‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 39 sur 72 · De Vétat actuel de Vart religieux en France · texte numérisé non relu

De Vétat actuel de Vart religieux en France

dont M. Yillemainaété l'historien. Mais le christianisme est une révolution si grande dans l'histoire de l'humanité, que ni les travaux si variés et si riches de ces deux écrivains, ni les monographies remarquables écrites par quelques membres du clergé, ne l'ont encore épuisée. On pouvait «e proposer d'étudier après eux dans les Pères, non pas le dogme qui appartient aux historiens de l'Église, Qon pas les pures qualités du style, étude frivole à propos d'écrivains dont chaque ouvrage était une action; mais prenant au sens propre ce beau nom de Pères de l'Église donné aux grands hommes qui, après Jésus-Christ, l'ont pour ainsi dire enfantée, on pouvait raconter comment ils s'é* taient servis de la pensée et de la parole, les seules forces dont ils disposaient, pour créer un monde nouveau; en un mot exposer ce qu'on peut appeler la politique spirituelle du christianisme dans un temps où il avait à fonder une société nouvelle et un gouvernement. C'est là en effet la gloire des Pères. L'attrait véritable de leurs ouvrages, ce ne sont pas seulement les beautés littéraires répandues dans ces pages éclatantes comme l'imagination de l'Orient, et quelquefois brûlantes comme les passions du Midi : c'est aussi le spectacle de cette société spirituelle qui s'élève et grandit sur les ruines du monde ancien. Je trouve dans une page de saint Augustin la figure éloquente de ce travail immense entrepris par les Pères de l'Église : < Il y a deux villes, dit-il, l'une qui est Babylone, l'autre qui est Jérusalem; l'une qui a pour roi le démon, l'autre qui a pour roi Jésus-Christ. Tous ceux qui n'ont de goût que pour les choses d'ici-bas, tous ceux qui préfèrent à Dieu les faux plaisirs de la terre, et non ceux de Jésus-Christ, appartiennent à cette ville qui est appelée symboliquement Babylone, et qui a le démon pour roi. Tous ceux qui, au contraire, n'ont plus de goût que pour les choses du ciel, qui s'appliquent aux biens éternels, qui sont humbles,

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