Saint-Êvremond, t. iV, p
et solide qui subsistera toujours ; mais il en est peu qui portent le caractère de cette raison incorruptible. Celles qui regardaient les mœurs, les affaires, les coutumes des vieux Grecs, ne touchent guère aujourd'hui. On en peut dire ce qu*a dit Horace des mots : elles ont leur âge et leur durée. Les unes meurent de vieillesse : Ita verborv/ni velus interit mtas; les autres périssent avec leur nation, aussi bien que les maximes du gouvernement, lesquelles ne subsistent pas après Tempire. II n'y en a donc que bien peu qui aient droit de diriger nos esprits dans tous les temps ; et il serait ridicule de vouloir toujours régler des ouvrages nouveaux par des lois éteintes. La poésie aurait tort d'exiger de nous ce que la religion et la justice n'obtiennent pas. Concluons, dit en terminant Saint-Ëvremond, que les poëmes d'Homère seront toujours des chefsd'œuvre; non pas en tout des modèles. Ils formeront notre jugement, et ce jugement réglera la disposition des choses présentes ^ >
Le langage modéré de ce sage modeme^ qui résumait dans cet entretien toutes les idées justes éparses dans Saint- Sorlin et dans Perrault, et les rendait plus justes encore par le choix des termes et la finesse des nuances, avait calmé les passions des deux partis. On goûtait des deux côtés ce bon sens équitable, qui savait distinguer entre les anciens auteurs et leur siècle, admirer leur génie sans leur reprocher les défauts de leurs contemporains, et proclamer leur gloire sans y asservir les modernes. Le chevalier Temple rompit le silence qui avait suivi les paroles de Saint- Évremond : il voulait en tirer des applications aux écrivains de France, connaître l'opinion du spirituel vieillard sur les hommes célèbres de son temps, et voir s'il était aussi impartial dans ses jugements sur les hommes que dans ses