‹ Œuvres complètes de Gringore (volume 3)Chapitre 119 sur 208 · I. L'Exalution de la Sainte-Croix est le 14 septembre · texte numérisé non relu

I. L'Exalution de la Sainte-Croix est le 14 septembre

La Chasse du cerf des cerfs. i6i

Les autres cerfz coururent après luy; Comme j'ay dit, il print lors son refuy En son buisson , près de ses forêts grandes; Les cerfe marins n'eurent de luy appuy ; Mais le herpail » suivent pour le jourd'uy Et compaignent en bruyères et landes; Fmt maigres sont par deffaulte de viandes Et pource aussi qu'ont trop suivy les biches: En fin tout ung les povres et les riches.

Les cerfz marins Adriatiaues tendent Se reffaire; secrètement se tendent Et le herpail lessent à l'adventure Deçà, de là; ainsi le mars attendent, Car à changer de testes ilz entendent ; Cela leur vient de leur propre nature; Requoys, buissons cercnent pour couverture En refaisant leurs testes et leurs eresses.

Notezmesmots:Auxsoursnefaultaeuxmesses«

Aucunesfois ung crant cerf de regnom A avec soy uns serf, son compaignon, Où escurer soubz les boys et ramées; Mais iceluy qui serf des serfe a nom En a plusieurs , car, vueillent-ilz ou non , Il muse et pense choses desordonnées; Leurs testes sont reffaictes et sommées De poil nouvel; or est leur teste molle :

Les cerfz sans chief assez ayse on affoUe.

Les cerfz marins d'autre nature sont Que cer& des boys ; tandis que de chef n'ont. Il est requis que la chasse on leur doone;

]. Troupe, bande.

Cringore I. ii

l62 Grincore.

En ung buisson et ysie se, refont; Les veneurs donc qui sur eulx povoir ont, Les puent chasser, mais qu'on les abandonne.

Car en tout temps leur venoyson est bonne ; Tant plus ilz sont travaillez, tant mîeulx vault : On doit batre le fer quant il est chault.

Ce cerf des cerfz sçait des ruzes nouvelles, Que les veneurs peuent appellercautelles; Car, s'ilcognoist que chiens luy fassent (tresse, La fuytte prent par petites sautellesj Entre les chiens dangereux et rebelles Son escuyer et son compaignon lesse, Et, se plus fort de rechef on Topresse , Il trouvera le moyen d'eschapper :

Vieil serf rusé est fort à attrapper.

S'il est tout seul et soit aucunement De plusieurs chiens acueilly, sagement En sa meute tournera, querant change De cerfz, bisches, qu'essaye subtillement Bailler aux chiens; ce fait-il promptemem ; Aux bons limiers cela n'est point estrange ,. Et, se on les suit nonobstant, il rechange ; Avec bisches, cerfe fuyt , puis fait sa ruse : Si bon lymier n'y a que cerf n'abuse.

Aval le vent il court de belle tyre ; Aux rivières ou estangs se relire, Quant il est chault, pour sa vie garantir; . Car les fleuves ou ruisseaux veult eslire A celle fin, se le lymier désire Le pourchasser, qu'il perde le sentir ; Tout au milieu de l'eaue sans partir

La Chasse du cerf des cerfs. i6^

Dévalera une bien ^ande espace :

Ruse n'y a que le vieil cerf ne face.

Les bons veneurs congnoissent tout par Ces ruses là, mon révérend seigneur ; fcseur Par (}uoy suffit, d'en parler pour ceste heure , Ma» \t reviens à la grande fureur Du serf des serfz , quant est en sa chaleur.

Durant son ruyt^ où trop longtemps demeure ; En son halier, fort , buisson ou demeure A fait ruze que jamais serf ne fist :

Qui peult, de tout fault faire son prouffit.

Mémoire n'est Cjue en buisson ou en fort Y ait eu serf qui ait faint estre mort Comme cestuy ; telle ruse est nouvelle ; Bien est des cerfz qui, à droit ou à tort, S'entretuent par leur cruel effort , En la saison qu'en ruyt on les appelle; Mais ilz ne font point les mors par cautelle Comme ce serf; veneurs, or y pensez :

Tous bons servans ne sont recompensez.

Veneurs n'ont point ceste leçon apprise Que l'on corne du serf des serfz la prise, Sans qu'il soit prins. Quelqu'un voulut corner La mort du serf; les autres par faintise Cornèrent lors en oyant sa devise; Lors voulurent tous leurs cors encorner; Plusieurs cuydoient en cornant escorner ; Mais on congneust la comerie en fin :

Affiné est aucunes foys le fin.

Le lymier vint pour avoir sa curée ;

164 Gringorë.

La teste avoit, long temps a , désirée; Autre chose ne vouloit procurer; Des prés partit environ la vesprée En traversant montaigne, valée, prée; Mais force fut la curée différer; Je ne sçay qui se voulut ingérer D'ainsi corner; mais sans prise on coma :

Plusieurs veneurs adonc en escorna.

Les Espaignolz par les boys lors couroient, Curant avoir la curée qu'attendoient; Lévriers Françoys y trotèrent bonne erre ; De toutes pars veneurs et chiens cerchoient La venoison ; aussi s'en empeschoient Secrettement les dogues d'Angleterre; Vers orient aloient la curée qqerre, Mais ledit serf estoit dedens son fort :

Maint homme vit qu'on a faint estre mort.

Or est ce serf en son buisson , trèslas, Et est prescript du plaisir de soûlas; Pource qu'il a perdu sa forest grasse Et oui soit vray qu'il y soit par compas , On l'a congnu; de cen'ygnorez pas; Parle froyé », où souventes fois passe, Il n'y a bois ne branche qu'il ne casse JS'el ne ploie soubz sa teste trouchée :

Qui rompt sa foy droit est qu'il luy meschée.

On lesse donc le serf des serfz reffaire En son buisson ; son bruit l'a fait deffaire De son beau chiefqui estoit couronné;

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