‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 14 sur 72 · Schlegel, CoHU de liiiêrature dramatique ^ 1. 1, p · texte numérisé non relu

Schlegel, CoHU de liiiêrature dramatique ^ 1. 1, p

tique. La profession de poète est une fonction publique. Au temps même où les rôles principaux sont joués par les les Polus et par les Théodore, c'est-à-dire par des artistes rémunérés, ce sont des citoyens qui remplissent encore les rôles secondaires et qui composent le chœur, comme pour s'acquitter d'un devoir civique, en occupant une place dans la représentation des légendes religieuses ou des faits héroïques de l'histoire nationale. Il n'y a pas là ces deux mondes distincts qui dans nos théâtres sont séparés par la rampe et par le rideau : d'un côté le monde imaginaire, les événements inventés, les passions imitées, les personnages fictifs; de l'autre, le monde réel, s'amusant du spectacle et sans cesse averti par tout ce qui l'entoure qu'il n'en est que le spectateur. Acteurs et spectateurs, tous, au théâtre grec, étaient animés d'un même esprit, confondus dans une même pensée. De la scène aux gradins circulait librement l'inspiration du poëte, sans avoir à franchir cette barrière invisible et présente qui s'élève chez nous entre le poète et le public, et qui nous permet si difficilement la volupté de l'illusion.

« La tragédie se montrait digne de cette origine qui avait placé son berceau au milieu des pratiques religieuses du culte des dieux, qui l'avait marquée dès sa naissance d'un caractère sacré ; elle méritait de rester associée à ces fêtes qui rassemblaient autour des autels la nation tout entière ; elle-même était une fête donnée aux citoyens par leurs magistrats dans des jours solennels, fête instituée par la religion et adoptée par la politique des législateurs, qui firent de ces représentations une sorte d'instrument moral de gouvernement. Ce peuple léger qu'abattait l'infortune, qu'enivrait la prospérité, venait prendre au théâtre, en contemplant les calamités des rois et des empires et le tableau touchant et terrible des grands revers, des leçons de constance et d'humanité : de telles leçons convenaient dans

un siècle aussi plein de révolutions et de catastrophes que celui des guerres médiques et de la guerre du Péloponèse, et il était digne de les entendre, ce peuple qui, seul chez les Grecs, avait élevé un autel à la Pitié. En même temps l'amour du pays, le sentiment de Torgueil national, l'attachement aux lois et à la cité, s'exaltaient dans les ftmes quand on entendait rappeler ces noms antiques et vénérables qui rappelaient les plus chers souvenirs de la patrie ^» Voilà une explication vraie de la tragédie grecque, de la place qu'elle tenait dans la vie d'Athènes, de son influence morale sur la société. Enlisant cette page et les dévelopments qui la suivent, on comprend l'importance politique de ce chœur, formé de citoyens et investi par la poésie du droit de haranguer le peuple, droit qu'il exerçait largement, même aux dépens de l'art, et dont la liberté d'allusion et d'épigramme, accordée quelquefois et souvent refusée à notre scène moderne, ne nous donne qu'une incomplète idée. Qu'est-ce que le monologue de Figaro à côté de cette discussion politique des Suppliantes d'Euripide, entre le héraut qui soutient une thèse contre la démocratie, contre les licences de la parole, contre les aberrations du suffrage populaire, et Thésée qui répond par un discours d'opposition contre le pouvoir absolu et l'arbitraire d'un seul mis à la place de la loi ? Ce n'est pas en évoquant les souvenirs de notre théâtre, même les plus hardis, c'est en étudiant l'histoire du théâtre grec qu'on parvient à concevoir la puissance de l'art et son ascendant sur un peuple libre; et alors on s'explique qu'à l'époque où florissait chez les Athéniens cette liberté de la scène , le sénat républicain de Sparte et le despote des Perses demandaient des nouvelles du théâtre d'Athènes avec une curiosité plus diplomatique que littéraire, et que nos œuvres dramatiques n'ont jamais

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