La Chasse du Cerf des Cerfs
Cette Chasse est destinée à symboliser un épisode des Guerres d'Italie sous Louis XII. Gnngore écrit à la fin de l'automne 1 5 10. Il nous montre le Cerf des Cerfs (Jules II) allié aux Cerfs ruraux (les Suisses) et aux Cerfs marins (les Veniciens), poursuivi mollement par les Francs Veneurs (les François), et quittant sa forêt Grasse (Bologne), après avoir simulé la maladie, presque la mort; puis tenant le ruyt (la campagne; levée du siège de Bologne, prise de la Mirandole), menacé enfin de se voir chassé définitivement par une assemblée tresbelle , qui doit avoir lieu en la saison nouve//^ (Pseudo-Concile de Pise, 1511). Les allusions de ce pamphlet sont claires, assez bien suivies ; mais ce qui frappe par-dessus tout, c'est un mélange de minutie et de largeur qui donne souvent à la pièce les allures d'un bavardage solennel. La forme est en général pompeuse, éloquente, le ton plus insolent qu'énereique, plus, ample que vigoureux, et c'est évidemment une satire qui procède du travail et de la recherche plus que de l'indignation. La masse est lourde, les vues sont étroites, et en somme la criticme inoffensive. Gringore, dans les momens où il est le plus âpre , veut faire pas-
Oringorc. I. *
Ixvj Gringore
ser Jules II pour un méchant ivrogne ; il est vraisemblable qu'une telle allégation étoit bien accueillie , car notre poëte y reviendra dans sa Moralité. Nous n'avons pu remonter à Torigine de cette accusation ; mais en cherchant, à l'aide de chacun de ses actes politiques, à reconstituer le caractère de Jules de la Rovère, en considérant surtout cette figure réfléchie, énergique et austère, que nous a léguée Raphaël, il nous paroît difficile de voir là autre chose qu'une plaisanterie d'escolier, inventée par la haine politique, et facilement admise par la badauderie parisienne.
A côté de cette pauvreté de détails et de cette lourdeur de composition , quelques traits ingénieux et vifs se rencontrent qui relèvent la pièce, et l'énergie de la phrase parvient souvent à cacher l'inanité de la pensée.
Disons en terminant que ce n'étoit pas la première fois que la Chasse du Cerf étoit employée au point de vue allégorique , et que ce ne fut pas la dernière fois que le noble art de la Vénerie intervint comme un symbole des querelles religieuses. Dans la Chasse du Cerf {Msl. de la B. Imp., 8i La Vallière), l'allégorie est purement amoureuse ; c'est l'Amour qui est comparé à cette chasse, et le poëte conclut ainsi :
Et pensai par celé aventure Ke li femme est <V autel nature K'autant i a bien à cacier, Âins c\on puist amie pourcacier.
Nous n'osons prétendre que ce soit ce dit symbolique qui ait inspiré à Gnngore l'idée de composer une allégorie avec un titre analogue. Nous | ne songeons pas non plus à affirmer que Dryden |
ET LA Politique bourgeoise. Ixvij
avoh eu connoissance du pamphlet de notre poète (^uand il composa son admirable poëme , The Hind and the Panther, où la Biche représente FÉgUse Catholique, comme le Cerf représente ici le Pape. Nous avons voulu seulement mettre en présence ces trois allégories, dont la première touche à la seconde par le titre , la seconde à la troisième par le sujet ; nous n'avons garde d'insister sur les conjectures qu'on peut tirer de ce rapprochement.
j. VEspoir de Paix,
Ce pamphlet nous donne un abrégé de l'histoire des Papes , où les prétendus crimes , vices et défauts de Jules II sont mis en regard des vertus de ses prédécesseurs. La liste de ces accusations est plus longue que convaincante , et à qui se rappelle l'âpre, violence des docteurs gaUicans des siècles précédens , les attaques de Clemengis, par exemple, Gringore paroît fort bénin. On ne sent pas là la hame du sectaire, du savant blessé dans sa vanité doctorale , et de l'universitaire attaqué dans ses intérêts de prébende ; on trouve un poète qui fait son métier de littérature et que le hasard pousse du côté de la littérature de pamphlet; on voit surtout et encore le bourgeois lettré qui se joue tantôt pesamment , tantôt spirituellement , mais toujours pour plaire au public, avec quelque petite inimitié utile et fructueuse à envenimer. Il est bien difficile d'ailleurs d'établir ce qu'il y a de plus criminel dans Jules II , aux yeux de Gringore, ou de sa barbe ou de sa cruauté, et ce mélange de jmérils reproches et d'accusations sanglantes donne au pamphlet un assez bizarre caractère.
Ixviij Gringore
L'habileté de Texposition d'autre part, quelques traits ingénieux, certains vers énergiques, la dextérité et la variété des formules, lui conservent une place honorable dans la satyre politi- (^ue. Il est surtout utile à consulter pour l'historien des idées du xvie siècle, et Ton trouve là un curieux exposé des théories que pouvoit faire un bourgeois de ce temps sur l'histoire de la Papauté aux diverses périodes de l'action de la France et de la Chrétienté.
j . La Coqueluche.
Nous avons peu de choses à dire de cette pièce; c'est ce qu'on appelle de nos jours une actualité. On peut la prendre comme un article de gazette, la comparer aux gazettes en vers des Loret, des Renaudot, des Saint-Julien. On trouvera surtout cette différence qu'ici le fait est peu de chose et que l'événement se trouve enseveli sous les considérations physiologiques et psychologiques. La morale y domine, les proverbes et la philosophie médicale tiennent le haut du pavé , et il faut chercher patiemment au milieu des maximes l'effet que ce. tresasore rheume produisit sur le cerveau et l'estomac de la bourgeoisie parisienne, au commencement de l'été de l'an I jio.
Le Jeu du Prince des Sotz.
Gringore lui-même a donné ce titre général à une série de morceaux dramatiques dont l'ensemble est incontestablement ce qui nous a été laissé de plus remarquable par le théâtre du Moyen Age.