Voy. Ampère, Dé la chevaUrie
150 DISœURS PRONONCÉS
blessée à mort, et, lorsqu'elle expira au bruit des éclats de rire de Cervantes, rhéroïsme avait déjà changé d'objet, la science était devjenue la passion du xvi* siècle. Vous vous plaignez souvent de votre condition, jeunes élèves, et, à vous entendre, vous menez une rude vie I Vous vous croyez de petits bénédictins quand vous avez passé dix mois par an dans un'séjour agréable, où les plaisirs sont sagement ménagés, où les livres courent au-devant de vous pour vous offrir la science, où l'autorité est paternelle, où le travail est facile et le sommeil assuré, où la table même est exquise, enfln dans une véritable Sybaris. Vous ne connaissez pas la vie de Técolier d'autrefois. Vous ne l'avez pas vu, avec son pourpoint de gros drap et son petit capuchon, gravir avant le jour jusqu'au collège de Montaigu, où tout était aigu, selon le proverbe d'alors :
Mons acutus, ingenium acutmn, dentés acuti.
Vous n'avez pas connu Pierre Tempête^ le grand fouetteur de Montaigu, comme l'appelle Rabelais, qui aurait voulu le brûler à petit feu, lui et tous ses anciens professeurs.
Vous n'avez pas entendu Érasme, dans son piquant dialogue De la chair et du poisson^ se plaindre du mauvais gîte, de la mauvaise nourriture, ni substantielle ni abondante, des mauvaises nuits sur la paille et des coups de fouet qu'il fallait endurer des années- entières pour être bon écolier. Et cependant, dans ces séjours terribles, on voyait accourir en foule une jeunesse prête à tout souffrir, la faim, le froid et les coups, pour avoir le droit d'étudier. Un pauvre enfant qui devait un jour devenir principal de Montargis, Jean Stondonck, venait à pied de Malines à Paris pour être admis à cette sévère école, travaillait le jour sans relâche, et la nuit montait dans un clocher pour y travailler encore aux rayons gratuits de la lune K C'était le temps héroïque