PRÉFACE
aa Vie Monseigneur Saint Louis par perîsonnages, aue nous imprimons pour la I première lois, est pourtant une des
i œuvres les plus considérables de Grin-
gore. Longtemps elle a été complètement inconnue, et elle n'a pas été signalée au public depuis plus de quarante ans ' .
C'est M. Onésime Leroy qui, dans ses a Études sur les Mystères y)y Paris, Hachette, in-8°, 1837, p. 300-64, en a donné le premier une analyse complète avec un certain nombre de citations. M. Villemain, rendant compte, dans le Journal des Savants d'Rvrïl 1838, du livre de M. Leroy, a particulièrement insisté sur l'œuvre de
I . Au commencement de ce siècle, Méon en avait fait une copie qui s'est retrouvée dans le catalogue de vente de la bibliothèque de M. de Soleinne (I, 1844, n» j8o). Elle fut vendue 50 fr. ; nous ne savons dans quelles mains elle a passé.
vj Préface.
.notre poète*. Les « Ëtudes sur le~ théâtre en Lorraine », publiées par le savant archiviste M. Henri Lepage, dans les « Mémoires de la Société des sciences, lettres et arts de Nancy, » 1848, in-8°, p. 257-60, ne font, pour notre Mystère, que s'en tenir à l'analyse première de M. Leroy.
Depuis, M. Chassang a publié en 1861' une étude nouvelle : « Pierre Gringore ou un poète dramatique au temps de Louis XII et de François I^»^», et en 1870 M. Francisque-Michel, en tète d'un Mystère plus ancien, imprimé à Londres pour le Roxburghe Club, a consacré une partie de sa Préface, p. v-xlu, à une analyse de la Vie S. Louw, toujours d'après le livre dfe M. Leroy.
Comme nous donnons le texte complet, c'est à lui que nous laisserons la parole. Au lieu de considérations littéraires, qui d'ailleurs se sont déjà produites et dont le lecteur a ici d'autant moins besoin qu'il peut maintenant les faire luimême, nous examinerons un certain nombre d'autres questions, en commençant, comme il convient, par la description de l'unique manuscrit qui nous ait conservé cette œuvre, importante à plus d'un titre.
1 . Dans un ouvrage postérieur : « Histoire comparée du Théâtre et des mœurs en France », Paris, Hachette et Amyot, 1844, in-8% M. Leroy a analysé cet article de M. Villemain, p. )94-8-
2. Adolf Ebert, Jahrbuch fur Romanische und Englische Literatur; dritter band; Berlin, 1861, in-^*>; p. 297-3^8. Ce qui se rapporte à la Vie de saint Louis y occupe tes pages 327-35.
Préface. vîj
C'est un petit in>foIio, sur parchemin, de 175 feuillets, large de owic)2 sur o"276 de haut, habiUé, sous Louis-Philippe, d'une reiiure de maroquin rouge plein, et qui porte, dans le Fonds français du Département des manuscrits de notre Bibliothèque nationale, le n^ nouveau 17,511.
Il n'y est entré d'ailleurs qu'à la Révolution, puisau^m 7 trouve la marque de la Bibliothèque de r Abbaye Saint-Germain-des-Prés dans la mention « S^' Germani a pratis 2 191 », ce qui est le miméro du catalogue manuscrit de Dom Poirier. Un n® 815 se rapporte à un numérotage antérieur de l'Abbaye, conservé d'ailleurs par un catalogue manuscrit de 1677. Le n*» 1 5 j 5 est celui du Fonds Saint-Germam français, par conséquent le premier numéro de la Bibliothèque nationale.
Le manuscrit présente aussi quelques mentions de possesseurs antérieurs. On y lit, après le vers 3262 (voy. p. i joet 332), le nom Peller(iw;après levers 3365 (voy. p. 154 et 333), la signature P. Théron, et, à la fin du deuxième Uvre : « A bien vienne tout 1 $60 ».
La note du premier feuillet est phis intéressante. Elle nous prouve çiue le manuscrit n'est entré à Saint-Germàin-des-Prés qu'à l'extrême fin du xvu* siède, sinon même au commencement du xviii* :
« Donné par M' Le Féron, M*«des Comptes et Grand M* des Eaues et Form de Tille de France. »
La réunion des deux qualités permet de -
viij Préface.
fixer sur un nom au milieu de la famille trèsnombreuse des Le Féron, qui a donné entre autres deux Prévôts des Marchands à la Ville de Paris I. Il s'agit évidemment de Jean-- Baptiste le Féron, reçu à la LXIV® charge de Conseiller-Maître à la Chambre des Comptes le 1 5 septembre 1681, et mort le 27 juin 1705 *. C'est un nom (ju'il faut ajouter à ceux des donateurs de la Bibliothèque des Bénédictins qu'a réunis M. Léopold Delisle dans la belle histoire du Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque du Roi 5, dont il a enrichi la collection commencée en 1866 par la Ville de Paris.
Le manuscrit est incomplet à la fin, sinon d'un cahier, au moins d'un feuillet; le texte (p. 320] montre manifestement cju'il manque
Î)eu de cnose, puisque le couplet dit par a Popuaire » commence le compliment nnal adressé aux spectateurs.
Heureusement pour l'histoire littéraire, la pièce n'a pas perdu ses premiers feuillets, La devise : RAISON PAR TOUT, qui se trouve répétée ^, la fin des six premiers Livres 4, suffirait à la rfaire attribuer avec vraisemblance à Gringore. Elle
1. Lazare, Dictionnaire des Rues de Paris, 1844, grand in-8% p. 505 et jo6.
2. Dictionnaire de Moréri, Paris, 17J9, in-folio, V, 9J, et M"« Denys, Armoriai de la Chambre des comptes , Paris, 1780, petit in-4», p. 30 j et cdij. — Les Le Féron portaient de gueules au sautoir d'or, accompagné, en chef et en pointe, d'une molette d'éperon de même, et, aux flancs dextre et senestre, d'une aiglette aussi de même.
5. In-folio, t. II, 1874, p. 44-7, dans l'article consacré aux Manuscrits de Saint-Germain-des-Prés.
Préface. ix
n'apporterait pourtant pas la certitude absolue, car on pourrait objecter l'absence de la seconde forme, Tout par raison ^ qui se trouve entre autres, sur le bois du titre des Folles entreprises \ et aussi sa présence dans la marque d'un livre imprimé en 1 552 par le libraire parisien Pierre Guymier*.
Par contre il serait impossible de dire, même de supposer, où l'œuvre avait été représentée et pour qui elle avait été écrite.
Il faut insister sur le précieux en-tête du manuscrit, car les conclusions oui en ont été tirées ont, croyons-nous, besoin a'être révisées.
En voici les termes : ce Cy commence la Vie c< Monseigneur SainctLoys, Roy de France, par ce personnaiges, composée par Maistre Pierre « Gringoire à la requeste des Maistres et Gouc< vemeurs de ladicte Confrairie dudict Sainct ce Loys, fondée en leur Chapelle de Sainct Biaise <f à Paris. »
Remarquons d'abord que le mot ladicte Confrairie révèle qu'il y avait auparavant une portion de texte où cette Confrérie était nommée. Étaient-ce ses Statuts, son Office, la liste de ses membres? Lorsque le manuscrit a cessé de faire partie des archives de la Confrérie pour passer dans les mains d'un amateur, — probablement avant J.-B. Le Féron, car on comprendrait peu