A MONSIEUR LE MARQUIS DE PASTORET
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Quand oo songe au nombre étonnant de volumes publiés pour rechercber le point des Alpes par lequel Annibal opéra son passage, sans qu*on puisse aujour» d'iuii savoir si ce fut, selon Witaker et Rivas, par Lyon, Genève, le Saint-Bernard et le Tal d*Aoste; ou, selon Letronne, Follard, Saint-Simon et Fortia d*Urban, par risére, Grenoble, Saintr-Bonnet, le mont Genèvrc, Fenestrelle et le pas de Suie ; ou, selon Larausa, par le mont Cenis et Suzc; ou, selon Strabon, Polybe et de Luc, par le Rhône, Vienne, Yenne et le mont du Chat ; ou, selon Topinion de quelques gens d'esprit, par Gènes, la Bochetta et la Scrivia, opinion que Je par* tage, et que Napoléon avait adoptée ; sans compter le vinaigre avec lequel les roches alpestres ont été accommodées par quelques savants, doit-on s*étonner, monsieur le marquis, de voir Thistoire moderne si négligée, que lei points les plus importants en soient obscurs et que les calomnies les plus odieuses pèsent encoro sur des noms qui devraient être révérés? Remarquons, en passant, que le passage d'Annibal est devenu presque problématique à force d'éclaircissements. Ainsi, le père Ménestrier croit que le Scoras désigné par Polybe est la Saône; Letronne, LAinuxa et Schweighauser y voient Tisère; Cochard, un savant lyonnais, y voit la Drôme; pour quiconque a des yeux, il se trouve entre Scoras et Scrivia de grandes ressemblances géographiques et linguistiques, sans compter la presque certitude du mouillage de la flotte carthaginoise à la Spezsia ou dans la rade de GOnes? Je concevrais ces patientes recherches, si la bataille de Cannes était mise en doute ; mais, puisque ses résultats sont connus, à quoi bon noircir tant de papier par tant de suppositions qui soirt en quelque sorte les arabesques de Phypothèse; tandis que l'histoire la plus importante au temps actuel, celle de la Réformation, est pleine d'obscurités si fortes, qu'on ignore le nom de l'homme ^ qui faisait naviguer un bateau par la vapeur à Barcelone, dans le temps que Luther et Calvin inventaient l'insurrection de la pensée? Nous avons. Je crois, la même opinion, après avoir fait, chacun de notre côté, les mémos recherches sur la grande et belle figure do Catherine de Médicis. Aussi, ai-Jc pensé que mes études histo-
1. L'aateur de l'expérience de Barcelone doit être Salomon, de Caux, et non do Caus. Ce grand homme a toujonis en dn malheur; même après sa mort, son nom est encore tronqué. Salomon , dont le portrait original et fait à l'âge de quarante-six ans a été retrouvé par l'autear de la Com^dib humai?(k â Hei<iell>org, est né à Caux, en Normandie.
riques sur cette reine seraient convenablement adressées à an écriTain qui depuis si longtemps travaille à Thistoire do la Réformation, et que je rendrais aiosî &a caractère et à la fidélité de Thomme monarchique un public hommage, peuir^L"-;: précieux par sa rareté.
Paris, janvier 1842.