Segraisiana^ partie 1, p
2. Walter Scott attribue à tort VBistoire poétiqtie à un écrivain nommé Coutray. C'est une erreur de nom. (Histoire de Swift, 1. 1, p. 49.)— En remontant plus haut que le xvn* siècle, on verrait que l'idée première de la BataiUe des livres est empruntée peut-être à un vieux fabliau, où se trouve raconté un combat de ce genre entre l'Université de Paris et celle d'Orléans. (Voir le recueil de Barbazon et de Méon.) Ce qui est sûr, c'est que l'idée de Swift est d'origine française.
mantes, un modèle d*imagination, de plaisanterie et de bon sens. Essayons d'en donner l'idée.
Le bibliothécaire royal, champion décidé des modernes, renommé par sa politesse S fît un jour un coup d'État dans la bibliothèque de Saint-James. Il dérangea tous les livres, et logea les modernes dans les plus beaux appartements, occupés jusque-là par les anciens. La plus grande fermentation régna sur les rayons de la bibliothèque, quand Aristote se vit le voisin de Descartes, et Virgile celui de Dryden. Un ancien prit la parole pour démontrer que ses amis et lui avaient au moins le droit des premiers occupants : mais les modernes répliquèrent avec feu que, si Ton posait la question d'ancienneté, ils auraient gain de cause, puisque c'étaient eux qui étaient les vrais anciens, comme l'avaient démontré Perrault, Fontenelle et Wotton, tandis que leurs adversaires n'étaient que de faux anciens, les jeunes gens de l'univers, qui devaient poliment céder la place aux vieillards. Il n'y avait pas entre les deux partis de conciliation possible, et la guerre menaçait d'éclater. Bentley passa la revue des forces dont pouvaient disposer les modernes : ils comptaient environ mille hommes d'infanterie et de cavalerie légère, mal vêtus et mal armés. Temple, un moderne illustre, mais un moderne élevé dans le giron de l'antiquité, son favori et son champion, avertit les anciens du danger. Ceux-ci rassemblèrent leurs troupes et se préparèrent au combat. Pendant que les deux armées se rangeaient en bataille, voici ce qui se passait dans l'angle le plus élevé d'une des fenêtres de la bibliothèque: une araignée énorme y avait tendu sa toile, une vraie place forte, construite selon toutes les règles de l'art moderne, avec des meurtrières et des poternes où pendaient, comme au seuil de l'antre de Gacus, les membres sanglants des