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LA MORALITÉ

S'ensuyt la Moralité.

Le Peuple François.

>e suis en paix, ame ne me travaille;

{Competamment je paye subside et

3 taille; ^J'ay des vivres, la mercy dieu, assez; Et s'il y a discord , noise , bataille , C'est loin de moy. Mais il faut que je baille, Sans que aye sommeil ; mes motz bien compas- Brief, les plus grans en sont intéressez^ [sez, Et les petitz n'ont plus or ne monnoye :

Tousjours en fin vient ung cop qui tout paye.

Le Peuple Ytalique.

Incessamment suis dessus la muraille ; Quant je cuyde repaistre, ilfaultque saille Hors ma maison; mes membres sont lassez.

Jene suis point ung jour sans que on me assaille; En mon touyer je couche sur la paille; Mes biens mondains sont rompuz et cassez.

Crans et petis sont tant intéressez , Qu'ilz n'ont plaisir, repos, souUas ne joye : Tousjours en fin vient un cop qui tout paye.

Moralité. 24J

Le Peuple François.

ï'ay peu de biens, et si encor me raille.

De servir Dieu, cuydez vous qu'il m'en chaille ! le fais des maulx, biens sont par moy laissez! l'ay tousjours peur que le bien ne me faille ; Vgent et or se porte à la muaille » :

.Les escuz sont descendus, abaissez >.

Vfais ceubc (|[ui ont tous ces brouetz brassez, e les maulditz juc au cueur et au foye :

fousjours en fin vient ung cop qui tout paye.

Peuple Ytalique.

^rins ce , notez que sommes desprisez , njuriez , menassez et tencez , îatuz, navrez en maisons, champs et voye; -e temps passé avons esté rusez :

'ousjours en fin vient ung cop qui tout paye.

Le Peuple François.

e pers mon temps, plus rien je ne pratique, )'amasser biens je suis en grant soucy.

Le Peuple Ytalique.

'u n'as cause d'estre melencolique , *euplc François !

Peuple François.

Qu'esse, Peuple Ytalique ?

Peuple Ytalique.

u as le temps.

Peuple François.

Tu as l^argent aussi.

Pour être changés.

On venoit de décrier, le 5 décembre 151 1, quelques nnes monnoies françoises; les escus viels, le$ royaux, ancs à pied et à cheval.

246 Gringore.

Se je amasse des biens , il est ainsi Qu'on te porte mon argent» ma sustance.

Peuple Ytauque, Tu es traicté humainement icy.

Et moy }e suis quasi mort et transsy> Car tant soit peu ne vis en asseurance.

Peuple François.

Il est certain aue mangeus ma pitance En paix, sans bruit. Se on vient en ma maisoc Pour me foire desplaisir, sans doubtance Incontinent la justice se avance De m'en foire le droit et la raison.

Peuple Ytalique.

J'ay gens d'armes qui sont en garnison En mon hostel ; je n'en suis pas le maistre ; Souvent n'y a ne ryme ne raison; Il court pour moy si maulvaise saison Que ne me sçay où héberger et mettre.

Peuple François , tu te plains ! Vueilles estre Content de Dieu j tu as prince et seigneur.

Lequel se foit cramdre , aoubter, congnoistre; A ung chascun il se veult apparestre Humain et doubc , de vices correcteur.

Peuple François.

Peuple Ytalique , tu es un ^ant flateur ; Tu as cueur feulx et deceptive voix. [ceur; Les gens du Roy te ont monstre grant doul- Quant ilz cuydent ejtre avec toy asseur, De trahison les sers souventesiois.

Jamais, jamais n'aymeras les François, Bien Tas mcHistré depuis ung peu en Bresse S

'1. Bfesda, qui s'étoit révoltée contre la garnison fran-

Modalité. 247

En ton blason < fier je ne me dois , Car tu corromps promesses; dont tu veys Pugnîtion divine qui te oppresse.

Peuple Ytalique.

Il est vray que la gentillesse > Ne prise pas tant que avarice ; Peuple François, je le confesse.

Peuple François.

Jamais villain n'ayma noblesse , Tousjours songe quelque malice ; Peuple Ytalique est plein de vice.

Peuple Ytalique.

Peuple François , sy es tu toy !

Peuple François*

Chascun a de ton cas notice :

Poison y en lieu de bonne espice , Tu bailles, offensant laloy.

Peuple Ytaliquh;.

Tu Élis maintenant comme moy. Mon mestier as bien praticqué.

Peuple François.

Et dy moy la raison pourquoy P

Peuple. Ytalique.

11 n'est rien pire , par ma foy, Qu'est ung François Ytalique.

çoîse, et que Gaston de Foix prit d'assaut un mois ou deux a peine avant le temps où Gringore écrit sa moralité.

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