L'EMPEREUR
Je désire Tenir Loys, le Roy de France, Par vostre moyen en souffrance; Autrement je mourray de dueil.
Oultraige.
Soyez tout certain que je vueil Nuyre aux bons et les tourmenter Et les mauvais soliciter En leurs besongnes et affaires.
L'Empereur.
Il fault le Roy Loys deffaire.
Si possible est.
oultraige.
J'y mettray peine.
Le Messaiger.
Haulte Magesté souveraine Le Roy Loys devers vous vient triumphaument, comme appartient, ^ Avecques sa Chevallerie En armes.
L'Empereur.
Vecy dyablerie.
Le Messaiger.
Son armée est puissante et forte.
OULTRAIGE
Taisez-vous, j'en cheviray bien.
Le Messaiger.
Oultraige, vous n'y ferez rien; Sur eulx n'aurez jà advantaige.
Ne pourrois-je par mon Oultraige Suspendre et destruire le Roy.?
^ Lis Messaiger.
Nenny.
L'Empereur.
Qu'en despit de la loy Maugré en ait Dieu et sa mère.
Se m'est peine la plus amère Que puisse endurer aujourd'huy.
Le Messaiger.
Si vous plaist de parler à luy, Il approche près.
1555] Vie Ms S. Loys. 73
L'Empereur.
De parler A luy et de lui revelier Mon cas, il n'est pas convenable; Car j'ay failly, de par le Dyable, A faire ce que j'entendoye.
Pour le trahir je le mandoye; Mais il s'est bien gardé de moy.
OULTRAIGE
Qu'est-il de faire?
L'Empereur.
Je n'y voy Autre remède, veu son train, Fors de lui mander que soudain Il m'est prins une maladie.
Le Messaiger.
Puis qu'il vous plaist que je lui die Très vouUentiers je lui difay.
Va tost, car je ne parleray Point à luy.
Le Roy.
Près de VaucouUeur Nous approchons, où l'Empereur Doit faire avec moy parlement.
Le Messaiger.
Cher sire, il est soudainement Pris à l'Empereur ung grant mal Et a cuidé, propos final, Rendre l'ame, par quoy ne peult Parler à vous.
74 Gringore. [1580
Bon Conseil.
Ou il ne veult ; Il 7 a de la fantasie.
Quant a veu la Chevallerie Avec vous, il a contreffait Le malade ; car en effect Par Oultraige vous vouUoit nuyre.
Bref il ne tache qu'à destruire Les gens devotz et vertueux.
Le Roy.
Dieu, puissant et victorieux, Sçait et congnoist ce qu'il nous fault.
Bon Conseil.
N'artez plus cy, prince très hault^ Craignez que voz gens soient penz.
Le Roy.
Et bien retournons à Paris.
C'est nostre ville cappitalle, Où nostre magesté royalle Est honorée du popuUaire.
Cuidez-vous que je me doye taire De cecy.^ Esse la raison Que l'Empereur par traïson Alt mandé le Roy noble et saige Et le voulloir par son Oultraige Mettre à mort. Il n'est pas humain Et le puis réputer villain; Car, affin que je le vous die, Villain est qui fait villenye Et Noble qui fait la noblesse.
i6io] Vie Ms S. Loys. 75
L'Empereur.
Je cuidoye par ma sabtiilesse Mectre par Oultraige et Traison Le bon Roy Loys en prison.
Mais j'ay failly à i^entreprise.
Par quoy je vueil nuyre à i'EsgUse Desormès et la tourmenter, Et, pour mieulx la persécuta, Oultraige, qu'elle soit taillée Batue, tempestée, mutillée De plusieurs divers batemens.
Prens calices et omemens; Fais du pis que tu pourras faire.
OULTRAIGB.
Je ne vueil aller au contraire De vostre plaisir; je me vente Qu'en bret l'Esglise militante Souffrira des maulx largement.
L'ESGUSE.
Je congnois qu'au gouvernement
De Tesglise est un oon pasteur,
Qui a esté médiateur
De me tenir en ma franchise.
Par mon nom suis nommée l'Esglise,
Instituée du Créateur,
Qui metz les mondains hors d'eneur,
Et les reduictz en bon mémoire.
Le Père sainct, nommé Grégoire,
La papalité entretient
Et à son povoir me soustient,
Appaisant tout discord et guerre;
S] devons bien à Dieu requerre
Que nous maintienne en cest estât.
76 Gringore. [1650
oultraige.
Je vueîl par manière d'esbat, Pour venir à mon entreprise, Mectre decyme sur l'Esglise.
L'Empereur le commande ainsi.
Haulla, hoUa, qui est icy?
Hau, faictes-vous la sourde oreille?
L'ESGLISE
Et qu'i a-il?
OULTRAIGE
Qu'on s'apareille Tost du decyme me bailler.
L'ESGUSE. ^ "
Quoy, me voullez-vous travailler Maintenant?
OULTRAIGE
Paix, vieille bîgotte; Baillez le moy que ne vous oste Touz voz biens à peu de langaige,
L'ESGLI$E.
Nous veult l'Empereur par Oultraige Le decyme faire paîer.
OULTRAIGE
Garde-toy bien de délayer/ Autrement tu auras des coups.
L'ESGLISE
Je vous prie, traictez moy tout doulx, Sans en ce point me désoler.
L'Empereur me deust consoler • Et par Oultraige me desolle.
1656] Vie Ms S. Loys. 77
OULTRAIGE
J'emporteray, meschante folle, Voz aoumemens et vos calices.
L'ESGLISE
Ouitraigeux et excessifz vices Qui prenez les sainctz instrumens Pour faire les divins offices Appartenans à sacremens, Maulditz mondains, embrassemens D'Orgueil et de Concupiscence Font prandre vos esbatemens De me piller en dilligence.
Helas, pensez-vous point Toffence. Que commettez, gens exécrables, Quant vous touchez par violance Sur dévotes gens vénérables ?
OULTRAIGE
Et çà, çà, de par tous les Dyables, Sancte sanctorum meritis, ' J'emporteray cecy gratis, Puis on pensera du sourplus; L'Empereur l'a ainsi conclus; Homme n'y peult remède mectre.
L'ESGLISE
Je le donneray à congnoistre Au Pape Gringoire de bref.
Qui endurera ce meschef A grant peine, mais qu'il le saiche.
Le Popullaire.
Par Dieu, l'Empereur est bien lasche De tourmenter ainsi l'Esglise
78 Gringore. [1684
Par son Oultraige. Je ne prise Point cela. Au regard de moy, C'est très mal oserver la loy; Ce n'est point crainct Dieu offenser.
Ainsi comme je puis penser Il ne lui scauroit bien venir.
Le Pape Grégoire.
Dieu vueille que puisse tenir En paix Tunîon de Tesglise, Et que la paix, des bons requise, Soit en toute la crestienté; Car l'humain genre est tourmenté Pour péché gui le suppedite, Et est cupidité maudite Racine de tous maulx, la cause Des maulx Qu'on a à peu de pause Dont sont plusieurs souillez^ poluz.
Le Cardinal Blanc.
Aucuns princes sont dissolus, Principallement l'Empereur, Qui veult, comme dissipateur, .
Destruire les biens de l'esglise.
Puis ung peu a fait entreprise De décyme prandre sur elle Et la veult tenir en tutelle, La bâtant et la molestant.
Le Pape.
Se contre elle va debatant, Honneur n'y aura à la fin.
Le Cardinal.
Homme dévot, doux et benyn Requis est d'y mectre ordonnance.
1709] Vie Ms s. Loys. 79
Le Pape.
Cardinal, vous yrès en France Par devers le Roy très crestien, Qui a toujours esté moien Remettre mes prédécesseurs En leur sieige, comme augmenteurs De la foy, qui vous aydera En voz nns et supportera; Car honneur ayme et loyaulté. , Privez de la communaulté De saincte Esglise l'Empereur Comme rebelle céducteur; La puissance je vous en donne.
Le Cardinal.
Ne doutez que je n'abandonne Corps et biens, je vous en advise, Pour mectre l'Esglise en franchise Puis qu'ay secours du Roy de France.
Le Pape.
Je vous donne toute puissance Touchant ce cas.
Le Cardinal.
Je m'y en voys Et m'adresseray aux Françoys, Qui de l'Esglise sont secours.
Le Roy.
L'empereur Federic tousjours L'Esglise veult persécuter Et par Oultraige exécuter Plusieurs maulx. Il est desloyal Traistre, "qui fait beaucoup de mal,
8o Gringore. [ï734
Tant à la temporalité Comme à spiritualité; Point ne monstre couraige franc.
Bon Conseil.
J'entens que le Cardinal Blanc Vient devers vostre Magesté Remonstrer sa crudelité, VouUant assembler vos Pnelatz Pour remédier à ce cas Qui est oultraigeux, dissolu.
Le Roy.
Mes prédécesseurs ont vouUu Les Papes en toute saison Soutenir, et selon raison Les vueil entretenir aussi.
Le Cardinal.
Le Pape m'a transmis icy Vers vostre Magesté Royalle Espérant qu'amour filialle Vous monstrerez à vostre père.
Le Roy.
Très bien soyez venu. J'espère Vous ayder, se voy que vous nuysse, Ainsi que vray fils de l'Esglise; Asseuré de moy vous tenez.
L'Esglise.
Cardinal Blanc, très bien venez; J'ay besoing de vostre secours.^ L'Empereur me fait tous les jours Prison, oultraige, plusieurs mauk.
'754] Vie Ms S. Loys. 8i
Le Cardinal.^ Congnu qu'il est si traistre et faulx.
Et qu'il hait amour, loyaulté, Privé de la communauté ^ Soit de saincte esgKse:
L'ESGLISE
Hellas, Je m'esbahis bien qu'il n'est las De me tourmenter en ce point.
Le Cardinal.
Pour faire le cas mieulx à point, S'il vous plaist, nous assemblerons Voz Prelatz et nous trouverons A Meaulx.
Le Roy.
Bien je le vous accorde, Mais l'Empereur plain de discorde A peine vous obéira.
Excommenié dont sera De la puissance apostolique.
Bon Conseil.
Il veult l'esglise catholicque Grever, ce qu'il ne doit pas faire.
Le Cardinal.
Allons penser de notre affaire A Meaulx.
Le Roy.
Dieu vous vueille conduire Et saincte esglise en paix réduire Par sa puissance supemelle.
Gringore II. ^ 6
82 Gringore. [1775
Le Messaiger.
Sire, il y a quelque nouvelle En France à rencontre de vous; Les Prélatz s'assemblent trestous Pour vous faire quelque finesse.
L'Empereur.
Qui esse qui ce mestier dresse Contre ma noble seigneurie?
Le Messaiger.
Cher sire, je vous certiffie Qu'ung cardinal est arrivé, Qui vous a benny et privé De communaulté de resglise.
L'Empereur.
Cuidez-vous que je me desprise ** Pour cella ? De ses mauldissons, Excommuniemens et façons.
Il ne m'en chault pas d^un seul double.
Oultraige?
(^n a-il.?
L'Empereur.
Qu'on trouble L'esglise plus qu'el ne fut oncques.
Oultraige.
Il fauldroit prandre et ravir doncques Les chasubles et corporaux Et les abbis sacerdotaulx.
Pour appliquer à vostre usaige
L'Empereur.
Fais du pis que tu peulx, Oultraige,
1798] VîE Ms S. LOYS. 85
Et, s^il y a femme ny homme Qui contredie, tue et assomme ; Ivespargne point le sang humain.
OULTRAIGE
Vous en orrez devant demain Parler en terrible façon.
L'Empereur.
Oultraige?
OULTRAIGE
Sire.
L'Empereur.
J'ay soupçon Que ce Cardinal en substance Ne maine les Prelaz de France A Rome pour me déposer, Par quoy il te fault aisposer De garder les pors et passaiges.
Sire, je scay bien les passaiges. De me gouverner en tel cas Et vous envojrer les Prelaz Prisonniers, si je les y treuve; Sur eulx je feray telle espreuve Qu'à jamais mémoire en sera.
L'ESGLISE
Hellas, hellas, et que fera Ton Esglise, mon Rédempteur, Laauelle est par l'Imperateur Feaeric à ce point troublée; Tu congnoij^ oien qu'el est comblée De pleurs e\ de gemissemens;
84 Gringore. [1821
Ses vaisseaux et ses paremens Sont mis à faire choses viles.
OULTRAIGE
Entrer me fault es domicilies De TEsglise, pour ses biens happer, Et, s'elle dit mot, la frapper Comme ung asne qui passe ung pont.
De quoy servent prebstres qui ont Une tas d'argent en maniement?
Holla, hau.
L'ESGLISE
Trop irreveramment Entrez en ce saint habitacle « Et vous monstrez symonyacle Par opprobres que vous y faictes.
OULTRAIGE
Prendre vueil sur ces entrefaictes Chappes, chasubles et tunicques.
J'en feray abbis magnifiques Pour vestir les princes royaulx; De ses délyez corporaulx Feray atours de damoiselles.
L'ESGLISE
Las, vécy piteuses nouvelles.
Les Prelas.
Comme quoy.?
L'ESGLISE
Ung terrible cas.
Certes, très révérends Prélatz, L'Empereur fait par son Ôultraige En l'Esglise si grant dommaige
1845] Vie Ms S. Loys. 85
Qu'oncques tel ne fut aprouvé.
Le Cardinal.
Sçait-il pas bien ^u'on Pa privé De Tamytié de samcte Esglise.
, L'ESGLISE
Il le sçait bien, mais il desprise Trestous voz excommuniemens, Et d'aubes, amys, paremens, Sathalites en maintes guises En font des mouchoers et chemises, De chasubles font des pourpointz Et de chappes vestemens maintz Par l'Oultraige de l'Empereur.
Le Cardinal.
Il est requis à ceste erreur Remédier, devotz prelatz.
L'ESGLISE
L'Empereur prive de souUas Tout le clergié, c'est grant pitié; Il n'y a aucune amytié En luy; il est de faulx affaire.
Les Prelatz.
L'Esglise, il vous est trop contraire Dont il nous en fait à tous mal.
L'Esglise.
O très révérend Cardinal, Remédiez à ma doulleur, Et m'ostez hor$ du grant malleur, Où par l'Empereur je suis mise.
Le Cardinal.
Affin de mectre en paix l'Esglise,
86 Gringore. [1867
Je vous diray que nous ferons; A Romme nous transporterons Où le Pape tient résidence, Lequel donnera sa sentence Dessus TEmpereur.
Les Prelatz.
C'est bien dit.
Je ne metz point de contredit D'aller avec vous pour ce fait.
Le Cardinal.
Les nefz trouverons en effect Apprestées au port de Venise.
Les Prelatz.
Il est requis que pour IfEsglise Nous mectons tous à Tadventure.
L^ESGLISE
Saincte et dévote Prelature, Jhesus rédempteur, qui vouUut Souffrir mort pour notre salut, Vous vueille mener à bon port.
Le Messaiger.
A l'Empereur feray rapport De cecy, luy racomptant comme Prelatz veuilent aller à Romme Pour le condempner.
L'Empereur. '
Je pensoye Pour savoir qui a mis en voye Le cardinal Blanc pour aller En France.
1889] Vie Ms S. Loys. 87
Le Mbssaiger.
C'est pour anuller Vostre pouvoir, prince puissant, Et vostre hault bruyt florissant Condempner; c'est ce qui le meine.
Les Prelatz, c'est chose certaine.
De France vont avecques luy, Et entens qu'il n'y a celiui Qui ne pense à vostre dommaige.
L'Empereur.
Allez au devant d'eulx, Oultraige, Faictes qu'ilz soient ou mors ou pris.
Les paillars ont-ilz entrepris Contre moy? Guectez le passaige, Allez au devant d'eulx, Oultraige.
OULTRAIGE
Le Cardinal Blanc n'est pas saige, De sa folie sera repris, Et si lui coustera Don pris L'entreprise.
Tant de langaige!
Allez au devant d'eulx, Oultraige.
Le Hérault.
S'ilz pevent, vous feront dommaige.
L'Empereur.
Tout fait, tout dit et tout compris, Hz sont tolz et très mal apris D'avoir entrepris tel ouvraige.
Allez au devant d'eulx, Oultraige.
Gringore. [1910
gultraige.
S*ilz n'usent de sort ou de charme, Je les vous rendray en brief terme Mors ou pris.
L'Empereur.
Je Tentèns ainsi ; N'en prenez pitié ne mercy, ' Nen plus que de chiens enraigez.
OULTRAIGE
S'ilz ne sont par moy oultraigez, Je suis content que Pon me pende.
Ne doubtez que je les vous rènidè Prisonniers et dedans brief temps.
L'Empereur.
Oultraige, à toy du tout m'atens Je ne vueil riens faire sans toy.
Nous serons, à ce que je vojr, Tantost près du port de Venise.
Les Prélatz.
Jhesus vueille que pour l'esglise Façons quelque bonne concorde Apaisant l'erreur et discorde De l'Empereur qui trop la grève.
Oultraige.
Vecy mes gens, paroUe brefve, Vecy ceulx que j'atens en somme^ Vecy ceulx qui s'en vont à Romme Pour condempner l'Imperateur,
I9îj] Vie Ms S. Loys. 89
Mais, comme ravissant rapteur, Je mectray la main dessus euix.
Demourez; à mort, maleureux; Qui vous maine en ceste province?
Vous estes rebelles au prince; Venez bien tost parler à luy.
Le Cardinal.
Mon amy, il n'y a celluy Qui ne soit prestre.
OULTRAIGE
Héé, viMains Cuidez-vous dehors de ntes mains Eschapper pour vostre prestrise?
Je ne crains Dieu ne son Esgiise; Traistres, je vous fais prisonniers.
Les Prélatz.
Nous obeyrons voullentiers Puis qu'ainsi est.
Se ferez mon.
Vous y viendrez,, vueillez ou non, Devant qu'eschappez de mes mains.
L'Empereur.
Les Prelaz de France sont plains De grant loisir, quant contre moy Vont vers le Pape; mais jecroy.
Se le Dyable ne les secourt.
Que par Oultraige dans ma court Ilz seront bien tost admenez.
Oultraige.
Cher sire, vengence prenés
90 Gringore. [i9j7
De ses paillars, de ses infâmes Qui donnent reproches et blasmes A vostre très noble haultesse.
L'Empereur.
Se leur orgueil je ne rabesse, Je puisse mourir de langueur.
Hz n'auront force ne vicueur Pour me faire quelque felace.
Ostez-les de devant ma face, Ostez ces traistres ypocrites Qui veulent par leurs loix escriptes Entreprendre par dessus moy.
Nouveau prince, nouvelle loy.
Les Empereurs d'Antiquité Ont-ilz pas eu Pauctwité De faire loix? VeuUent-ilz dire Qu'entreprindront sur mon empire.
Ha, rien, rien; je ne tien rien d'euht.
OULTRAIGE
Qu'en voullez-vous faire ?
Je veuhc Qu ilz soient mis en fortes prisons, Amn que tandis advisons Sur ce point que avons à faire.
OULTRAIGE
Soit fait ; je ne vois au contraire; En prison je les vois loger.
Oultraige les meine en prison,
L'Esglise.
Hellas, nous voyons oultraiger
1988] Vie Ms s. Loys. 9!
Les Prelatz par gens plains d'erreur.
Car POultraige de l'Empereur Est trop grant et trop excessif j Mon cœur en est triste et pensif Quant tel inconvénient je voy, Mais où doy-je aller, fors au Roy Très crestien pour m'en complaindre?
Qui esse qui pourra estaindre I/Oultraige de l'Empereur, si Le Roy tf a pitié ne mercy De moy? Je suis nommée TEsglise; Force est que mon cas lui devise ; A luy doy mon recours avoir.
Le Roy.
J'ay très grant désir de savoir La forme et la manière comme * Mes Prelatz sont allez à Romme Et s'ilz ont eu empeschcmcnt.
L'ESGLISE
Hz sont traictez piteusement Dedans des prisons ténébreuses, Où ilz font chères très piteuses Qui est pour moy ung grant dommage.
^Empereur les a par Oultraîge Fait prandre dessus le chemyn.
Quelque chose qu'il saiche dire Dieu ne l'a pas mis à l'empire Pour l'Esglise en ce point destruire; De tous pointz il tacne à me nuyre; A me molester passe temps.
Hellas, sire, comme j'entens, Voz prédécesseurs ont toujours Donné à tous prelatz secours ;
92 Gringore. [2014
Qu'en vostre temps, durant vostre aage On voye que corrigez TOultraige De l'Empereur, qui tant nous blesse.
Bon Conseil.
S'il plaisoit à vostre. noblesse Mander à FEmpereur comment Ne lui appartient nullement - De voz bons Prelatz retenir, Se seroit bien fait.
Chevallerie.
Soustenir Vous vouldray en ceste querelle, Et, si de ce faire est rebelle.
Je ne mectray pas long séjour.
Soit par force, ou soit par amour.
Qu'entre voz mains je ne les rende.
Le Popullaire.
D'accord suis, affin qu'on l'entende.
D'y despendre tout mon avoir.
Il faultxes bons Prelatz avoir.
Que l'Empereur tient en servaige Et sans raison par son Otiltraige, Contre Dieu, raison et la loy.
L'Esglise.
Le Roy, son Conseil sont pour moy; Chevallerie veut par ses termes Entreprendre pour moy les armes, , Et le Popullaire est tout prest De secourir mon interest, 4yant pitié de ma souffrance.
D noble royaume de France
20}8] Vie Ms S. Loys. 93
Qui as trouvé façons, moyens,
Que tes roys soient dits très xrestiens,
Grâce divine est avec toy.
Le Roy.
L'Esglise, ainsi que j'apperçoy.
Les Prelatz du royaulme sont Emprisonnez, là où iiz ont De la nécessité assez.
Sans raison sont vexez, lassez, Dont j'ay grant pitié en mon cueur, Pourquoy, par aevers l'Empereur Je vueil envoyer Bon Conseil ; En France n'y a son pareil Pour bien la besongne bastir.
Car bien le saura convertir Par prières ou par menaces.
Bon Conseil.
Sire, c'est raison que je face Vostre plaisir.
Le Roy.
Abrégez-vous Et faictes tant que devers nous Noz bons Prelatz soient ramenez.
Bon Conseil va vers l'Empereur,
Oultraige, à cop l'assault donnez Au Pape jusques dedans Romme; Et à ung besoing qu'on l'assomme Lui avec tous ses Cardinaulx.
Oultraige.
Lebyable m'emport si je faulx
94 Gringore. [2065
A lui faire guerre mortelle; Quant je puis tenir en tutelle Gens d'esglise, je suis bien aise.
S'en va vers Romme.
Bon Conseil.
Très noble Empereur, il vous plaise Que vostre triumphal arroy Escoute ce que par le Roy De France vous vueil relater.
L'Empereur.
Je suis prest de vous escouter Devers vostre cas sans séjour.
Bon Conseil.
Le Roy vous supplie par amour Qu'il plaise à vostre bonne grâce Lui rendre, dedans brief espace, Ses Prelatz que vous détenez Prisonniers; traveil leur donnez, Dont le Roy- est esmerveillé.
Qui vous a ce conseil baillé De grever ainsi ses Prelatz i
L'Empereur.
De ce ne s'esm'erveille pas La sacrée magesté royalle De France, très juste et loyalle, Se César Auguste veult prandre Vengeance de ceulx qui entendre Voulloient par subtille finesse Le mectre en dueil et en angoisse, Et alloient pour le condempner Dedans Rome et déterminer Le mectre à execucion.
2096] Vie Ms s. Loys. 95
Bon Conseil.
Toujours avez «n union Vescu avec le Roy de France.
Vostre foy et vostre espérance A esté, comme savez, sire.
Entre le royauime et l'empire De voz nobles prédécesseurs, Qui ont esté intercesseurs De mouvoir oaix; et vous vouliez Que telz haulx fais soient advillez, Rompant commocion de paix Et de concorde, qui jamais A voz prédécesseurs n'advint, .
Ne jamais ne leur en souvint.
Se les Prelatz vous ne rendez Au Roy, affin que l'entendez.
Vu qu'il y a grand interest, Le royauime de France n'est Si foible, je vous certifBe, Que sa noble Chevallerie Se lesse, avec ses bons barons, •DefouUer à voz espérons.
Je vueil bien que vous le saichez.
L'Empereur.
De très haulx pointz icy touchez, Et sçay bien que la magesté Du Roy des Françoys a esté Joincte et unie avec l'Empire; Pour quoy je ne vueil escondire Le roy; ses prelatz lui rendray, Avec ce je lui renvoyray Le cardinal Blanc, pour en faire A son plaisir.
96 Gringore. [2115
Bon Conseil.
De cest affaire Pour le Roy je vous remercye; Il appete, je vous affie, Vous faire service et plaisir.
L'Empereur.
Hérault, tu prendras le loysir Luy bailler les Prelatz de France.
Le Hérault. .
Soit fait selon votre ordonnance; Hz ne sont guerre loing d!icy.
Tenez, regardez, les vecy ; Délivrez vous sont de par moy.
Bon Conseil.
Prelatz, allons devers le Roy De France, qui de bon couraige Vous a délivrez de TOultraige De l'Empereur.
Les Prelatz.
Nous le devon§ Remercier; car nous savons Le grant mal qu'avons enduré.
Bon Conseil.
L'Empereur a fort murmuré Contre vous, devant que vous rendre.
Le Cardinal.
Icy ne nous fault plus attendre; Car le lieu me semble ennuyeulx.
Hz s'en vont.
21 39] Vie Ms S. Loys. 97
OULTRAIGE
Je vueii, d'un voulloir oultraigeux Sans craindre, ne redoubler Dieu, Assaillir le Pape en son lieu Et lui livrer guerre mortelle.
Le Pape.
O haulte puissance immortelle, Où toutes vertus sont encloses.
Tu scés et connois toutes choses.
Et comme l'Empereur me fait ^
Par son Oultraige trèi infaict Des maulx infinis tous les jours.
Et ne sçay où avoir recours Sinon à ta miséricorde.
Vivre ne sauroie en concorde.
Sinon au royaulme de France; Affin que soye en asseurance.
C'est le meilleur que m'y transporte.
Car l'Empereur d'estrançe sorte Par son Oultraige me fait guerre.
S'en va en France.
Bon Conseil.
J'ay ramené en vostre terre Et pays de France voz Prelatz.
Le Roy.
J'en ajr au cueur jojre et souUas; Très bien soyez arrivez tous.
Les Prelatz.
Sire, sans la grâce de vous, L'Empereur nous eust mal menez.
Gringore IL 7
98 Gringore. [2i6z
Le Roy, Grâces à Jhesus en donnez, Non pas.à moy, puisqu'il le veult; Mes amys, c'est lui qui tout peull; Il ne lui e^t rien impossible.
Le Cardinal.
L'Empereur est si très terrible Qu'il a par Oultraiee assailly Le Pape, tant -qu'il est sailli De Romme et venu à^^Lyon « A saulveté.
ife Roy.
L'oppinion Du Pape je treuve très bonne. ' Puisqu'il est en France, en personne De brief je l'iray visiter.
'Le Cardinal. .
Vers vous vient pour vous reciter Son cas et son piteux affaire, Car l'Empereur lui est contraire; Par Oultraige le.griefve fort.
Le Roy.
Je lui donneray reconfort.
Si plaist à la vierge Marie; Soyez preste, Chevarilerie, Pour partir demain au matin.
Chevallerie.
Pour voir ung homme tant benyn Il n'est chose que je ne face.
Dieu tout puissant, fais-moy grâce.
2l8;] Vie Ms S.- LOYS. 99
Qu'esse cy? Je sens toi douUeur
Su'advis m'est que le povre cueur ê deffault.
Bon Conseil.
Sire, qu'avez vous?
Le Roy.
Je ne sçay; mes membres sont tous Si faillis que ne sçay que faire.
Bon ConSeil.
le croy qu'il seroit nécessaire De vous coucher, puissant seigneur.