Barbouille, ou, peut-être, fait bouillir complétemenL
ao4 Gringore.
Fondre les verrez comme glace.
C'est trop joué de passe passe.
Le Deuxiesme Sot.
Qu'on rompe, qu'on brise, qu'on casse, Qu'on frappe à tort et à travers; Abref , plus n'est requis qu'on face Le piteux ; par Dieu, je me lasse ^
D'ouyr tant de propos divers.
Le Troisiesme Sot.
Sotz estranges si sont couvers Et doublez durant la froidure Pour cuyder estre recouvers; Mais i\z ont esté descouvers Et ont eu sentence bien dure. ^
Le Premier.
Nostre Prince est saige.
Le Deuxiesme.
Il endure.
Le Troisiesme.
Aussj il paye quant payer feult.
Le Premier.
A BouUongne la Grasse , injure >
I. Année 1506. Voyez, pour ce siège de Bologne, les chap. IV, V et VI de la sixième partie des Chroniiiues de Jean d'Authon , surtout le chapitre V : « Comment messire Charte» .
d'Amboise, lieutenant du roi delà les monts, fit marcher son T
armée droit ft Bologne pour secourir le pape» (t. 3, p. 176 et i
suiy. des Chroniq.deJ, d'Authon, Sylvestre, 1835). Il est aussi parlé de ce siège de Bologne dans le discours profloncé en ifoy, par CuiU. Briçonnet, évèque de Lodève, devant le pape Jules II , au nom et pour les intérêts de "ouïs XIl.
Sottie. 205
Firent au Prince, mais y j'en jure, Pugnis furent de leur deffault.
Le Deuxiesme.
Tousjours ung trahistre à son sens fault; Ce sont les communs vireletz ».
Le Troisiesme.
Aussi on fist sur l'eschaffault, Incontinent, fust froit ou chault, ; Pour tel cas , des rouges coUetz ».
Le Premier.
Tant il y a des fins varleu!
Le Deuxiesme.
Tout chascun à son proufifit tend.
Le Troisiesme.
Espaignolz tendent leurs fiUetz. , , Le Premier. - ■
Mais que font Angloys à Callais 1 -
Le Deuxiesme.
Le plus saige rien n'y entend.
Le Troisiesme.
Le Prince des Sotz ne prétend Que donner paix à ses suppotz.
r. Comme on dit en commun, en brief langaige, dira Gringore dans d'autres passages, pour désigner une phrase proverbiale.
2. Ou bien des cardinaux à tête rouge, comme disoient un siècle auparavant les mauvaises gens de la commune Rémoise, qui profitoient des guerres des Armagnacs et des Bourguignons pour faire noises, brigues et hutin, et menacer de la décapitation les grands bourgeois de la cité.
Sottie. 207
Le Seigneur du Pont Alletz ».
Il ne me feult point resveîUer :
Je fais le guet de toutes pars Sur Espaignolz et sur Lombars Qm ont mys leurs timbres foUetz >.
Le Premier.
En bas , Seigneur du Pont Alletz '.
Le Seigneur du Pont Alletz.
Garde me donne des Allemaris ; Je V07 ce que font les Flamens Et les Anglois dedans Calletz.
Le Deuxiesme.
En bas^ Seigneur du Pont Alletz.
Le Seigneur du Pont Alletz.
Se on fait âu Prince quelque tort, Je luy en feray le rapport ; ' L'ung suis de ses vrays sotteletz.
1 . Voir, sur ce célèbre joueur et compositeur de farces et de moralités, une note de M. Ed. Foumier, dans le t. ) des Variitis Hîstoriquts et Littéraires (Biblioth. elzev.) , p. 141, et une note de la pièce des bons Faaeurs de Pierre Grosnet (Anciennes poésies françaises, t. 7, p» ). Elles résument ce qui a été dit sur Pontalais. Dans la pièce (Lettres Nouvelles j etc.) à laquelle appartient l'une de ces notes, Pontalais est arrivé- à la position de cardinal en compagnie de Plat d'Argent et de La Lune.
2. Qui ont mis leurs tètes folles, qui ont arboré les signes de leurs folies.
) . Il faut comprendre , je pense , que les Sotz se trouvoient d'abord dans la partie basse du théâtre; les personnages survenants se tenoient un instant sur le haut, et^ après queU <iue colloque avec les Sotz déjà en scène, venoientles re* joindre.
208 Gringore.
Le Deuxiesme.
En bas, Seigneur du Pont AUetz, Abrège toy tost^ et te hastes.
Le Seigneur du Pont Alletz.
Je y voys, je y voys
Le Premier.
Prince'de Natcs!
Le Prince de Nates ».
Qu'ella?qu'ella?
Le Deuxiesme.
Seigneur de Joye>!
Le Seigneur de Joye.
Me veqr auprès de la proye , Passant temps au soir et matin Tousjours avec le femynin.
Vous sçàvez que c'est mon usage.
Le Troisiesme.
Cela vient de honneste courage.
1 . Ce prince de Nates parott vouloir symboliser les ban> quels, les dances, toute fête oendant laquelle Ton semoit sur les parquets des herbes, des neurs, en paquets, tressées, etc. Peut^tre fait-U tout humblement allusion aux tas de paille qui servoient de tapis aux escoliers de l'Université écoutant les leçons des professeurs. Peut-être encore y a-t-il quelque souvenir du mot latin nates. La première explication nous paroît d'autant plus vraisemblable que nous retrouvons dans le Mo-
ologue des Sotz joyeulx {Ane. poés. franc, Bibl. elzev., t. ), p. Il) ce prince de Nattes en compagnie du seigneur des Jonchées
Soingneux vous servir d'herbe verte,
2. Ce seigneur de Joye est devenu marquis dans le Monologue, et, dans les Lettres Nouvelles j évéque, en compagnie' de Gayetté et de Platebourse.
Sottie. 209
Le Prince de Nates.
Mainte belle d'amy matée J'ay souvent en chambre natée, Sans luy demander : que fais tu i
Le Premier.
Vêla bien congne le festu < !
Le Seigneur de Joye.
Nopces, convis, festes, bancquetz, Beau babil et joyeubc caquetz Fais aux dames, je m'y employé.
Le Deuxiesme.
C'est tresbien fait, Seigneur de Joye.
Le Seigneur de Joye.
Fy de desplaisir, de tristesse , Je ne demande que lyesse ; Tousjours suis plaisant où que soye.
Le Troisiesme.
Venez à coup, Seigneur de Joye ; Prince de Nates, tost en place.
Le Prince de Nates. Je mV en voys en peu d'espace, Car j^entens que le Prince y vient.
Le Seigneur de Joye.
Joyeuseté faire convient ; En ces Jours Gras, c'est l'ordinaire.
I. Locution proverbiale, fainéant qui se préoccupe de niaiseries, pourfendeur de brins de paille. Il v a là un double jeu de mots qui s'appuie sur le sens habituel du mot cogner dans les auteurs erotiques, et sur le nom même du prmce de Nates.
Cringore. I. 14
ilO GRIHGOItE.
Le General d'EnfanCe ».
Quoy ! voulez vous voz esbatz faife Sans moy ! Je suis de Paliance.
Le Premier.
Approchez , General d'Enfance , Appaisé serez d'ung hochet.
Le General.
Hon hon, men men, pa pa» tetet, Du lo lO; au cheval fondu.
Le Deuxiesme.
Par Dieu , vêla bien respondu Enenfaiit. 129
Le Troisiesme.
Descendez tost tost »
Vous aurez ung morceau de rost.
Ou une belle pomme cuyte.
Le Prince, devant qu'il anuyte, Se rendra icy, General.
Le General.
Je m'y en voys. Çà mon cheval. Mon moulinet , ma hallebarde ; Il n'est pas saison que je tarde ; Je y voys sans houzeaulx et sans bottes.
Le Seigneur du Plat».
Honneur par tout! Dieu gard' mes hostes!
1 . Ce général , que nous retrouvons dans les Lettres Nouvelles , est destiné à symboliser cette sorte particulière de sottise qui tourne à la niaiserie, à la naïveté badaude et légèrement idiote.
2. Ce seigneur, devenu cardinal dans les Lettres Hoovelles, est, dans le Monologue, l'humble compagnon du seigneur de Rien, tristement chargé de préparer le banquet des SOtz.
Sottie. an
En vecy belle compaignie.
Je croy, par la Vierge Marie, Que j'en ay plusieurs hébergez.
Le Premier.
Entre vous qui estes logez Au Plat d'Argent, feîctes hommage A vostre hoste: il a de usaige De loger tous les souffreteux.
Le Seigneur du Plat.
Pipeux, joueux et hazardeux, Et gens qui ne veuUent rien faire,. .^ Tiennent avec moy ordinaire ; Et Dieu scet comme je les traicte, L'ung au lict, l'autre à la couchette.
Il y en vient ung si grant tas Aucunesfois , ti'en doubtez pas , Par Dieu , que ne les sçay où mettre.
Le Deuxiesme.
Descendez , car il vous fault estre Au conseil du Prince
Il a uiie apparence plus joyeuse dans la sottie de Gringore, et cela est de bon augure pour la position des Sotz. Ce Seigneur symbolise en effet , selon toute apparence ^ ce genre particulier de sottise qui portoit les hôteliers à faire crédit aux Enfants sans Soucis ; il représente la Mangeaille, et peutêtre est-il , comme Pontalais, un personnage réel , urt hôtelier non mythologique, le maître de la taverne où lés îotz se rassembioient volentiers , îa victime en titre d'office de cette espèce d'escoliers. Cette enseigpe du Plat d'Argent étoit du reste bien reçue à titre d'amère ironie, et Roger de Col»lerye, persécuté par Plate Bourse, n'a besoin pour' indiquer son triste sort, que de dire : ' , ' ^
Au Plat d'Argent je fais m^ résidence. [
Chacun sait ainsi qu'il y demeure en compagnie de Faulte d'Argciit. . . î
Le Seigneur du Plat.
Fiat.
Puis qu'il veult tenir son estât , Je 7 assisteray voulentiers.
Le Seigneur de la Lune'.
Je y doy estre tout des premiers , Quelque chose qu'on en babille.
S^n tait quelque chose subtille Je congnoisbien se elle répugne *
Le Troisiesme.
Misons qui tenez de la Lune^ Faictes luy hardiment honneur; C'est vostre naturel seigneur, Pour luy devez tenir la main.
1 . Avoir un quartier de lune en la tfte , avoir de li lune, tenir de la lune , ces locutions populaires désignèrent toute bizarrerie, toute originalité , toute fanuisie, toute folie, et, hélas! toute poésie. La Mère Folle de Dijon, conune nous allons le redire tout à l'heure, appeloit sous l'abri de ses jupes les lunaticques, ecervelez, esventez, poètes de nature. Le seigneur de la Lune est donc le représentant de cette sottise qui pousse les esprits élevés en même temps que les imbéciles à sortir des habitudes de la vie vulgaire. Ilâiut reconno)tre d'ailleurs que Gringore , avec les idées de û bourgeoisie du Moyen Age, et de la bourgeoisie de tout temps, du reste, pense surtout aux imbéciles, quand il songe à symboliser roriglnalité. ,
2. On sait que le cours de la lune exerçoit une grande Influence dans les idées du Moyen Age, non-seulement.sur ^'hvgiène de l'homme, sur la naissance de l'enfant, mus même sur les entreprises à commencer ou à retarder. . .
3. A tous foux, archifoux, lunatiques^ heteroclytes, esven* tez, poètes de nature, bizarres, durs et bien mois, almanachs vieux et nouveaux, passés, présents et à venir, salut {Recept, du P. de Condi'pami les mtrelificques loppinans de V^lnfanUrit Dijotmoise). Ne sont<e pas là tous les mignons qui tiennent de la Lune ?
Sottie. 2ij
Le Seigneur de la Lune.
Je suis batif , je suis souldain , Inconstant, .prompt, et variable, Liger d?esperit, fort variable; Plusieurs ne le treuvent pas bon.
Le Premier.
Quant la Lune est dessus Bourbon, S^ y a quelq'un en dangier, C'est assez pour le vendengier; Entendez vous pas bien le termes ?
Le Seigneur de la Lune.
L'ung enclos, l'autre je defFerme; Se fais ennuyt» appoinctement Je le rompray souldainement, Devant qu'il soit trois jours passez.
Le Deuxiesme.
Seigneur de la Lune, pensez Que nous congnoissons vostre cas.
V^ I . Noos avouons que non. Y a-t-41 là une allusion politique
à la folie que, selon Gring[ore, aurait montrée Pierre oe Bour- Imhi, mari d'Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, en poursuivant Louis d'Orléans, actuellement Louis Xll ? Les passans, à cer- UBB temps de la nuit ou de l'année, se trouvoient-ils en danger dans le voisinage de l'hôtel de Bourbon ? La Lune et Bourbon avoient-ils un sens particulier dans l'argot des. Enfans sans Soucis ? Ces vers se réfèrent-ils i quelque phrase ipjovobialedansla bourgeoisie parisienne, qui leur donneroit lo
b sens de être en colère, ainsi que semblent l'indiquer d'autres passages contemporains? Faut-il rapprocher ce passage du cfaap^ 6, liv. 2, ae Rabelais , dans lequel l'escholier I^imosin dte, parmi les Lupanaires qu'il invise, le cul-de-sac de Bour-» bon? Le champ des conjectures, comme on voit, est assez large, et les commentaires seraient facilement longs, même sur ces Sotties; nous en avons voulu donner cette preuve. 2. Aujourd'hui.
214 Gringore«
Le Seigneuk de la Lune. (// descend.) Le Prince des Sotz ses estatz Veult tenir; je m'y en voys rendre.
l'Abbé de Frevaulx^.
Comment voulez vous entreprendre A faire sans moy cas nouyeaulx !
Ha! porDieu!
Le Troisiesme.
Abbé de Frevaulx Je vous prie que ame * ne se cource
l'Abbé de Plate BouRCE^ Ha! ha!
Le Premier.
Abbé de Plate Bo'urce Abrégez vous, vers nous venez.
1. Nous disons dans nne not« de râition de Coquillart^ qui parle, lui aussi, d'une religieuse de Froivaoix (t. 2, p. iij, éait. elzev.) : nFroivaulx, Frevaulx, ce nom paroît être le bienrenu dans les pièces joyeuses du xv* siècle. Il présentoit de nombreuses équivoques, parmi lesquelles nous nous nous contenterons de citer : Frais veaux , verts galafts, ou novices; Froids veaux ^ impuissans, ou badauds.» Le mot veaux ètoit fréçiuemment employé parmi les escoliers poar indiquer la niaiserie, l'ignorance, ta timidité, etc. Dans le Monologue Froictz vaulx indique uniquement le froid, la
{ pauvreté. Il y avoit, du reste, dans le diocèse de Paris oui es diocèses voisins, bien des noms de bénéfices qui aVbitot pu donner aux plaisans l'idée de cette abbave de Frevaulx; nous citerons entre autres la cure de Frepillon,la chappel^ lenie de Saint-Frambault à Senlis, etc.