‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 24 sur 72 · Ép.ïy liv. I · texte numérisé non relu

Ép.ïy liv. I

modestie! Il avait une villa magnifique, un parc admirable, un nombreux domestique, et force beaux écus sonnants. Il n'a pas tenu aux ennemis d'Horace (car, qui le croirait? il a eu des ennemis] qu'il ne passât aux yeux des modernes pour un grand seigneur, ou au moins pour un gros propriétaire. Quel bonheur de prendre un philosophe en flagrant délit d'opulence! Mais on s'est trop pressé d'opposer sa fortune à ses maximes. Horace n'était pas riche. Le seul héritage qu'il dut à son père, ce fut, on le sait, l'éducation excellente dont il se montra si reconnaissant. Il avait raison d'être content de son lot : riche , il n'eût peut-être été qu'un mondain spirituel; pauvre, il devint poète; c'est la pauvreté qui, en lui imposant ses premiers vers, lui révéla son génie * . C'est souvent une bonne fortune en ce monde que de n'être pas heureux trop tôt. Aussi Horace s'est-il comparé à ce soldat de Lucullus qu'on avait volé pendant qu'il dormait: furieux à son réveil, il se précipite sur les ennemis et les met en déroute. A quelques jours de là , son général veut l'envoyer à l'assaut d'une forteresse; le soldat refuse et répond : «Envoyez-y un camarade à qui on ait pris sa ceinture. » Horace sentait le prix de son ancienne pauvreté. Plus tard l'amitié de Mécène lui valut une place et une terre. La place, ce fut la charge de scribe du trésor, qu'Horace acheta, comme on achetait en France autrefois les places de finance. Les scribes du trésor formaient une corporation qui , sous la direction du questeur, administrait le trésor public; ils veillaient à l'observation des lois financières et à la reddition des comptes; il leur advenait quelquefois d'être prévaricateurs, comme à nos fermiers généraux. Mais rien n'autorise à penser qu'Horace ait dilapidé la fortune publique.

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