Chap. XV
DES ANaENS ET DES MODERNES. 363
Nous devons étudier les œuvres des grands écrivains comme on étudie la traduction d'un auteur dont on ne sait pas encore parfaitement la langue ; puis, quand nous la comprenons, nous devons les étudier encore, pour comparer notre interprétation à la leur, et la fortifier par leur autorité. Hais nous réduire aux livres où la nature est le mieux exprimée, sans communiquer avec la nature même, c*est consentir à ne jamais lire un chef-d'œuvre dans l'original, c'est nous résoudre à le juger par la traduction, c'est-à-dire à jiiger d'une belle personne par son portrait, quand nous pouvons contempler son visage. Les grands maîtres ne doivent être que des transitions pour arriver au mattre suprême , la nature. Le mot célèbre de Molière est une leçon profonde sur le vrai caractère de l'imitation. < Je n'ai plus que faire , disait-il après le succès des Pré^ cieuses^ d'étudier Plante et Térence, ou d'éplucher les fragments de Ménandre; je n'ai qu'à étudier le mondée » Molière enseignait ainsi que l'imitation n'est pas un but, m&is une route ouverte par le génie au talent encore incertain de lui-même, pour le conduire sûrement jusqu'à la source étemelle de toute vérité et de toute beauté littéraire.
Mais l'œuvre capitale de Swift dans la querelle des anciens et des modernes, ce fut la Bataille des livres. D'une ébauche française ingénieuse, mais un peu longue et froide, Y Histoire poétique des anciens et des modernes , par M. de Callières', Swift a su former, en quelques pages char-