‹ Œuvres complètes de Gringore; (volume 2)Chapitre 3 sur 207 · V Entreprise des Veniciens · texte numérisé non relu

V Entreprise des Veniciens

Le titre indique nettement le but aue Gringore s'^st proposé. Il a voulu soulever l'indignation publique contre les Vénitiens, en prouvant que leur république, fondée par quelques fuyards échappés aux massacres d'Attila , devoit son accroissement à des conquêtes injustes, et à un système d'a^andissement qui ne respectoit ni la^ foiblesse , ni le caractère vénérable, ni les plus légitimes droits des anciens possesseurs. Il énumère les diverses villes dont elle s'est emparée, et entremêle son énumération de plaintes, d'exhortations et de menaces. Les plamtes ont une apparence assez piteuse, les exhortations sont peu touchantes, et les menaces sont trop boursoufflées pour être bien redoutables. Mais il ne. faut pas oublier que Gringore s'adresse moins à Venise, la Cité jolye, qu'à la Bourgeoisie Parisienne. Il parla à celle-ci le langage lourd, emphatique, luxuriant de proverbes, qui la touchoit le plus. Son pamphlet , qui a la tournure d'une prédication compendieuse et convaincue , devoit laisser peu de doutes dans l'esprit des gens de la Bazoche et de l'Université sur la justice d'une guerre entreprise contre d'aussi effrontés pillards. La manière bizarre et grotesquement françoise dont Gringore écrit les noms italiens prouve qu'il ne s'mquiétoit guère de l'impression que son oeuvre devoit produire sur les Italiens et les

ET LA Politique bourgeoise, kv

géographes; il lui suffisoit d'être compris dans son voisinage et de soulever là l'opinion publique. On en pourroit conclure encore que notre pamphlétaire travailla non sur des documens officiels, mais sur des renseignemens oraux , qu'il rumina, qu'il s'appropria, qu'il façonna, en consultant uniquement les oreilles de ses auditeurs Parisiens et les nécessités du rhythme et de la rime.

Page 1