npox«OT)(jLtvir) Tt); iyaictic. Ep, ad Rom. proctm
démonstration était désirable. Même dans les actes d'autorité accomplis avec succès par FÉglise de Rome, pendant les premiers siècles, on a peine à trouver des preuves incontestables d'une souveraineté spirituelle légitime, bien établie. L'appel adressé à Constantin par les prélats d'Afrique contre l'archidiacre Gécilien entretient cette disposition au doute, que M. de Broglie n'a pas assez combattue. Ce n'est pas devant le pape Hiltiade que les évêques d'Afrique accusent Gécilien, c'est devant l'empereur; et, lorsque Constantin confle à l'évèque de Rome le soin d'examiner l'affaire, il ne fait dans sa lettre aucune allusion au droit naturel du pape d'être le juge d'un pareil débat, comme il n'y eût pas manqué, sans doute, si ce droit eût existé de notoriété universelle. A défaut donc de preuves plus positives que celles qu'indique M. de Broglie, il est permis de croire que la primauté de Rome, d'abord honorifique, ne s'est transformée que graduellement, par l'initiative des successeurs de saint Pierre, et par le consentement volontaire des autres évèques, en une suprématie d'autorité. Et s'il fallait fixer par une date l'époque où cette souveraineté papale, jusque-là incertaine, est devenue inévitable, on pourrait indiquer pour date et pour cause décisive la translation de Tempire à Constantinople. Si l'empire et l'empereur étaient restés à Rome, le pape, sous la main de l'empereur, aurait été ce que fut, en Orient, le patriarche de Constantinople, le premier fonctionnaire de l'ordre religieux. Après le départ de l'empereur, le pape eut le champ libre à Rome. Comme, en même temps que Constantin transférait l'empire à Constantinople, il proclamait la religion chrétienne religion de l'État, le représentant de l'autorité religieuse, qui était le sacerdoce païen, c'est-à-dire la seule rivalité que l'évèque de Rome pût craindre encore s'effaça devant lui, de même que le représentant de l'autorité civile. Lesflamines,les augures,
les aruspices, disparurent avec les consuls et les sénateurs, et il ne resta dans Rome que Tévêque, ou, pour mieux dire, que le pape, debout sur son tr6ne pontifical. Lui seul fut la grande autorité de Rome, et Tempereur ecclésiastique de rOccident *.
Ainsi a été fondée la souveraineté pontificale, après la victoire du christianisme, décidée par la conversion de Constantin. Quel fut le premier usage que le christianisme fit de sa victoire ? C'est ce qui nous reste à examiner, en étudiant, avec M. de Broglie, Thistoire d*Arius et de sa condamnation.
Le jour où cette prophétie fameuse : Hoc signo vinces^ apparut, dit-on, au milieu du ciel, gravée sur une croix lumineuse, ce n'était pas seulement la défaite de Maxence qu'elle annonçait à Constantin, c'était la ruine du paganisme qu'elle promettait à la religion chrétienne. La victoire de Constantin devait être la victoire du christianisme. Non que le vainqueur de Maxence fût déjà chrétien : le capitaine qui arbore l'étendard de la croix à la tête de son armée, le souverain qui dans ses édits invoque le nom du Christ, le quasithéologien qui préside le second concile oecuménique, écrit aux évêques des lettres qui ressemblent à des mandements, et tientdans son palais des conférences religieuses où il prononce des homélies, n'était pas même baptisé. Il ne reçut le baptême qu'à l'heure de sa mort, ce qui a permis à ses apologistes d'expliquer les crimes de sa vie par l'absence de la grâce attachée au sacrement. Constantin n'eut qu'une seule des trois vertus théologales : la foi. On l'a voulu
1. Cette idée a été très-bien développée par le docteur Milman, Bittory of latin christianity f 1. 1, p. 108.
prendre pour un sceptique habile qui, ne croyant pas plus au Christ qu'à Jupiter, se rallia au christianisme, dont il avait compris la force et prévu l'avenir. C'est mal juger Constantin. M. de Broglie a revendiqué avec raison pour lui la sincérité delà foi. On n'est pas un sceptique parce qu'on se conduit avec ses passions, au lieu de se conduire avec ses croyances. Constantin a été tout ensemble un croyant et un assassin. Rien de plus humiliant pour la nature humaine, mais rien de plus commun que cette insufQsance de la foi à contenir la volonté :1a foi et la volonté sont deux puissances qui parfois semblent se partager l'homme à l'amiable, la foi se contentant du domaine spéculatif, et laissant la volonté diriger les actes comme il lui platt. Du moins on est tenté de soupçonner un pareil accord, quand on voit tant de croyants qui agissent mal en pensant bien. Par une combinaison commode, qui satisfaisait à la fois ses penchants et ses opinions, Constantin déroba au christianisme le gouvernement de sa conscience, et lui abandonna celui de sa politique. Le christianisme, mattre de l'esprit de Constantin, ne régna pas sur son âme, qui garda la liberté de ses vices ; mais il régna sur l'empire, destiné désormais à devenir la chrétienté.
Pour achever bien vite la défaite du paganisme et faire prévaloir dans le monde, encore partagé entre deux croyances, l'unité d'une même foi, le christianisme allait s'exposer à deux graves périls : le premier, celui de devenir persécuteur, de persécuté qu'il était naguère; le second, celui d'étaler aux yeux des peuples des guerres civiles au sein de l'Église et des passions humaines dans une cause divine, à l'heure où l'Église conviait les peuples à se réunir en elle, comme dans le sanctuaire pacifique de l'orthodoxie. Avec une sincérité dignedelouangechez un historien chrétien, M. A. de Broglie nous montre le christianisme en face de ce double danger, et, si lexespect contient parfois ou modère chez lui
Texpression des sentiments qu*un tel spectacle inspire, jamais il ne le conduit à sacrifier la vérité, ni même à l'afTaiblir. M. A. deBroglie ne tire pas toujours des faits les conclusions qu'ils renferment ; mais il les expose assez fidèlement pour que le lecteur puisse conclure à sa place et suppléer ce que l'auteur ne dit pas. S'il arrive à l'historien de puiser dans son dévouement à la religion chrétienne une interprétation des faits plus pieuse qu'admissible, il est si consciencieux dans son récit, il communique avec une telle probité au public toutes les lumières nécessaires pour contrôler son jugement, qu'on se trouve, grâce à lui, tout armé contre les explications ingénieuses que sa foi lui suggère. Par exemple, après avoir cité l'édit de Constantin, qui promet aux païens la liberté complète de leur culte, M. A. de Broglie avoue que la promesse impériale fut immédiatement violée, et que les auteurs ecclésiastiques du temps « remplissent leurs récits du tableau des idoles abattues, des objets du culte étalés ou vendus à l'encan, d'une destruction universelle des temples païens, qui suivit la victoire définitive de Constantin. > En même temps tout son effort est de concentrer sur la tête de Constantin la responsabilité de la persécution, à laquelle il prête un caractère exclusivement politique, pour préserver l'Église de tout soupçon de complicité. Rien de plus sincère assurément, et rien de plus habile que l'interprétation de M. de Broglie, dans ce passage élevé, ingénieux, éloquent :
•» Constantin, qui ne voulait point proscrire en principe le culte païen, le frappait sans scrupule partout où il pouvait porter ses coups avec une apparence d'intérêt politique et moral. Les temples d'Aphaque, en Phénicie, et d'Egée, en Cilicie, furent démolis pour avoir servi d'abri à des orgies dignes de Sodome et de Gomorrhe ; celui d'Héliopolis, pour avoir été transformé, par l'usage, en un lieu de prostitution publique. Le vainqueur usa partout largement de
sa victoire, avec d*autant plus de hardiesse qu'il était soutenu par Tapprobation générale et encouragé par un juste bien que tardif réveil de Topinion publique. Ces exécutions se faisaient en effet facilement, les sentiments nouveaux des populations allant d'eux-mêmes au-devant des ordres d*un mattre victorieux. Il ne fallait pas un grand déploiement de troupes : deux ou trois officiers suffisaient pour aller tirer de leurs retraites les devins et les prêtresses, qu*ils traînaient avec risée devant les regards de la multitude ; puis dépouillant les idoles des pierreries, des vêtements précieux qui les couvraient, ils faisaient voir le bois pourri, les os de mort infects, les crânes dépouillés qui se cachaient sous ce brillant appareil. Les chrétiens applaudissaient à ces exhibitions dérisoires en répétant les paroles des psaumes contre les idoles des gentils. La foule des indifférents, d*abord surprise, ne tardait pas à s'associer à Texécution, avec ce goût de destruction, naturel chez elle, qui remplace si vite les croyances ébranlées.
< Ce compte, une fois ouvert avec le paganisme, n'était pas près d'être réglé. Il n'y svait guère, en effet, de temple païen qui ne renfermât dans ses retraites mystérieuses quelque désordre impudique ou sanglant. Le paganisme, à vrai dire, n'offrait partout qu'un vaste tableau d'immoralité régulière et consacrée, sur laquelle le prestige religieux avait seul pu endormir la conscience publique. Du moment où ce prestige disparaissait, le scandale demeurait seul. Du jour où Ton n'approchait plus, les yeux baissés, des autels de Vénus, de Priape ou de Gybèle, on ne pouvait plus les regarder sans indignation et sans rougeur. L'Évangile, comme un soleil levant, perçait de ses rayons les voiles des temples et les retraites des bois sacrés, et montrait au ciel des idoles immondes, des cérémonies obscènes, toute une école de crimes et de débauches qu'une société policée s'étonnait d'avoir supportée si longtemps. » (T. I, p. 347.)
On ne peut plaider en meilleur style ni par des raisons plus spécieuses Tirresponsabilité de TÉglise dans la persécution contre les païens. M. de Broglie, dans cette partie de son histoire, invoque tacitement pour l'Église une espèce d'alibi, et ne met en scène que la morale publique, se prononçant avec une indignation spontanée contre les scandales du polythéisme, et l'intérêt politique, consommant sur le parti païen la défaite de Licinius. Mais, à défaut de toutes preuves précises, ne suffit-il pas, pour révoquer en doute cette interprétation, du témoignage de l'histoire attestant que, chaque fois qu'après une guerre entre deux partis, le vaincu devient vainqueur, il se venge de sa longue oppression en opprimant à son tour? Les représailles semblent la loi de toutes les luttes humaines, surtout des luttes religieuses, où les hommes se persuadent qu'ils font les affaires de Dieu, et lui consacrent leurs passions. Aussi, l'histoire à la main, pourrait-on, a priori, douter de cette neutralité de l'Ëglise dans la persécution exercée contre le paganisme. Mais on ne manque pas de preuves plus décisives que l'expérience. Je ne veux les demander ni à Voltaire, ni à Gibbon, ni aux écrivains anciens, à Eunape par exemple, qui décrit avec une précision si énergique les violences des chrétiens d'Alexandrie. Je n'emprunte mes arguments qu'à M. de Broglie lui-même, dont la parfaite loyauté fournit, je le répète, à ses lecteurs tous les moyens de le contredire. Ne nous apprend-il pas que les auteurs ecclésiastiques qui « constatent avec sincérité > l'engagement pris par Constantin de respecter la liberté du culte païen, « exaltent avec un saint enthousiasme la destruction des temples, > c'est-à-dire la violation flagrante d'une promesse et d'une loi 7 (T. I , p. 346. } Eusèbe de Gésarée, que cite M. de Broglie, n'applaudit-il pas avec transport à ces expulsions brutales et à ces exhibitions dérisoires des prêtres païens abandonnés aux outrages de la multitude? Ne
326 ÉTUDES UïTÉllAlUKS Eï MORALES.
décrit-il pas leur confusion avec une allégresse déclamatoire ? Et peut-on supposer que ce prélat rhéteur et courtisan, ce confident de Constantin, correcteur de ses discours et inspirateur de sa politique religieuse, ne sollicitait pas, dans rintimité de ses flatteries, des rigueurs qu*il célébrait publiquement par l'enthousiasme ampoulé de ses panégyriques? Ou bien alléguera-t-on qu*£usèbe de Gésarée et tous les auteurs ecclésiastiques, dont M. de Broglie rappelle les actions de grâces en remerciment des rigueurs impériales contre les païens, ne représentent pas la pensée de l'Église ? Mais leur joie, nous dit M. de Broglie, était celle de tous les chrétiens, qui applaudissaient avec eux. Pouvonsnous donc, malgré la complicité morale que dénoncent leurs cris de triomphe, mettre ici l'Église hors de cause? Pouvonsnous soutenir que la persécution contre les païens fût exclusivement l'œuvre de l'État, imputable au seul empereur? £xiste-t-il une loi, signée de Constantin, qui prohibe le culte païen, et qu'on puisse alléguer comme une preuve du caractère politique de la persécution ? Il n'en existe pas, et, dans un Éclaircissement ajouté à son récit, M. de Broglie, s'entourant de tous les témoignages fournis par l'histoire, conclut, contre Tillemont, qu'il n'interdit que les superstitions privées qui s'étaient glissées dans le culte public du paganisme, mais ne défendit pas le culte ofûciel. H. de Broglie cite même deux lois du code théodosien destinées à protéger les prêtres et les flamines païens contre l'hostilité des municipalités d'Afrique. Donc, si la loi était forcée de venir en aide au paganisme violenté, ce n'est pas la loi qui prescrivait la démolition de ses temples et la persécution de ses ministres. Était-ce la morale? H. de Broglie nous l'a dit tout à l'heure, dans le passage que j'ai cité, il le répète encore dans son Éclaircissement : c On ne détruisait pas les temples comme païens, mais comme immoraux. » Mais il ajoute, et ses paroles sont significatives : « On pouvait aller
très-loin avec cette argumentation, les temples païens étant d'ordinaire des asiles d'immoralité. On sent ce qu'un pareil mode d'action peut devenir entre les mains d'un parti victorieux, qui avait pour lui l'ardeur des convictions, l'approbation publique, la faveur du mattre, et le meilleur prétexte du monde. Il n'en fallut pas davantage pour donner presque sur tous les points de l'empire, mais surtout en Orient, le spectacle d'ime destruction v/niverselle des temples paienSy et accréditer ainsi auprès des écrivains mal informés ou peu exacts^ que Constantin avait porté une loi foi^meUe contre le culu. » M. de Broglie a dit le mot : la persécution, si violente, qu'on dut la croire autorisée par la loi, ne fut pas l'ouvrage de la loi , mais l'ouvrage d'iih parti, de celui que M. de Broglie appelle lui-même « le parti chrétien ; > car ce fut le malheur de l'Église victorieuse de devenir un parti et de pousser de ses propres mains la religion dans l'État, au lieu de la tenir soigneusement séparée de l'État, pour garder le pouvoir d'être tolérante, selon l'esprit de son fondateur. Et de là vint qu'au lendemain de sa victoire, l'Église, entraînée par sa promiscuité avec la politique, ne put accorder au vaincu la liberté qu'elle avait si longtemps revendiquée pour elle, ni échapper à ce premier péril, de devenir oppressive après avoir été persécutée.
Elle ne se déroba pas davantage au second danger, celui de se diviser et d'étonner le monde par ses discordes. « L'Église d'Orient à l'avènement de Constantin, dit M. de Broglie, était travaillée par un mal intérieur dont les symptômes étaient déjà visibles, et que le souffle corrupteur des prospérités humaines devait rapidement développer. •• Cette maladie de l'Église, c'était l'hérésie d'Arius. M. de Broglie a raconté l'histoire de l'arianisme depuis son origine jusqu'à la mort de Constantin, avec une abondance et un choix de détails, avec un art d'exposer les idées et de peindre les caractères, qui ne laissent rien à désirer.
328 ÉTUDES LllTÉRAlRES ET MORALES.
Son récit des actes du concile de Nicée est un des meilleurs morceaux de son livre, si riche en parties excellentes. Je n'élèverai pas ici toutes les objections que pourrait me suggérer la différence de point de vue qui me sépare de rhistorien. Je ne toucherai qu'un seul point, le plus impor* tant. Dans une dissertation sur le dogmedelaTrinitéetsur Tarianisme, insérée à la fin de son second volume, M. de Broglie dit qu'Arius c accordait que le Verbe est Dieu, et ne lui refusait que deux qualités , l'éternité et Hdentité de substance avec le Père. » Qu'Arius, condamné par le concile de Nicée, exilé par Constantin, ait, dans une lettre écrite à l'empereur pour décider sa clémence, reconnu la divinité < du Seigneur Jésus, Dieu-Verbe, par qui ont été faites toutes choses, > je ne le nie pas. Hais ce n'est pas dans cette profession de foi épistolaire, où la soumission est calculée et où la doctrine se déguise pour obtenir gràce^que nous devons chercher la pensée d'Arius. La hardiesse et l'originalité de son hérésie, c'est qu'elle portait non sur tel ou tel détail de la théologie chrétienne, mais sur l'idée fondamentale du christianisme. Ni les variations intéressées d'Arius, ni les atténuations introduites dans sa doctrine par ses partisans, peu jaloux de partager sa disgrâce, ni les discussions compliquées du concile de Nicée, ni les controverses confuses qui s'élevèrent dans les conciles postérieurs , ne doivent nous faire perdre de vue le point capital de l'hérésie d'Arius : la négation de la divinité du Christ. Et ce n'est pas tardivement, par une suite de déductions imposées à sa logique et subies par elle à regret, qu'Arius a été poussé à cette extrémité. Dès le commencement du débat, dans sa lettre à l'évèque Alexandre, il expose nettement sa doctrine tout entière. < Jésus, dit-il, est la première des créatures de Dieu, c'est la créature parfaite, mais c'est une créature. Dieu seul n'a pas été créé. > Il ne fut pas difficile aux orthodoxes de
ÉTUDES UTTKl^AIRES ET MORALES. 329
Nicée de démontrer que cette distinction entre le Père incréé et le Fils créature était la négation môme de la di* vinité du Fils. D'ailleurs, n*eussent-ils pas voulu presser les conséquences des principes d'Arius, la déclaration d'Arius devant le concile rendait toute méprise impossible : < Arius, dit M. de Broglie, fut mandé devant le concile. Il paraîtrait que là, sous l'influence de l'orgueil que lui inspirait la grandeur de son rôle devant le monde chrétien, il perdit tout sentiment de prudence. /{ aUa^ sans hésiter^ jusqu'au bout de son opinion. Il soutint que le Verbe n'était ni éternel comme le Père, ni de môme nature, ni de môme substance, qu*il n'était pas Dieu^ mais seulement participant de la divinité, au sens où l'Écriture dit que tous les hommes le sont. > (T. II, p. 32.) Telle était en effet la vraie doctrine d'Arius. C'est expressément contre lui que le concile de Nicée, dans le symbole qu'il rédigea, inscrivit cette formule explicite : « Credo in unum Deum.../et in unum < Dominum Jesum Cbristum, iilium Dei unigenitum et ex « Pâtre natum ante omnia ssecula, Deum de Deo, lumen « de lumine, Deum verum de Deo vero, genitum non fac* ctum, consubstantialem Patri; » c'est-à-dire la déclaration solennelle et itérative de la divinité du Christ et de sa consubstantialité. Tous les témoignages donc, celui du concile de Nicée, celui d'Arius, et celui de M. Broglie luimôme rapportant les paroles d'Arius, s'accordent pour établir que le fond de l'hérésie d'Arius était la négation de la divinité du Christ. L'arianisme était une hérésie philosophique, qui ne tendait à rien moins qu'à substituer au. christianisme révélé un christianisme rationaliste , où le Christ n'aurait été qu'une créature privilégiée jentre toutes les autres, un intermédiaire inspiré, mais humain, comme le Christ de certains philosophes et des Unitaires modernes, un libérateur de l'humanité par son Évangile et par ses exemples, mais non pas un sauveur par son supplice et sa
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résurrection. En un mot, Arius était l'ancêtre éloigné du Vicaire savoyard et de Ghanning. Si FÉglise 8*était laissé gagner à l'arianisme, c'en était fait de la religion catholique, apostolique et romaine, qui serait descendue au rang d'une philosophie chrétienne , c*est-^-dire d*une création humaine, au lieu de s'élever à celui de monarchie pa« pale, instituée par la main de Dieu.
C'est là ce qui explique que de toutes les hérésies, avant celle de Luther, Tarianisme a été la plus contagieuse et la plus combattue, et Arius le plus puissant et le plus maudit de tous les hérésiarques. M. de Broglie, malgré la fermeté de sa modération, n'a pu se défendre, je le comprends, de partager cette aversion traditionnelle contre le fameux sec* taire, et il lui a été difficile de ne pas étendre jusqu*à l'homme la rigueur dont tout chrétien doit s'armer contre sa doctrine- M. de Broglie accuse Arius d'orgueil, d'insolence et d'intrigue. Peut-^tre a*t-il raison. Toutefois n'oublions pas que nous ne connaissons Arius que par ses ennemis, et que c'est une règle élémentaire de critique historique et d'équité4e ne pas le juger sur leurs témoignages, sous peine de tomber dans la prévention. Tout à l'heure, par exemple, M. de Broglie mettait sur le compte de l'orgueil la déclaration d' Arius devant le concile, quand il c allait jusqu'au bout de son opinion. » Pourquoi ne pas l'attribuer à la franchise ? Il manqua de prudence, dit M. de Broglie. Si Arius n'avait pas parlé comme il parla, peutêtre H. de Broglie aurait-il dit : c Arius manqua de sincérité. > Certes, je n'ai pas dessein de grandir cet hérésiarque, dont il est si difficile d'avoir la vraie mesure. Mais ce qu'on devine de son vrai personnage à travers les dépositions hostiles des écrivains qui le travestissent, est digne d'intéresser à lui tous les esprits libres. Peut-être M. de Broglie ne l'a-t-il pas assez distingué des hérétiques vulgaires, et Ta-t-il réduit à de trop minces proportions.
ÉTUDES LITOÉRAIRES ET MOHALES. 331
Dans ce livre où le débat suscité par Tarianisme tient une si grande place, Arius n*apparalt qu'effacé derrière un Eusèbe de Césarée et un Ëusèbe de Nicomédie. Et cependant, si Ton met de côté la question d'orthodoxie, et si l'on considère ce débat comme un drame, le rôle d' Arius n'a de supérieur que celui d'Athanase. Arius, avec ses contradictions, ses faiblesses, et même cette mort peu poétique, dont la légende a fait un châtiment, Arius l'emporte en* core, comme personnage de la scène historique, sur ces évoques disputeurs, tour à tour excommuniants et excommuniés, qui compromettent l'immutabilité de l'Église en lui faisant affirmer dans un concile ce qu'elle niera dans un autre, et la divisent en factions qui se foudroient mutuellement de leurs anathèmes. Le rôle d' Arius l'emporte même, ce semble, sur celui de Constantin, dont les contradictions dans cette grande affaire sont plus choquantes encore, et qui, toujours poussé par quelque impulsion épiscopale, n'a pas même la dignité d'une politique spontanée ; qui, au début , déclare que la question n'a aucune importance* qui néanmoins assemble un concile œcuménique pour la décider; qui aujourd'hui exile Arius pour ne pas croire le Fils consubstantiel, qui demain exile Eustache d'Antioche pour le croire, et Athanase pour n'avoir pas donné l'absolution à Arius ; et qui, de la même bouche dont il invoque le droit, dont il prêche aux évoques la paix et la charité, dont il baise dévotement les plaies des confesseurs, ordonnera tout à l'heure l'assassinat de sa femme et de son fils, et demandera pardon, même aux dieux païens, du sang qu'il a versé. M. de Broglie n'admire pas Constantin sans restriction, et le portrait qu'il a tracé de lui à la fin de son livre est un effort courageux d'impartialité. Mais sous ses réserves mêmes perce un vif sentiment de reconnaissance pour le souverain qui a mis son omnipotence au service du christianisme, et cette reconnaissance qu'il
éprouve, M. de Broglie semble regretter discrètement que Fhumanité ne la partage pas. « Le nom de Constantin, ditil, est un objet de controverse plutôt que d'admiration. Il n*a pas pris rang dans le petit nombre des grands hommes dont le génie fait excuser les crimes. Il avait été violem* ment hai, aimé sincèrement, bassement adulé. C'est le sort de tous ceux qui froissent ou qui flattent des passions ardentes. La reconnaissance s'est effacée; les inimitiés seules ont survécu. » Peut-être M. de Broglie s'exagère-t-il Fingratitude du genre humain. Constantin est encore l'idole de certains écrivains religieux, qui lui pardonnent ses crimes en faveur de ses services. Quant aux juges plus désintéressés, ils rendent justice à ses talents, sans les prendre pour du génie, et estiment son œuvre politique ce qu'elle vaut , sans lui attribuer une grandeur qu'elle n'a pas. Ce ne sera jamais une gloire, a dit très-bien M. de Broglie, que d'avoir fondé le Bas-Empire.
Ce n'en sera pas une non plus, sans doute, que d'avoir fondé l'arianisme. Mais le Bas-Empire a vécu, et l'arianisme vit encore. Depuis des siècles, la race de Constantin a disparu de Tunivers ; les fils d'Arius peuplent encore le monde : ils ont porté bien des noms, celui de Socin, celui de Bucer, ceux de Clarke et de Locke; aujourd'hui ils n'en portent qu'un seul, ils s'appellent légion. Au xvu» siècle, Bossuet, reprochant au protestantisme de n'être qu'une secte de philosophes, lui prédisait qu'il finirait par où Arius avait commencé. Nombre de protestants de nos jours sont d'assez grands rationalistes, à ce qu'il semble, pour qu'on puisse croire accomplie la prédiction de Bossuet. Et en dehors de toute religion, ce sont aussi des petits-fils d'Arius que ces innombrables esprits qui, avec pleine conscience ou même sans se Tavouer, s'attachent docilement à l'Évangile comme à une morale inspirée plutôt que divine, mais à regard du dogme chrétien se maintiennent indépendants.
En inscrivant à la tête de son dernier chapitre : Triomphe d'Arius^ M. de Broglie n*a-t-il pas défini non-seulement l'état de TÉglise d*Orient à la mort de Constantin, mais l'état du monde religieux à ce moment du xiy* siècle? Arius ne triomphe-t*il pas dans l'univers, et avec lui le rationalisme chrétien ? Je n'oserais le dire. Bien des croyants le pensent et s'en affligent; bien des libres penseurs l'affirment et s'en réjouissent. M. de Broglie nous apprendra sans doute ce qu'il en pense dans la suite de son beau livre, dont le public lettré souhaite l'apparition prochaine , et à laquelle on peut prédire à coup sûr l'éclatant succès qu'obtient le commencement.
{Revue de V Instruction publique ^ 76 mars, 18 juin et 30 juillet 1857.)
ÉTUDES SUR LES PÈRES M L'ÉGLISE , par M. J. P. Charpentier;
On nous dit quelquefois que nous sommes devenus trop frivoles pour supporter les lectures sérieuses, et l'on nous reproche de ne plus aimer que les romans. M. Charpentier n*a pas eu peur ; il a cru que le public, malgré sa frivolité, s'intéressait encore à cette grave littérature de TËglise. Il a eu raison. On peut adorer le grand Cyrus , comme Mme de Sévigné, et raffoler de saint Aiï^ustin. Le siècle qui a été chez nous le véritable âge d'or de l'étude des Pères, est le siècle de Mlle de Scudéry. Ce n'étaient pas seulement les femmes consacrées à la retraite, comme les
religieuses de Port-Royal, ou dévouées aux œuvres pieuses, comme Louise de Marillac et Mme de Miramion, qui se nourrissaient de ces fortes lectures. C*étaient les femmes du monde ; c'étaient celles qu*on a nommées des caillettes^ qui lisaient avec délices les épttres de saint Augustin, et y cherchaient les nouvelles de ce temps^là. Les jeunes filles elles-mêmes, à qui, dans son Traité de réducation^ Fénelon reproche « de vouloir vivre comme les princesses imaginaires des romans, toujours charmantes et toujours adorées, • savaient quitter à propos le galant Arons ou le tendre Nemours pour revenir à saint Jérôme, à saint Cyprien, aux douces pages de Fleury, toutes pleines du suc des Pères, aux Stances chrétiennes de Pellisson converti, au poëme de M. d'Andilly sur la vie de Jésus-Christ. Notre siècle ressemble au xvir par cette alliance de goûts divers. Mais le xvir a sur le nôtre cet avantage que, si Ton s'y partageait entre les saintes lettres et les romans, on y savait faire également dans la vie la plus mondaine une part à la piété. Lbs plus dissipés avaient encore ce fonds de religion qui, comme dit Mme de Sévigné, fait penser au moins une fois par jour à la dernière action de la vie, c'est-à-dire à la mort, et l'on s'y préparait doucement par de pieuses lectures, entre le roman du matin et la fête du soir. Qu'on mesure, dans la littérature du xvn* siècle, la place qu'y occupent les Pères I C'est Port-Royal qui les traduit ; c'est Arnauld qui apprend de saint Augustin le grand art de la controverse ; c'est Pascal qui emprunte à l'auteur de la Cité de Dieu plusieurs de ses pensées, et cette belle comparaison de l'humanité avec un homme « qui subsisterait toujours, et qui apprendrait continuellement ; » c'est Corneille qui exprime en beaux vers la doctrine de la grâce ; c'est Fénelon qui s'inspire de YHexaméron de saint Basile pour prouver l'existence de Dieu, et de saint Jérôme pour élever les femmes chrétiennes ; c'est Bossuet
qui d'un passage de TertuUten fait sortir YHistoire des variations, et tire le Discours su/r l'histoire universelle de la Cité de Dieu, eu ajoutant à la grandeur de l'ébauche primitive la perfection d'une éloquence originale et achevée ; ou plutôt, comme l'a dit admirablement M. Villemain, en formant des sources fécondes où puisait son génie un fleuve qui ne portait que son nom.
C'est cependant au milieu de ce siècle si glorieux pour les grands écrivains de l'Église qu'une voix s'élève pour se plaindre qu'on les abandonne; et cette voix est celle de Pascal. Il regrette qu'on dédaigne les Ambroise et les Chrysostome, pour s'attacher aux petits livres de piété molle et fleurie, comme le Paradis ouvert à Philagie par cent dévotions à la mère de Dieu, aisées à pratiquer. Qu'aurait-il dit s'il avait pu voir, au siècle suivant, les orateurs chrétiens eux-mêmes déserter les Pères pour se mettre à l'école des philosophes et demander, à force de complaisance aux idées du siècle, un reste de popularité pour leur faible éloquence! Aussi bien, comme le remarque l'abbé Maury, qu'était-il besoin d'étudier cette grande littérature de l'Ëgljse pour prêcher sur les petites vertus, sur Y amitié^ sur Yamour paternel, sur Yégoïsnie, sur les vertus sociales, sur les bienfaits, et même sur la sainte agriculture. Il suffisait d'avoir lu Sénèque, Rousseau ou les économistes. Les Pères de l'Église s'enfonçaient peu à peu dans l'oubli, abandonnés sans défense à l'ignorance du public et aux épigrammes de Voltaire.
La Renaissance religieuse du xix< siècle a réveillé ces grands souvenirs des origines de l'Église. Mais, chose singulière, ce n'est ni M. de Maistre, ni M. de Chateaubriand, les deux ouvriers les plus illustres de cette Renaissance, qui ont eu l'honneur de nous ramener aux premiers écrivains du christianisme. M. de Maistre a dignement parlé des Pères. Mais peut-être a-t-on loué outre mesure son
érudition chrétienne. On peut lui appliquer ce que le comte dit au chevalier dans les Soirées de Saint-Pétersbourg : c Vous parlez plus volontiers de vos ennemis que de vos amis. » M. de Maistre connaît mieux Bacon et Voltaire que saint Chrysostome et saint Augustin. M. de Chateaubriand, dans ce livre célèbre où il essayait de ranimer 1» foi publique en séduisant les imaginations par Téclat de son style, et de convertir la France en la charmant, a plutôt décrit la poésie du christianisme qu'il n*en a défendu la vérité, et invoqué ses pompes et ses fêtes plutôt que les arguments des apologistes et la tradition. L'honneur d'avoir remis en lumière avec une opportunité parfaite ces ouvrages des Pères, monuments admirables, mais mêlés d'imperfections, et où un goût supérieur pouvait seul faire un choix, appartient à M. Yillemain. Son éloquent Essai sur Vèloquence chrétienne au iv* siècle a été le signal d'un retour empressé vers les chefs-d'œuvre de la littérature sacrée. Après lui, c'est M. Guizot, c'est M. Saint- Marc Girardin, c'est M. Michelet qui ont étudié avec le plus de complaisance et de succès la vie et les ouvrages des grands hommes de l'Église, et leurs beaux travaux ont arraché à l'équité de M. de Montalembert ce remarquable aveu : « Veut-on acquérir des notions morales vraies, impartiales, sur les grands hommes et les grandes époques de de l'Église, il faut avoir recours aux récits de M. Michelet, de M. Villemain et de M. Guizot; c'est en vain qu'on s'adresserait au clergé ^»
M. Villemain a retracé dans un récit éloquent les changements que le christianisme avait apportés dans les idées et dans le monde. M. de Saint-Marc Girardin a étudié de préférence ceux qu'il a introduits dans les sentiments et dans le cœur de l'homme. 11 a été le moraliste du sujet