DOU BLETTE
Dire, NostreDame, quelhoste!
Vuydez tost, jouez de la botte, Dire ne sert rien en tel cas :
Sans rien faire vous estes las; Quoyl vous n'estes que ung blasonneur !
Dire.
Tenu suis pour bon laboureur :
J'ay en plusieurs terres renom.
Mausecret.
Et ma maistresse dit que non.
DOUBLETTE.
Tais toy, garçon , tu me fais rire.
Mausecret.
Bref, vous ne voulez point de Dire , Je le voy bien à vostre trongne.
Faire.
Si vous vouliez que je y besongne, Dictes le moy.
DOUBLETTE.
Là, hardiment.
Mausecret.
Comment! il y va asprement!
Il se congnoist en tel affaire.
DOUBLETTE.
Et vostre nom, mon amy.^ Comme.
28o Gringore.
Faire.
Faire.
Mausecret.
Par Dieu , c'est ung merveilleux sire.
Doublette.
J'ajrme bien mîeulx Faire que Dire ; Je vueil bien que chascun le sache.
Mausecret.
Il en oeuvre comme de cyre.
Doublette.
J'ayme bien mieulx Faire que Dire.
Mausecret.
Dire sans Faire, il n'est rien pire.
Doublette.
Par ma foy, non , cela me fasche.
J'ayme bien mieulx Faire que Dire; Je veuil bien que chascun le saiche.
Faire.
Ay je pas bien tost fait ma tache ?
Doublette.
Ouy, à toute dilligence.
Faire.
Vouliez vous que je recommence De rechef?
Doublette.
Mais je vous emprie; Point ne feray la rencherie; Besongnez , je vous ayderay.
Faire.
Et touchant quoy ?
La Farce. 2S1
J'acoUeray.
Mais houez ferme, entendez vous ?
Renversez c'en dessus dessoubz La terre.
Faire.
Ne vous soucyez, Mais que tresbien servye soyez.
Je n'ay garde d'estre endormy; AcoUez.
DOUBLETTE.
Là, là, mon amy; Je serrç les bourjons ensemble.
' Raoullet Ployart.
Je n'y^entens ne fa ne my.
Faire.
AcoUez.
DOUBLETTE.
Là^ là, mon amy.
. Raoullet.
Qu'esse là, bon gré saint Remy i Ce jeu pas trop beau ne me semble.
Faire.
AcoUez.
DOUBLETTE.
Là, là, mon amy; Je serre les bourjons ensemble.
Raoullet.
Il n'y a remède; je tremble, Deoespit; ba! je suis mutin!
lit Gringore.
Toutesfois je vueil yeoir la fin; Et si en suis peu resjouy.
Faire.
Vouliez vous que je tierce i
DOUBLETTB.
Ouy, Tandis que vous estes » cours.
Faire.
Acollez et serrez tousjours.
DOUBLETTE.
si feray je , n'ayez soucy.
Raoullet.
Ha! ha! Quel laboureur vecy f Saincte vertu bieu , quel mignon • Quelmaistre gallant! hon, hon, hon!
Vient il labourer à mon estre ».
Mausecret.
Ma maistresse, vecy mon maistre.
Faire.
Il me fault retirer à part. (Il s'en fuyt.)
DOUBLETTE.
Despeschez vous, Raoullet Ployart, Mon amy, mon plaisant dorlot, Acollez moy.
Raoullet.
Ne me dy mot.
DOUBLETTE.
Estes vous courroucé à moy ? . Êtres de la maison, domaine.
La Farce. aS)
Raoullet.
Voy je pas bien ce que je voy !
DOUBLETTE.
Et que avez veu , Dieu mercy i .
Raoullet.
Un^ gailant qui se part d'icy Qui besongnoit en mon ouvrage.
Doublette.
Je n'ay pas si iasche courage Que vous cuydez, Raoullet Ployart.
Mausecret.
Il s'est retiré à l'escart Si tost qu'il vous a veu , mon maistre.
Doublette.
Tay toy, Mausecret.
Mausecret.
Il peult estre Qu'il ne le faisoit pour nul mal ; Car il est si trescordial Qu'on ne vit onc de meilleur homme.
Doublette.
J'aymeroye plus cher estre à Romme Que vous avoir fait quelque tort.
Mausecret.
Hz labouroient eulx deux d'accord Quant faire binet et tiercet :
Ma maistresse accoUoit, serroit; C'estoit merveille que d'y estre.
Raoullet.
Je dorray le cas à congnoistre Au Prince des Sotz.
284 Gringore.
doublette.
Touchant quoy ?
Raoullet.
Ha! j'auray vengeance de toy Tout maintenant; je sçaiston cas.
Mausecret.
Le Prince des Sotz n'y est pas.
Raoullet.
Quelq^ung a, pour ce cas, commis.
Le Seigneur de Balletreu.
Qu'esse qu'il y a , mes amys?
Raoullet.
Nous ne venons pas pour ung peu.
Mausecret.
Ma foyi monseigneur de Balletreu , Ilz sont soubz vostre seigneurie.
Le Seigneur de Balletreu.
Dictes moy qu'il y a , m'amye; Despeschez serez à deux coups.
DOUBLETTE.
C'est mon mary qui est jaloux.
Raoullet.
Par Dieu, je n'ay pas tort del'estre.
Mausecret.
El est bonne femme, mon maistre, Et aussi vous estes bon homme.
Le Seigneur de Balletreu.
Or ça , ça , que je saiche comme Vostre discord est advenu.
La Farce. 285
Raoullet.
Il est vray que je suis venu En ma vigne pour prouvigner, Doublette y faisoit besongner Des autres; ayez y regard.
Le Seigneur.
Que en dictes vous ?
Doublette.
Raoullet Ployart Tousjours tence , riotte ou grongne , Et est si lasche à la besongne, Monseigneur de Balletreu, qu'il laisse Ma vigneenfrische.
Mausecret.
Ma maistresse Dit vérité : il n'y sçait rien ; Et les autres besongnent bien.
Entendez vous, c'est pour erapreu».
Doublette.
La seigneurie de Balletreu Entretiens au mieulx que je puis.
Le Seigneur.
Quant à moy, d'oppinîon suis , .
Puis que dictes qu'il est si lâche , Que y facez besongner en tasche; Et si le dis par jugement.
Raoullet.
Monseigneur de Balletreu, comment L'entendez vous ? Je luy prometz
I. Empreu, tout d'abord , c'est le chef important de Tac- Cttsation.
2g6 Gringore.
La labourer bien désormais , Tant, qu'il n'y aura que redire.
Mausecret.
El ayme mieubt Faire que Dire ; Ne laictes pas donc , ma maistresse ?
DOUBLETTE.
Ouy, par ma foy.
Le Seigneur.
C'est simplesse D'en debatre. Sans plus enquerre Faictes labourer vostre terre Hardiment, car ce n'est que jeu.
DOUBLETTE.
Certes , monseigneur de Balletreu , Je congnois que à vous suis subgecte.
Raoullet.
Monseigneur de Balletreu , j'en jecte Ùng appel.
Le Seigneur.
Il se videra ; Et toutesfois on conclura Que les femmes , sans contredire, Ayment trop mieulx Faire que Dire.
Finis.
Pin du Ciy, Sottie, Moralité et Farce composez par Pierre Gringoire dit Mère Sotte, et imprimé pour icelay.