‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 133 sur 199 · DedUatûm of îHe EneU^ p · texte numérisé non relu

DedUatûm of îHe EneU^ p

7. « Spenser waoted only to hâve read Uie rules of Bowu. » {Dédie., D. 176.Ï

connaissait bien la littérature anglaise, elle est sûre d*étre traduite en anglais. Je ne crois pas que les Anglais aient trois traductions différentes des églogues de Virgile, et cependant ils ont trois traductions différentes des Horaces de Corneille K » Du Bos a cité, pour montrer le caractère de ces imitations britanniques, plusieurs scènes de la Mère en détresse , traduction de YAndromaque de- Racine , par Philips. Du moins Philips, en accommodant Racine au goût de son pays, ne dissimulait pas Torigine française de la Mère en détresse. Mais combien d'autres , sans excepter Dryden, dit encore du Bos, « copiaient les auteurs français dans les ouvrages qu'ils donnaient pour être de leur invention • ! » D'autres proclamaient franchement leur supériorité sur les originaux français qu'ils daignaient imiter. Le gentilhomme suisse dont j'ai parlé, H. de Murait, vit représenter à Londres une pièce de Shadwell, imitée de Y Avare de Molière. Il l'acheta, et il lut dans la préface la déclaration suivante : ** Le fondement de ma pièce est pris de l'Avare de Molière; mais comme il y a trop peu de personnages et d'action pour un théâtre anglais, j'ai ajouté à l'un et à l'autre assez pour pouvoir réclamer plus de la moitié de la pièce. Je crois pouvoir dire sans vanité que Molière n'a rien perdu entre mes mains. Aussi jamais pièce française n'a été maniée par un de nos poètes, quelque méchant qu'il fût, qu'elle n'ail été rendue meilleure. Ce n'est ni faute d'invention, ni faute d'esprit que nous empruntons des Français, mais c'est par paresse : aussi est-ce par paresse que je me suis servi de

1. Du Bos cite celle de Louver, imprimée en 1656; celle de Cottot^ imprimée en 1671 ; celle de Mme Philips ^ achevée par le chevalier Denham et imprimée en 1678. {Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinturfy t. II, p. 462.)

2. Hé flexions critiques sur la poésie et sur la peinture, t. II, p. 463. Du Bos s'appuie sur l'autorité de Langbaine, Histoire des poètes dramatiques, p. 131.

V Avare de Molière. » — « Ces nouveaux personnages dont parle Shadwell, ajoute M. de Murait, jouent une espèce de farce entre eux qui se passe à enivrer un jeune homme, à le filouter et à lui faire épouser une fille de joie. C'est la moitié de la pièce que Fauteur réclame si modestement, et que jamais personne ne confondra, j%crois, avec Tautre moitié *. » ^

Une société instruite et polie, qui s'intéressait si vivement à la littérature française, et applaudissait jusqu'aux plus pauvres contrefaçons de ses chefs-d'œuvre, devait se montrer attentive à la querelle des anciens et des modernes. Né récemment en France, où l'intervention des plus grands écrivains l'avait illustré, le débat venait d'être transporté en Angleterre par W. Temple, le plus populaire des auteurs contemporains, qui consacrait à la défense de l'antiquité le dernier effort de sa vieillesse. Les écrivains anglais les plus distingués furent les acteurs ou les témoins attentifs de cette discussion, tt les gens du monde s'y mêlèrent comme les universités et les érudits.

Parmi les ouvrages des anciens que Temple vantait dans son Essaie il en plaçait deux au premier rang, les Fables d'Ésope et les Lettres de Phalaris^ « deux des plus anciens ouvrages de la Grèce, disait-il, ce qui prouve que les plus vieux livres sont les meilleurs. > « Je connais, ajoutait dédaigneusement l'ancien élève du collège Emmanuel, je connais des savants, ou du moins des gens qui passent pour tels, qui ne croient pas à l'authenticité des Lettres de Phalaris. Politien et quelques autres les attribuent à Lucien ; mais, à mon sens , il n'est pas besoin d'une grande connaissance en peinture pour reconnaître que c'est là un tableau original, et non pas une copie. Une telle diversité de passions, tant de liberté dans la pensée, tant de har-

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