devant luy différentes personnes,

1. Peut-être faut-il comprendre étoufFé. Estoifé paroît plutôt devoir signifier ici chargé de dons.

2. Taureau bannier, qui appartenoit au propriétaire du fief, et dont chacun des fermiers se servoit moyennant rétribution.

a. Psalm., LXIX : Os tuiun abundavit maliciâ et lingua tua concinabat dolos.

Les folles Entreprises. 49

Et sans argent mot ne sort de sa bouche '*. ' ^9 w^'^^^

De sa queue de renard il s'esmouche ^% ^(>^o

Tant qu'il n'y a si rusé ne si fin

Qui entende son faulx parler vulpin.

Son poil de bouc , trop long oultre mesure ,

Signifie que par folle luxure

Il obeyt aux dames , en tel sorte *

Que à leur plaisir justice n'est plus forte ,

Quant bien souvent compères et commères

Luy font getter sentences tresamères; [sons »,

Comme ung pourceau est gourmant, par bla-

Se veult nourrir de plusieurs venaisons,

Et prend plaisir quant bons vins on luy donne.

Il va , il vient , tout par tout court , furonne

Ainsi que ung cerf trotant en ung bocaige

Sans supposer que aux branches fait oultraige,

Car sa pratique est si tresrapineuse

Que d'Yasser el ne veult estre oyseuse ^.

Qui entresuit tel monstre dangereux

Des saiges est réputé malheureux.

L'Acteur.

Or voyez vous gens lettrez , entenduz, Qui recueillent sa tresorde fiente, Soubz sa queue de regnard estenduz ; Je ne sça]^ pas quel faubc esprit les tente, Je congnois oien qu'il fault qu^on les contente ,

I . Pour le bien définir, pour ie bien faire connottre. c. Ovidius : Ipse Ucet venias musis comitatus Honure

Si nihil attttleris ibi, Homère, foras, h. Ecdesîast., XVIIII : Vinum a muUeres apostatare facinm sapientes.

c. Jnv. : laterea pleno dum tanget sacculus ère

Cresdtamornunmiquantum ipsapecmia crescet.

Grmgon. I. 4

^o Gringore.

Mais s'ilz vouloient trop rapiner et mordre ">, Dieu est lassus , en iuy est d'y mettre ordre.

Balade touchant Justice.

O justiciers , qui ministrez Justice , Pas n'est requis d'estre foibles ne fresles Quant vous devez corriger le malice De vicieux plains de toutes cauteiies, Ni estre aussi trop ingratz ^ ou rebelles ; Pitié y doit avoir quelque regard ; Vous estes ceulx à qui est demandée Par les humains , et congnoissez par art , Que Justice est des sainctz cieulx procedée ^.

Soubz voz raanteaulx doit reposer police Comme au temple reposoient les pucelles ^ ; Car vous avez par les princes office De respandre par tout ses estincelles.

Espàndez les sur tous ceulx et sur celles Qui par larcin, tromperie et barat 5, Uont chassée hors, pillée et gourmandée , Car vous sçavez, corrigant tout estât Que Justice est des sainctz cieuk procedée.

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