‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 63 sur 72 · Voir le Journal dfs Débats du 30 juiUet · texte numérisé non relu

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Sophie, delà théologie, de la perfection monarchique, j'y consens. Mais Béatrice n*est pas seulement un symbole Béatrice a vécu, et Dante Ta aimée, il l'a pleurée, et c'est parce qu*il Taimait d'un si grand amour, c*est parce quil a pleuré de vraies larmes qu'il a été un grand poète. A qui fera-t-on croire que des combinaisons allégoriques, froides et bizarres , aient pu émouvoir si profondément une telle âme et lui arracher de tels accents? J'admets que dm l'esprit du poète Béatrice s'est transfigurée; mais ell^ était réelle avant d'être idéale. Rien de plus conforme qu^* cette métamorphose & l'esprit du christianisme, dont les grands saints sont devenus les symboles de certaines perfections et même de certains talents, après en avoir été les modèles vivants sur la terre. Madeleine personniGe le repentir, et sainte Cécile la musique ; sainte Catherine est la patrone de la philosophie. Rien n'est plus orthodoxe que le symbolisme chrétien , et M. Ozanam l'a signalé arec beaucoup de justesse dans la poésie et la peinture italiennes. Il arrive donc un moment où Béatrice se transforme dans l'esprit du poète. Quand nous la voyons au purgatoire, à la suite des viçgt-quatre vieillards de l'Ancien Testament, au milieu des quatre évangélistes, sur le char de l'Église traîné par le griffon, emblème de Jésus- Christ, Béatrice n'est plus la jeune Florentine qui faisait voler tous les cœurs sur son passage ; au lieu de la tunique rouge, elle a le voile blanc de la Foi, et le manteau vert de l'Espérance. La fille de Portinari, belle et souriante, est devenue l'épouse mystique de Salomon, la gardienne de %rorthodoxie, l'Église. C'est ainsi que de la Vie nouvelle ï\^ Divine Comédie, la réalité se change en idéal, sans que l'inspiration du poète se glace et que sa passion s'éteigne; puis» comme l'a si bien remarqué Schlegel , le caractère individuel et le caractère idéal du personnage finissent par s'unir si étroitement, qu'on ne peut plus les

séparer. On se souvient du Banquet de Platon et de ces ailes divines qui poussent à Tâme et l'enlèvent dans les régions célestes. L*amour de Dante lui a donné les ailes de Platon, et il a porté légèrement dans le ciel la jeune fille transfigurée. Mais préméditer une mythologie, combiner laborieusement une fiction, inventer une fable où les personnes sont des choses qui n*ont jamais vécu , revêtir ces abstractions des plus fraîches couleurs, faire palpiter sous ces froides écorces des passions si touchantes, duper le monde entier par l'accent d*un vrai amour et par l'apparence de vraies larmes, quand on a tout simplement allégorisé et mystagogisé à la manière patarine, pour la plus grande confusion de l'Église romaine, c'est là une puissance d'imposture au-dessus des forces du plus grand génie!

Il y a dans la Divine Comédie une autre femme chère aux poètes, chère aux peintres, et dont le nom est dans toutes les bouches, Françoise de Rimini. c Voyez-vous ces deux ombres qui volent ensemble et paraissent si légères au vent? 0 âmes tourmentées, s'écrie Dante, qui êtes- vous? » Et les âmes de s'approcher comme deux colombes appelées par leurs désirs, qui volent vers le doux nid d'une aile ouverte et ferme, et portées d'un même vouloir. Les ombres lui racontent qu'elles sont ces deux amants qui lisaient un jour les aventures de Lancelot, qui s'embrassèrent, en voyant comme il fut épris d'amour, et qui ce jour-là ne lurent pas davantage. Après ce récit si touchant et si triste, Dante pleura si fort qu'il tomba mourant. Mais voici venir M. Aroux, qui dit aux deux ombres : « Vous n'êtes ni Françoise de Ravenne ni Paul de Rimini ; vous êtes deux entités métaphysiques : vous représentez l'union de Yintelligence et de la volonté du poète, que Yamour conduit à une même mort^ autrement dit à affecter les dehors de la religion catholique. Vous nous apprenez en conséquence que la vo-

/on(6 s'est éprise deVintelligence^ comme 1* Amour de Psyché, et Dante de Béatrice; que toutes deux sont inséparables, e( que le gouffre le plus profond de l'enfer attend celui qui est Fauteur de cette mùrt fictive, dont la nature catholique et encore pénible à Francesca, comme si tous les genres d< mort n'ayaient pas leur désagrément. > Pauvre Paul ! pauvre Francesca ! Si, au lieu de votre récit, Dante avait attendu l'explication de M. Aroux, il ne serait pas tombé eo défaillance à vos pieds, et les deux entités métaphysiques que vous êtes feraient une triste figure dans le tableau d'Âry Scheffer, au lieu de ces ombres blessées, voltigeant « comme deux colombes! »

H. Aroux n'épargne pas davantage Virgile, le premier guide du poète de Florence. Virgile, « c'est la philosophie antique et l'opinion monarchique. C'est de plus la figure de rinitiation aux anciens mystères et de la langue qu'on y parlait, langue dans laquelle est écrit tout le sixième livre de l'Enéide, qui reproduit le cours des mystères d*Ëleuais. • Du temps de Dante, le peuple faisait de Virgile un magicien. Du nôtre, M. Aroux en fait un membre de la confrérie des monarchistes anciens. C'est le même genre de superstition, sauf la différence du moyen Agé, plus religieux, avec l'esprit moderne, plus politique. C'est, à toutes les époques, une manie commune de mettre tout le monde, de gré ou de force, dans le parti où l'on est. Maréchal a donné une place à Bossuet dans son Dictionnaire des Aihéts. On se cherche ainsi soi-même dans les autres, on s'aime dans ceux qu'on attire à soi. Tallemant cite un joli mot de Marie de Médicis sur une des plus belles femmes de sm temps, Mme Guillon : E bella sta GuiUon : mi ressembk.

Je reviens à Virgile. Il y a certainement dans l'Enfer de l'Enéide, comme dans celui de la Divine Comééie, des détails qu'on ne comprend pas. On s'explique mal que Virgile place dans le même séjour les enfants morts dès leur nais-

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sance, les victimes du suicide et les hommes condamnés à mort injustement. Plus loin, au plus profond du Tartare, là où le châtiment est le plus terrible, sont précipités péleméle les mauvais frères, les mauvais fils qui ont frappé leurs parents, les traîtres qui ont vendu leur patrie, les politiques qui ont combattu pour de mauvaises causes, les avares qui n*ont rien donné à leur famille, et les trompeurs qui ont fraudé leurs clients. Quelle singulière justice 1 Sontce des crimes égaux d*étre avare ou de frapper son père, de commettre un inceste ou de vendre à faux poids? Et nonseulement dans Virgile les jugements nous semblent iniques, mais Tapplication de la peine nous scandalise. Évidemment Rhadaman te est un juge aveugle ou prévaricateur. Il punit inégalement des criminels qui se valent. Ixion est attaché sur une roue qui brise éternellement ses membres. Un vautour dévore le foie sans cesse renaissant de Tityus ; Thésée, qui a tenté de ravir la femme d*un dieu, est condamné uniquement à rester assis, et son complice Pirithoiis à voir sur sa tète un rocher qui menace de tomber toujours et qui ne tombe jamais. C'est un supplice auquel on finit par s'accoutumer. Gonclurai-je de ces imperfections de justice distributive, que Virgile était un patarin ou un cathare du vieux temps, comme M. Aroux aime à le penser? On peut les expliquer d'une manière plus simple et plus vraie. Les philosophes et les poètes anciens qui ont décrit les enfers, Homère, Platon, Virgile, Lucien, les ont peuplés à leur manière ; s'ils sont injustes, c'est sans doute que pour juger infailliblement il faut tout savoir. Quand l'homme, qui ne connaît guère que les actes, et qui ne fait le plus souvent qu'en pressentir les motifs, se charge de récompenser et de punir comme s'il lisait clairement dans la conscience humaine, il se trompe nécessairement, surtout s'il est païen, et il place, au gré de la tradition populaire ou de ses propres passions, ses amis

OU ses ennemis dans l'enfer ou dans le ciel. Quant à h langue de Virgile, dans le VI* livre, les Latins y ont eux-mêmes signalé des traces profondes de la théologie romaine; mais personne, chez les anciens, n*a pris sérieusement Virgile pour un raystagogue, et M. Aroux, qui le regarde comme un grand prêtre d'Eleusis, ne devrait pas oublier que les premiers chrétiens, forçant le sens prophétique de certaine églogue , ont fait un précurseur de Jésus-Christ du poëte que Macrobe proclame le dernier soutien de Jupiter.

Je ne poursuivrai pas la suite des interprétations de M. Aroux. Après avoir analysé cette partie de son livre. ingénieuse quelquefois et presque toujours paradoxale, j'ai relu la lettre de Schlegel sur Touvrage de M. Rossetti et la dissertation de M. Delécluze, insérée au tome second de son remarquable ouvrage sur Dante et la poésie amourmi; c*est un modèle de discussion savante, précise et circonspecte. Tout en admettant, avec lui, qu'il y a dans la Dim Comédie des allégories évidentes , je refuse avec Schlegel de croire à cet argot franc-maçonnique d'une poésie patarine. D'abord la signification imposée à certains mots par M. Aroux ne repose sur aucune preuve sufCsante. Son dictionnaire est une œuvre spirituelle, mais une œuvre d'imagination. De plus , conçoit-on clairement que cette immense association antipapale, qui parlait dans toute l'Europe la même langue mystérieuse, ait si religieusement gardé son secret, que M. Aroux, après M. Rossetti et quelques autres, en ait été au bout de six cents années le seul confident? Les associés, comme dit spirituellement Schlegel, ont passé leur vie à murmurer entre leurs dents, dans un idiome extraordinaire : < Le pape est l'Antéchrist, » sans qu'aucun écho se soit éveillé pour rendre leur doctrine populaire. Et pendant ce temps-là que faisaient les chefs de l'Église? Comprenaient-ils ? Sans doute.

Mais ils ont jugé plus prudent de ne pas paraître comprendre. Ainsi tout s'est passé en politesse; on a ri sous cape des deux côtés, et l'Europe seule a été dupe. J'ajoute que Dante parle souvent des papes en des termes tels, que sa rude franchise devait rendre superflu l'usage de l'idiome patarin. Quand, dans l'admirable discours de saint Pierre {Paradis f 17), il lui fait prononcer cet arrêt terrible contre Boniface YIII : c Celui qui sur la terre usurpe ma place, ma% place, dis-je, vacante en la présence du Fils de Dieu, a fait de mon cimetière un cloaque de sang et de souillure, de sorte que l'esprit pervers, précipité du haut des cieux,^e complaît Mà-bas ,« quoi de plus antipapal, mais quoi de moins allégorique qu'une pareille invective? Quel besoin le poëte qui se la permet, et qui plus loin traite Clément Y et Jean XXII avec la même sévérité, a-t-il de la langue secrète des Albigeois? C'est un luxe inutile.

Je conclurai donc volontiers avec Schlegel que Dante n'est pas un patarin. Mais est-il hérétique? Une seule réponse, ce semble, pourrait sufBre. Le meilleur juge, en matièra d'hérésie , c'est la cour de Rome. Or la cour de Rome a toujours cru à l'orthodoxie de Dante; peut-être a-t-elle pensé que, si le poëte avait été réellement cathare, manichéen ou albigeois, il se serait abstenu de précipiter dans l'enfer ses cohérésiarques Dolciqo et Frédéric II. En revanche elle a mis à l'index le livre de Rossetti, ce qui me fait trembler pour celui da M. Aroux. M. Ozanam a'a pas cru devoir se montrer plus sévère que Rome. Dans son ouvrage intitulé Dante et la Philosophie catholique au xmr siède^ ce beau livre où l'érudition est si éloquente, le sens poétique si profond, la -piété si douce et si tendre, il a écrit un chapitre décisif sur l'orthodoxie de Dante. Il reconnaît, et c'est là la vérité, que Dante a poursuivi avec violence la réforme disciplinaire de l'Église, et qu'il a combattu, avec un vrai /anatisme de gibelin, pour l'unité du pouvoir temporel en

Italie. Quant au dogme, il Ta toujours respecté. Mais quoi! M. Aroux ne veut pas pour l'Ëglise d'alliés douteux qui se font passer faussement auprès d'elle pour des orthodoxes, et qui sont des mécréants déguisés. Il détache pieusement le bandeau des yeux de cette mère abusée, comme il le dit dans sa préface : il se fait, au tribunal du saint-siége» le dénonciateur des suspects. Il demande au pape la condamna- #tion de Dante ; je m'étonne qu'il n'aille pas plus loin, et qu'il n'imite pas ce prédicateur du moyen Age, Barlette, qui, préchant contre un nouveau saint, demandait à Dieu son expulsion du paradis.

In attendant, H. Aroux signale le poète florentin à la * vigilance des gouvernements, et ici commence sa véritable originalité. M. Rossetti se contentait d'accuser Dante d'hérésie, M. Aroux le tient pour le plus grand des révolutionnaires; c'est un progrès tout naturel. Il est reconnu aujourd'hui qu'à moins de la plus stricte orthodoxie on est fatalement révolutionnaire et socialiste; on s'habitue à tout confondre, les opinions et les croyances, la politique et la religion. Au fond, le grand crime de Dante aux yeux de M. Aroux, c'est de n'être pas ultramontain. Dante, gibelin, a écrit le De Monarchia; il a séparé hardinient le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel; il Veut l'unité de l'Italie sous l'empereur, parqe qu'il croit la papauté trop faible et trop corrompue pour la pouvoir créer, et il creuse dans l'enfer un^ fosse profonde où il entasse les papes simoniaques, tandis qu'il installe dans le paradis cet aigle composé de saints dont il fait le symbole du pouvoir impérial. Est-ce là vraiment un crime? Est-ceune doctrine révolutionnaire! Sur ce point délicat, je laisse M. Ozanam répondre à M. Aroux pour moi : c Jamais les catholiques ne furent tenus de croire à l'impeccabilité de leurs pasteurs. Les défenseurs les plus ardents des droits du sacerdoce , saint Bernard, par exemple, et saint Thomas de Gantorbéry, ne

dissimulaieDt pas les vices qui le déshonoraient quelquefois. L'Égliae, couverte d*une inviolabilité plus sérieuse que celle dont on environne les rois, ne saurait être solidaire des iniquités de ses ministres.... Et d'ailleurs, il faut pardonner beaucoup au génie, parce qu'il a, comme toutes les grandeurs d'ici-bas, des tentations plus fortes et des périls plus nombreux'. » Si donc Dante est un révolutionnaire pour avoir attaqué les vices de certains pontifes, il l'est tout au plus comme saint Bernard et saint Thomas, et M. Aroux n'est pas tenu d'être plus ultramontain que le saint-siége, et de se souvenir plus amèrement que Rome des invectives que Rome a oubliées.

Mais Dante est socialiste, s'écrie M. Aroux. J'ai bien cherché dans son livre, et je n'ai trouvé qu'une page où il soit question de socialisme. Au XXYP chant de l'Enfer , Dante aperçoit une fosse où voltige une flamme. Dans cette flamme, lui dit son guide, on pleure l'embûche du cheval de bois qui ouvrit la porte à toute la belle race des Romains. Ulysse et Diomède y soufi'reut pour s'être livrés à la même colère. Dante s'approche , et Ulysse lui raconte ses aventures : « Quand je parvins à me soustraire à Circé qui m'avait retenu plus d'un an près de Gaëte, ni la douceur des baisers d'un iils, ni la piété due à un vieux père, ni l'amour mutuel qui devait rendre heureuse Pénélope, ne purent vaincre en moi le désir d'explorer le monde et de connaître les vices et les vertus des humains. Je me hasardai sur la haute mer. - Il est évident qu*ici Dante se souvient d'un vers d*Horace et qu'il oublie Homère. L'Ulysse de FOdyssée voyage pour retrouver son royaume, sa femme et son Iils, et non pour étudier les mœurs du genre humain. Mais qu'on ne s'étonne pas de cette altération du caractère d'U*

1. DanU €t la Philoiophiê catholique au xiii* siècle, p. 253. Jacques Ueoffre.

lysse; elle est volontaire chez Dante. « Ulysse et Diomède, dit M. Aroux, sont les symboles du conseil et de Faction. Vous voyez bien qu'il s*agit encore de Dante lui-même et de son prince bien-aimé. Gomment ne pas les recomiattre, réunis dans une niime flamme^ embrasés (fun même anwur pour la révolution qu*ils aiment? Ulysse donne un démenti à Homère qui le fait rentrer à Ithaque. Ulysse était trop socialiste pour cela; il n'était pas engoué de la famille : l'humanité avant tout, disait-il; car c'est l'humanité qui est Dieu, c'est elle qui est le Christ souffrant la passion sur sa croix, et devant se racheter elle-même par la religion de l'esprit. > Cet Ulysse m'a bien l'air encore d'être un patarin comme Virgile. M. Aroux en trouve partout. Mais je ne sais vraiment ce qu'il entend par socialisme : sans doute TidolAtrie de la famille et de la propriété. Je comprendrais que M. Aroux accusât de socialisme Énée, par exemple, qui perd sa femme en chemin le jour de la prise de Troie, en séduit une autre et en épouse une troisième. Mais Ulysse, le meilleur, le plus fidèle, le plus obstiné mari de l'antiquité, qui flotte dix ans sur toutes les mers pour rejoindre sa femme! Ulysse, le plus vigoureux défenseur de la propriété, lui qui perce de ses flèches tous les prétendants qui pillent sa maison! C'est avoir la main malheureuse I D'ailleurs Ulysse fût-il socialiste, qui prouverait que Dante l'est comme lui? Seraient-ce la place qu'il lui donne en plein enfer, dans la huitième fosse, et la flamme où il le fait brûler? Je m'y perds. Les explications de M. Aroux auraient elles-mêmes besoin d'être expliquées, et un jour viendra peut-être où son commentaire trouvera quelque commentateur : ce qui est certain , c'est que le secret de Dante est encore à deviner.

En terminant, je veux faire à l'auteur ma profession de foi. Je crois à son savoir, à son imagination ingénieuse'et déréglée; mais son gros livre ne m'a enlevé aucune illu-

sion : je crois à l'orthodoxie de Dante, au bon jugement de Rome et des siècles qui l'ont estimé catholique; je crois à Béatrice, à Françoise de Ravenne et à Paul de Rimini, à Virgile, à Ulysse lui-même, et à un Ulysse bon mari et bon propriétaire ; en un mot, je crois à la poésie et aux poètes; je ne crois pas à Targot patarin de l'association antipapale. Et je remercie M. Aroux de n'avoir pas réussi à me détromper; je ne lui pardonnerais pas s'il m'avait persuadé, s'il avait fait envoler pour jamais ces ombres charmantes et déchiré la toile d'Ary Scheffer pour badigeonner à la place les insignes des francs-maçons. Je me rappelle malgré moi l'histoire de cet Indien, que raconte, je crois, Bernardin de Saint-Pierre; il pensait, en se nourrissant d'herbes et de racines, ne rien manger d'animé, selon le précepte de sa loi. Un docteur prit un microscope, et lui montra sur les herbes et sur les fleurs des vers imperceptibles : M Vous êtes méchant! s'écria l'Indien , car vous m'ôtez ma foi. » Et il brisa le microscope du savant. Heureusement M. Aroux n'a pas été si méchant que le docteur; il ne m'a pas désabusé, et je n'ai pas eu besoin, comme l'Indien, de me venger en déchirant son livre. On le lit avec plaisir, et c'est un plaisir innocent.

{Journal des DébaUf 9 février 1854.)

LE FURGATOIRS DU DAIVTB, tradttU «n yen par H. LouU Ratubonn».

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