‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 40 sur 72 · II T · texte numérisé non relu

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doux, justes, saints et purs, appartiennent à la ville qui a Jésus-Christ pour roi. » Le vieux monde avait succombé. Babylone était en cendres. Il fdlait édifier la ville nou* velle, la nouvelle Jérusalem, la vraie cité de Dieu. Telle fut Tœuvre des Pères. Quelle est la part de chacun d'eux dans cette architecture divine ? Quels instruments ont em* ployés .ces grands hommes? quelle parole, quelle poli* tique, quelle éloquence? quelle éducation ont-ils donnée à ce monde nouveau qu'ils enfantaient au soufQe de leur parole, et qu'ils façonnaient de leurs puissantes mains? Voilà les questions que M. Charpentier se pose de préférence ; voilà le point de vue fécond auquel il s'est habilement attaché. L'histoire de l'Église grecque et de l'Eglise latine est si vaste, que son livre, malgré les limites prudentes qu'il s'impose, touche à un grand nombre de questions diverses très-intéressantes et soigneusement étudiées. Je ne puis les indiquer toutes, et je me bornerai, dans cette analyse, à considérer l'objet principal de l'ouvrage, le tableau de la formation de la société chrétienne.

n est difficile de former une société quand l'esprit de famille n'existe plus. Le christianisme avait trouvé la famille en décomposition et le mariage discrédité. Dès les premiers empereurs, on proposait des primes d'encouragement pour le mariage et la paternité. Tacite nous fait assister à ce triste spectacle d'un patricien tombé dans la misère et alléguant en plein sénat, pour obtenir un secours de Tibère, qu'il ne s'est marié que par l'ordre d'Auguste et avec la promesse d'une indemnité. « Qu'est devenue, dit Tertullien, cette antique félicité du mariage ? Pendant près de six cents ans, il n'y eut pas un seul exemple de divorce. Aujourd'hui le divorce est comme le fruit et le vœu du mariage*. » La femme, en quittant le gynécée, avait iftrdu

J. Apologétique, chap. vi.

rintégrité des mœurs. Pour réformer la société, le chris» tianisme dut nécessairement réformer la famille. H prépara les mères en instruisant les femmes, et les femmes en élevant les vierges. Le christianisme aime et prêche la virginité ; c'est à ses yeux un état plus parfait que le ma<riage. Hais la doctrine de la virginité n'est ni exclusive ni intolérante chez les Pères, et, quoi qu'en ait pu dire une philosophie étroite, elle n'a jamais menacé d'un danger sérieux ta perpétuité du genre humain. On raconte, je le sais, que les pères et les époux se plaignaient de l'éloquence de saint Ambroise, qui, par ses éloges de la vie virginale, enlevait au mariage un trop grand nombre de jeunes filles. Mais les larmes perpétuelles que saint Basile verse sur les vierges qui se laissent faillir, et ses promesses de pardon, inspirées par la douceur de Jésus pour Madeleine, prouvent à la fois la clémence de l'Église pour les pé- ' cheresses et le contre-poids trop efficace que la faiblesse humaine opposait à la virginité. On peut même affirmer qu'en relevant la dignité de la femme, la virginité contribua à relever celle du mariage. En ouvrant à la femme* qui, dans l'antiquité, ne sait que devenir si elle n*est ma* trône ou courtisane, Tasile de la solitude et du couvent, la virginité crée pour elle une situation indépendante, respectée, et jusqu'alors inconnue. Elle l'affranchit, la met en quelque 'sorte sur le même pied que l'homme dans la société, etintroduit par là l'égalité dans le mariage. La doc* trine de la -virginité, si poétique dans les Pères, est donc en même temps bienfaisante, même pour la famille; et, quand saint Cyprien et saint Ambroise prêchent avec tant de grâce la pureté de la vie solitaire, ils n'exhortent pas le monde à la mort, selon le reproche déclamatoire du xvnr siècle , ils préparent la régénération du mariage par la dignité du célibat.

C'est une étude charmante que de suivre attentivement

dans les Pères cette longue éducation de la femme. Ici l'Église grecque et FËglise latine sont d*accord : ce sont les n)émes enseignements. Les Pères entreprennent de régler la vie de la femme tout entière , non-seulement ses rapports avec Dieu et avec le monde, son existence intérieure, ses mœurs, ses prières, mais même son costume, Tertullien le premier attaque en elle le goût de la toilette et de la coquetterie , et Ton peut conclure de Tinsistance de ses préceptes qu'il juge très-profondes les racines du péché qu'il combat. Les Pères emploient ingénieusement à extirper la coquetterie tous les arguments qui ont prise sur une femme chrétienne. «Ces beaux habits, ces joyaux, s'écrie TertulUen, n'est-ce pas un vol fait à l'aumône? » Et quand il a intéressé la charité, il invoque la piété et les mâles vertus de la croix. « Ces parures efféminées amollissent le cœur. Des mains accoutumées à porter de riches bracelets seront-elles capables de porter le poids des chaînes ? C'est le fer et non pas l'or que doivent connaître des chrétiens. » II ne pardonne pas davantage le fard et les parfums : < Une femme chrétienne fait de sa tête une espèce d'autel oh elle répand des odeurs à profusion. Elle se teint ! Et pourtant Jésus-Christ a dit : « Qui de vous peut « faire un cheveu blanc d'un cheveu noir? > Ce sont les femmes qui osent démentir Jésus-Christs » Les femmes trouveront TertuUien bien sévère, si j'ajoute qu'il ne permet pas même aux tètes chauves les faux cheveux. « Vous chargez votre tête d'une masse de cheveux empruntés que vous élevez en forme de pyramide!... Mais au jugement dernier, ressusciterez-vous avec votre fard et votre vermillon, et les anges vous présenteront-ils à Jésus- Christ avec vos fausses chevelures? » Puis, changeant de ton avec une rare souplesse, il emploie un argument moins

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