LIE ROY
Je sens si très griefve douUeur Qu'oncques n'en sentis. la pareille.
Bon Conseil.
Couchez-vous, je le vous conseille.
Le Roy.
■ C'est force; il fault bien que le face.
En priant Dieu par sa grâce Qu'il m'envçye ce qu'il m'est mestier; J^y propos sain, ferme et entier , Mais je sens griefsre maladie.
ChevalLerie. * Que fait le Roy?
Bon ^Conseil.
Chevallerie, Il est malade griefvement.
Aller cuidoit présentement Visiter le Pape à Lion.
Mais, ainsi comme nous voyons, En danger est de sa personne.
100 Gringore. [2204
Chevallerie.
O saincte créature et bonne, Le support de Chevallerie, Ton excellente seigneurie Nous est encoire bon besoing.
L'ESGLISE
0, celui qui prent cure et soing De suporter mes bons Prelatz Te veult tenir Mort en ses las Par sa fureur très furibonde ?
Le Popullaire.
O le plus doulx de tout le monde Qui m'entretiens en paix tousjours?
Faut-il que finisses tes jours En ta tendre fleur de jeunesse?
Bon Conseil.
O bon Roy !
Chevallerie.
O noble noblesse!
L'ESGLISE
vray f ilier de saincte Esglise, Ton peuple est privé de liesse, Se Mort fait sur toy entreprise.
Bon Conseil.
Ad ce que je voy et advise Je croy qu'il soit mort et transsy.
Le Popullaire.
Il fut baptisé à Poissy, Auquel lieu le mal l'a surpris.
Tout fait, tout dit et tout compris,
2222] Vie Ms s. Loys. ioi
Il ne remue ne pié ne main.
Le Popullaire.
O, que je suis de courroux plain!
L'ESGLISE
Je pers mon espoir, mon soullas!
Les Prelatz.
Ha, noble roy!
Le Légat.
Hellas, hellas, L'Esglise a cause de se nlaindre Et le Popullaire de tainare Trestous ses vestemens de larmes.
CHEVALt^ERIE.
Nous devons tous, en piteux termes, Plorer, lamenter et gémir.
Le Roy.
Resveillé me suis d'un dormir Merveilleux, où j'ay veu des choses Qui seront en mon ceur encloses, En mon ceur, sans les reveller.
Chevallerie.
Avons-^nous pas oy parler Le Roy î
Bon Conseil.
Brief j^y ouy sa voix.
Chevallerie.
En effect, à ce que je voys, Il est de mort ressucité.
J'ay esté en adversité
t02 GRINGORE. . [2249
Aucunement dedans Poissy.
Mais je suis guéri, Dieu mercy, Moyennant sa grâce divine, Par quoy du tout me détermine ' A le servir doresnavant, Espérant prandre Dieu devant La Croisée, affm d'aller Oultrela mer, à brief parier, Pour visiter la Terre Saincte, Et, se je viens à mon actâinte, J'augmenteray de bref TEsglise.
, Chevallerie. ,
Puisque faictes ceste entreprise,.
Comme vous feray le voyaige.
Le Roy.
Chevallerie, yay couraîge \ D'y aller, n'en ignorez point.
Comme savez qiril est requis.
Les Prelatz.
Ung voyaigç si très exquis . , Ne se doit pas faire sans môy; Car c'est pour soustenir la foy De Jhesuscrist, n'en doutez pas.
Le Pgpullaire'.
Chevallerie et les Prelatz Avecques le Roy s'en yront Oultre m*, où ilz gaigneront.
S'il plaist à Dieu, gloire immortelle.
Le Pape.
Tout par tout a cljuru nouvelle Que le Roy de France estoit mort; Mais Dieu, qui est puissant et fort,-