‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 7 sur 72 · Aristote, nhitwriquêf traducUon de M. Villemain · texte numérisé non relu

Aristote, nhitwriquêf traducUon de M. Villemain

germe de Théroïsme, c'est-A-dire d'une force supérieure qui nous fait préférer quelque chose à notre fortune, à notre famille* à nous-mêmes, à notre propre vie. L'objet de cette préférence passionnée, le mobile de ces grands sacriCces, a changé selon les temps. C'a été tour à tour la patrie, la liberté, la religion, la science, l'honneur, et le caractère de l'héroïsme a varié en même temps que les passions du héros. Il a été l'héroïsme du citoyen dans les républiques antiques, et peut-être prendrais-je plaisir à vous mettre sous les yeux quelques beaux exemples de ces jeunes hommes à la Plutarque, qu'admiraient tant nos pères, et que loue si souvent Montaigne, si je ne savais qu'on nous reproche déjà bien assez de vous travestir en Lacédémoniens. On me pardonnera plus aisément de vous vanter l'héroïsme chevaleresque et religieux du moyen âge. Le christianisme, en purifiant les meilleures passions sans les aflaiblir, a créé alors des caractères impossibles dans l'antiquité. C'est le jeune saint, par exemple, c'est le jeune chevalier. Quel spectacle que celui d'un jeune homme de vingt ans, entrant dans une église, comme Savonarolë, et, à la voix du prédicateur qui lui semble la^voix même de Dieu, écrivant à son père : « Mon père, je vous quitte, je quitte ma mère, je quitte la maison de mon enfance, pour me faire le chevalier de Jésus-Christ! > ou fuyant au désert parce qu'il avait vu en rêve, comme Justiniani, une belle jeune femme toute pleine d'une grâce divine, qui lui montrait du doigt le chemin du paradis jonché de fleurs ; ou s'enfermant comme François d'Assise dans une cellule, et causant avec ses frères les agneaux et ses sœurs les tourterelles ; ou couchant sur la dure et se plongeant dans les étangs glacés, comme saint Bernard, pour affermir son intégrité attaquée contreles délices du siècle ! Voilà, messieurs, le jeune saint du moyen âge ! Mais si ces grands exemples sont aujourd'hui trop forts pour votre faiblesse, souvenez-

VOUS au moins du jeune chevalier. Quand vous êtes sur le point d'entrer dans le monde, et de voir de près ces mœurs modernes, ternes et plates, qui prêtent si peu au déploie-* ment des grands caractères, quand vous vous demandez si dans cette société bien alignée vous serez substituts, ingénieurs ou médecins, n*évoquez-vous pas quelquefois avec regret les brillantes images des temps chevaleresques? N*avez-vous pas comparé l'étudiant, sur les bancs pacifiques de son amphithéâtre, au jeune preux accomplissant la veillée des armes, ceignant l'épée et partant pour la terre sainte ! Il étudiait son droit dans le code de la chevalerie, et faisait son stage sur le champ de bataille. Il protégeait les faibles, il honorait les dames, il battait les infidèles. Il était si détaché des faux biens de ce monde qu'il brûlait quelquefois son palais, en partant pour la croisade, et ensemençait son champ de pièces d'or I II combattait si bien par un pur dilettantisme de vaillance, qu'après avoir loyalement terrassé son adversaire, il lui tendait la main, et tous deux enfourchaient le même cheval, et le piquaient de quatre éperons, comme les paladins deTArioste'. Que de vertus comprenait l'héroïsme chevaleresque I la piété, la charité, la courtoisie, l'abnégation, la fidélité, le dévouement, la bravoure! Nous avons beau, messieurs, être les citoyens d'une société qui a lu Don Quichotte, et où, au lieu d'armer chevaliers les jeunes gens, on les reçoit bacheliers, il y a dans ces récits des antiques prouesses quelque chose qui charme les Ames les moins héroïques, et je plaindrais le jeune sage qui, à dix-huit ans, serait du parti de Sancho.

Plus tard, quand l'établissement des armées permanentes eut remplacé l'esprit d'aventure par la discipline, quand l'invention des armes à feu eut rétabli l'égalité entre le premier des preux et le dernier des soldats, la chevalerie fut

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