‹ Œuvres complètes de Gringore; (volume 2)Chapitre 34 sur 207 · Mordu , encore usité dans plusieurs patois · texte numérisé non relu

Mordu , encore usité dans plusieurs patois

tf. Cîcero : Qui reipublice presunt qaidquid agunt ad cirim ttUlitatem référant obliti commodorum suorum.

44 Gringore.

Ces mouches là chassa hastivement.

Le malade de ce fait se courca,

Tresmal content devers luy s'adressa

En luy disant qu'il avoit en eflEaict,

Chassant ses mouches, envers luy trop forfait'.

De ce mefîait allégua la raison :

« Ces mouches m'ont picqué longue saison,

De ma chair sont si saoïules, tout conclus ,

Que pour l'heure ilz ne me mordoient plus.

Or les as tu chassées ; ilz s'en yront

Toutes saouUes, et d'autres reviendront

Affamées , qui encor de rechief

Me remordront ; tu m'as fait meschief

En me cuydant faire tresgrant service ;

Ta pitié donc tourne à mon préjudice. »

L'Acteur.

Vji r^^ povre homme playé, navré, blessé V^ C'est le peuple, qm est intéressé « Par accidens, il s'entend par practiaue »

Qui ronge , mort, destruit le bien publique ^ ; Et les mouches , declairer le vous vueil , Sont officiers qui sont plains juc à l'oeil

1. Qui est la victûne, la proie de; se rapproche ici du sens purement latin, inter esse, être au milieu de.

2. Practique, dans son sens général, c'est le métier de procureur et d'avocat; miand il est pris dans le mauvais sens , ce qui est fréquent a la fin du xy siècle, il signifie la ruse, la fraude, le pillage organisé, tout eut qui permet de voler en se cachant sous une apparence légale.

a. Seneca : Que profutura putamus sepè granus nocent.

b. Hesiodus : Paulatim corruit iUe Diis invisus Homo, cui mens intenta rapinis migiiat, qui jus violât.

Les folles Entreprises. 45

De la substance du peuple; c'est la glose '. u

L'homme piteux qui les chasser propose 1»

S'entend le Roy, congnoissant le malice

Des officiers , les mettant hors d'office "^

Sans supposer que d'autres y viendront J. '

Qui encor plus que les premiers mordront ; "

Car ce sont gens mesgres et affamez

Qui affin d'estre honorez et famez ^*

Veullent ronger sur le peuple et le mordre ;

Et n'y scet on en quel estât mettre ordre. ; ',;

Brief, il n'y a homme si tresrusé

Qui en ce cas ne se treuve abusé *. ' »< •

Aucuns juges jugent à l'adventure * . \

Sans sens , raison , loy , ne clericature , Où justice est subalterne nommée ; * , y

Et commettroîent plus grande forfaicture ^ -

S'ilzne craignoient la Court ? qui, par droicture, Ne veult souffrir justice estre blasmée.

Laquelle Court acquiert grant renommée ^ - ^

Par prudence , ainsi qu'il apparest ;

Car les faultes corrige par arrest ' - .

Et renverse les sentences malfaictes , Imparfiaictes rend selon droit parfaictes

I . Cela est proverbial , connu de tous ; peut-être ici le >oète veut-41 due : telle est l'explication, la morale, le com- ^^

Dentaire de l'histoire précédente. ^' *

a. Une des éditions de 1505 donne ne soit tremé abusé, ^ent-^tre pour ne soy treuve. * \' ,

). Le Parlement.

a. Ecdesiast., XXXII : Sine consilio nichil facias et post ; '^ actum nott penitebis. -

b, Jnven. : Expectata diu tandem provincia cùm te . \

Rectorem accipiet, pone irefrena, modumque Pont avaricie.

46 Gringorb.

Sans port ^ faveur, promesses, don$,necrainte. Toutes vertus sont en elle complettes Quant ne seuffre vraye justice estre enfrainte «.

Et a regard sur tout le temporel; Sentencier peult l'esperituel ^ Et mettre ordre aux presens et absens > ;

Nous avons veu le cas advenir tel, '^ '^ Dens le palais qui est royal hostel ,

Où estoient gens par milliers et par cens.

Gens aumussez n'avoient cure ae sens Et toutesfois la Court, de son office, Y ordonna si tresbonne justice Qu'ilz eurent sens en despit de leurs dens , Car gens sans sens peulent commettre maint En l'Eglise sens est tousjours propice, [vice ; Sans sens viennent dangereux accidens.

1. Sans doute port, apport d'argent; ou port, support des médians, favoritisme, partialité; peut-être faut-il lire paon

2. Nous n'avons pu retrouver sûrement le fait, Tévénement auquel il est fait allusion dans ce passage, vag|ue d'ailleurs quant au sens et à la date. L'histoire de l'Université et les recueils d'arrêts du Parlement ne nous ont fourni aucune indication certaine. Nous voyons le Parlement intervenir activement dans les affaires du clergé en trois occasions importantes : vers 1480, lors de la résurrection de la querelle des Réalistes et des Nominaux; au commencement du règne de Louis XII, lors de la rébellion de l'Université; au commencement du XVI' siècle, au sujet de la réforme de l'H6teI- Dieu. Notre poète faitji allusion à quelques détails de ces discussions i^ cela est possible; mais il est possible aussi, nous l'avouons , qu'il s'agisse de tout autre cas d'immixtion du Parlement dans les affaires spirituelles.

a. Hesiodus : Tu, judex, causa malorum, jus coU, in alteritts te nuUa pecunia vertat damna.

Les folles Entreprises. 47

La description de Procès et de sa figure.

Or advint il que mon esprit tresrude h^^ Se reposa en délaissant Pestude , Et s'endormit quasi tout fantastiq^ue ; [ Lors en dormant vit une beste inique ' Portant face de cinge ou de cingesse, Dens de lion et oreilles d'anesse , Cornes agues en façon de toreau , Cuisses trappes ^y enflées comme ung porceau, Corps de lévrier, et la queue de renara , Le poil de bouc , ayant une fier regard *, Jambes et piedz en façon (Pun cerL Quant mon esprit la Vit il n'avoit * nerf Quinetendist, car elle devoroit Papes, roys , ducz, Tous Estatz ? entouroit Comme nobles , citoyens, marchans Gens de mestier et laboureux des champs ^ Preux gendarmes, saiges, sotz, hommes,

femmes Il engorgoit , comme sucre par drames , , A la mesure que ^ telz gens molestoit La queue levoil , espices $ fientoit .

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