Silvestre, Marques typographiques, 11° 4ji
Gringore IL
X Préface.
que les deux noms : Pellerain, Théron, et la devise avec la date de 1 560 aient pas été écrits avant cette sortie — il peut s'être passé deux choses. Ou les Maîtres, qui ne s'intéressaient plus aux vers démodés de Gringore, ont gardé l'en-tête parce qu'il se rapportait à la Confrérie et lui était encore utile; ou bien l'un des nouveaux possesseurs l'a supprimé parce qu'au contraire ce qui seul l'intéressait, c'était rœuvre drama- , tique au point de vue littéraire. La première hypothèse serait plus naturelle que la seconde, SI l'on ne pouvait également supposer que le premier vendeur, plutôt que le premier acheteur, a pu opérer cette ablation dans le but malhonnête d'enlever la trace de l'origine du manuscrit.
En tout cas la mention subsistante peut suffire, non pas à fixer une date qui se pouvait trouver dans ces liminaires perdus ou qui devait tout au moins pouvoir en être dégagée, mais, ce qui est déjà important, à particulariser la Con-* frérie. Comme on le voit, si d'un côté le fait du patronage de Saint Louis est l'un des élément» de la recherche, de l'autre la Chapelle Saint-Biaise à Paris est le second. Le premier terme étant complet en lui-même, c'est le second qui doit être éclairci. Il ne peut l'être d'une façon acceptable que si l'explication s'applique en même temps aux deux termes de la question.
^. Onésime Leroy (p. 309-12) ne fait intervenir que deux Confréries. Il exclut les Barbiers-
Préface. xj
Chirurgiens, qui se réunissaient à l'églisedu Saint- Sépulcre; il accepte le corps des Tapissiers et Merciers. Il fait remarquer que ces derniers tenaient leur Confrérie au Palais dans la salle de Saint-Louis, et il ajoute qu'ils la tinrent en 1 508 dans la Grand' Salle, où, dit-il, il est pro* bable que l'ouvrage de Gringore fut représenté devant la statue même de saint Louis. Malheureusement il oublie le fait de cette Chapelle Saint- Biaise, dont il ne tient aucun compte.
Nous pouvons mettre le lecteur à même de mieux choisir depuis que M. Willem a fait figurer dans sa petite a Collection de documents rares ou inédits relatifs à l'histoire de Paris », le Calendrier de toutes les Confréries de Paris^ tant de celles de dévotion, où toutes personnes sont reçeueSy que de celles des Nobles, Communautez, Marchande, Bourgeois , gens de mestier. Artisans et mécaniques^ par Jean-Baptiste Le Masson, Forésieh, l'un des Aumôniers ordinaires de Louis XIII, à qui l'ouvrage est dédié. Dans ce livre, — plus que rare et jusqu'à cette réimpression presque mconnu, — il n'y a pas moins de seize Confréries qpi, ayant pour patron saint Louis, ont leur fête le 2 5 août.
Ce $ont, dans l'ordre des trois grands quartiers de Paris :
Dans la Cité : Les Compagnons Merciers, en l'église basse de la Sainte-Chapelle, où y a paroisse (p. 46, 69);
Dans la Ville : Une bande de Charpentiers à Sainte-Catherme du Val-des-Écoliers ()i, 80); — les Sergents à verge à Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie (p. jj, 87); — les
I . A Paris, chez Martin Collet, att Palais, en la gallerie des libraires, M. DG. XXI.
xij Préface.
Marchands Merciers et quelques autr^ au Sépulcre (p. 46, 95-6); — les Pêcheurs à verge, c'est-à-dire à la ligne, à Saint- Leufroy (p. 47, 100); — les Aiguilletiers ou Ferreurs d'aiguillettes à Saint-Eustache (p. 102);
Dans VUniversiti: Les Passementiers aux Augustins (p. 7?) '
Dans les Faubourgs: Les Fripiers à Saint- Sulpice (p. 125).
Dans le Calendrier ^ à la date du 25 août (p. 46-7), Le Masson cite quelques autres Con- Téries de Saint-Louis :
IS
Dans la Cité, celle des Tapissiers, dans l'église basse de la Sainte- Chapelle;
Dans la Ville : Les Retordeurs de laine à Saint-Martindes-Champs, — les Porteurs de blé à Saint-Eustache, — aux Augustins les Faiseurs de cordons et les retordeurs de boyaux pour faire des raquettes, — celle des Sept-Vingts ^Aveugles de Paris aux Quinze-Vingts, — les Maçons à Sainte-Catherine du Val-des- Écoliers.
Dans un article sur les Saints Patrons, M. Peignot (ibidem y p. 1 5 1-2) y joint les Maquignons, les Pâtissiers et les Perruquiers. Beaucoup de ces Confréries étaient bien peu importantes.
Cela est simple, car les grandes, constituées avant saint Louis, avaient déjà leurs patrons, et les petites qui portent son nom lui sont certainement postérieures, mais il n'a pas encore été question de la Chapelle Saint-Blaise. Toutes les Confréries que nous venons d'énumérer sont donc exclues par là même.
Une seule, dans l'Université, satisfait à cette condition, celle des Maçons et Charpentiers, « le jour saint Biaise, troisième Février, à la Chapelle saint Biaise et saint Louis » ; Le Mas-
Préface. xiij
son, p. 71 ». Par là nous sommes dispensés de chercher une chapelle Saint-Biaise à rintérieur d'une autre église. Il s'agit en effet d'un édifice distinct, qui se trouvait au côté sud de l'église Saint-Julien-le-Pauvre et longitudinalement en façade sur la rue Galande, entre la rue Saint- Juiien-le-Pauvre et la rue du Fouarre qui commencent toutes deux à la rue de la Bucherie, derrière le quai des Grands-Degrés, en face de la façade méridionale de Notre-Dame.
Or voici ce qu'on trouve dans le Théâtre des antiquitez de Paris de Dubreuil, Paris, Pierre Chevalier, 1612, in-4?, p. 588-90, répété sans addition par Malingre, 1640, in-f", p. 270 :
De la Chapelle de Sainct-Blaise et Sainct-Louys,
qui est en la rue Galande^
pris Saînct - Julien - le - Pauvre .
Le lieu d'icelle Chapelle, qui est sur la paroisse de Sainct- Séverin, servoit anciennement aux Religieux de Sainct-Julian-le- Pauvre, soit que ce fÛt4eur Chapitre ou Réfectoire, ou bien une Chapelle particulière; mais, en estant hors, les Massons et Charpentiers de la Ville, en Pan 1^76, y establirent leur Confrairie, qui est de sainct Biaise, evesque et martyr, et de sainct Louys, Roy de France, et davantage Taugmentërent du long portail qui vient sur rue. En faveur de quoy Charles de Bourbon, Cardinal de Sainct-Martindes-Monts, Archevêque et Comte de Lyon, Primat des Gaules et Evesque de Clairmont, par ses Lettres de Pan 1477,
I . Il est étonnant de ne pas vuir les Charpentiers sous l'invocation de saint Joseph. Le Masson, p. 31, nous apprend (]ue, sinon les Maîtres, au moins les Compagnons Charpentiers, qui formaient deux Confréries, avaient leur fête le 19 mars^ jour de saint Joseph.
xiv Préface.
du 28* jour de janvier, donna à toutes personnes, vrayement pénitenz et confèz, qui, les jours oe festes de sainct Biaise, de sainct Louys, de Noël et de Pasques, visiteroient ladite Chapelle, y feroient dévotes prières et aum6neroient de leurs biens, pour chacune feste cent jours de vraye indulgence des pénitences à eulx enjointes. Par lesdictes Lettres ladicte Confrairie est intitulée en ceste sorte:
FraUrnitûs Beatorum Blasiiy Martyris, et Ludmcî Confessons, i^uondam Francue Régis, iâcœpta per Latomos et Carpentarios Parisitnses, fundata per eos in Basilicà pré^atorum Beatorum, juxta sanctum Jalianum veterem et in parrochiû S. Severini. »
L'année suivante, 1478, les Massons et Charpentiers obtinrent encore d'autres pardons. Jean Roulin, Cardinal de Sainct-Estienne-/n-Cœ/io-monf« et Evesque d'Authun, donna à tous ceux et celles qui, les jours sainct Biaise, sainct Louys au mois d'aoust, de la Résurrection, de la Pentecoste, de tous les Saincts, de Noël et de la Conception, Nativité, Anonciation, Purification et Assomption de la glorieuse Vierge Marie, et le jour du vendreay saint depuis les premières vespres iusques aux secondes, estans vraiment pénitens et confèz, visiteroient ladite Chapelle et y départiroient de leurs biens et commoditez, à chacun des dits jours et festes, cent jours d'indulgence des pénitences à eux enjointes.
Ladicte Chapelle n'a aucune fondation et n'est entretenue que par les Massons et Charpentiers de cette Ville de Paris, qui y font chanter une grande Messe, avec le son des orgues, tous les Dimanches et bonnes Festes de l'année, par des Religieux des Carmes.
Le mur d'icelle Chapelle est tout couvert d'histoires peintes à destrampe, où entre autres sont représentez les taicts et gestes de saina Louys, roy de France t.
I . Je ne connais aucune vue de la chapelle de la rue Galande. On voit seulement par les grands plans à vol d'oiseau, comme celui de Gomboust, qu'elle était orientée et, par son peu d'importance, qu'elle ne devait pas avoir de bas côtés, mais se composer d'une seule nef. A plus forte raison n'a-t-on des peintures en détrempe, qui représentaient l'hbtoire de saint Louis, aucun autre souvenir que la mention du P. Dubreuil. Elles étaient nécessairement de
Préface. xv
.Pigjaniol, V, 556-7, nous apprend la suite de l'histoire de notre Chapelle :
« L'an 1476, les Maçons et les Charpentiers de la Ville de Paris y établirent leur Confrérie et firent en même temps bâtir le portail ^ui donne sur la rue Galande. Cette Chapelle ne reconnoit d'autres fondateurs ni d'autres bienfaiteurs... Ils l'ont fait rebâtir en 1684 et ont fait mettre cette inscription sur ta porte :
Chapelle de s. Blaise, de s. Louis et de s. RocH. 1684.
L'abbé Le Beuf nous donne la date de sa fin :
« Comme cette Chapelle menaçoit ruine les amiées dernières, le service qui s'y faisoit a été transféré à la Chapelle de Saint-Yves, rue Saint-Jacçjues', et elle est presque entièrement détruite (éd. Cocheris, III. 390-1). » — Elle l'a été complètement vers 1770 (Note ae M. Cocheris, III, 4aa).
Sur la Communauté elle-même on pourra voir le Dictionnaire de police de Des EsSsarts, plus
la fin du xv« siècle, au plus tôt, ou du commencement du XVI* siècle.
Gomme sujet au moins, les admirables verrières de la SaÎBte-Chapdle du château de Champigny, près de Chinon, peintes au xvi" siècle, traitent les mêmes motifs, probablement d'une façon très-supérieure. En attendant que quelque éditeur de Joinville en fasse le sujet d'un appendice monographique accompagné de chromolithographies, qui donneraient au volume la plus intéressante et la plus belle illustration artistique, je renverrai à la description qu'en a donnée M. de Chergé dans les Mémoires des Antiquaires de l'Ouest, et qui a été tirée à part, 1S40. •