‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 153 sur 199 · Det causes de la corruption du goût y p · texte numérisé non relu

Det causes de la corruption du goût y p

lui infliger le récit détaillé de cette nouvelle controverse sur Ylliade. Il ne suffit pas de nouveaux noms pour rajeunir de vieux arguments. Si la pièce est la même, qu'importe que les acteurs de la pièce, au lieu de s'appeler Perrault et Desmarets, Huet et Despréaux, s'appellent La Motte et Mme Dacier? La Motte joue précisément le rôle de Perrault, et, chose singulière, on dirait qu'il n'a pas lu ses devanciers, tant il a l'air de parler en son nom ; il ne cite jamais Saint-Sorlin, et s'il nomme Perrault une ou deux fois, c'est en paraissant le connaître plutôt par la tradition que par ses lectures ; il se croit évidemment l'inventeur de paradoxes imprimés depuis cinquante ans. Je résumerai seulement l'histoire de ce second débat sur Homère, en n'insistant que sur les incidents nouveaux./

A la un de 1713, La Motte publia et dédia au roi Louis XIY, qui l'en récompensa solidement, une traduction en vers de Ylliade^ précédée d'un discours et d'une ode intitulée: YOmbre (f Homère. Dans cette ode, il suppose qu'Homère quitte les champs Ëlysées, et monte sur la terre pour inviter La Motte à le traduire en vers français. Mais ce n'est pas seulement une invitation que lui fait Homère, c'est une confession :

Mon siècle eut des dieux trop bizarres, Des héros d'orgueil infectés, Des rois indignement avares, Défauts autrefois respectés.

Homère en conclut humblement que son Iliade a besoin d'être amendée, et il prie La Motte, qui a le bonheur de vivre au xvm* siècle, d'en faire une édition française revue et corrigée. La Motte, par obéissance, compose une Iliade en douze chants, à la dernière mode de son temps, et se flatte d'embellir Homère, comme Dryden croyait embellir

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Shakspeare et Milton en recommençant la Tempête, et en mettant en opéra le Paradis perdu.

Dans le IHscours sur Homère qui précède sa traduction, La Motte revient sur les éloges que Mme Dacier avait donnés au poète grec, et leur oppose les arguments de Desmarets et de Perrault, sur la grossièreté des dieux et des héros, la longueur des descriptions et des comparaisons , la monotonie des combats \ etc. Il soutient qu'on a le droit déjuger un poète dont on ne sait pas la langue, et même de le traduire et de le corriger dans une traduction. C*est le procédé dont il use, il le déclare, à la grande indignation de Tami de Mme Dacier, Tabbé Fraguier, qui prétendait n'avoir compris Homère qu'après l'avoir lu quatre fois de suite d'iin bout à l'autre dans le texte, et qui, soulignant chaque fois ce qu'il trouvait beau, finit, à la quatrième lecture, par avoir souligné tous les vers*. La Motte, moins scrupuleux, s'explique avec la plus grande liberté sur sa méthode de traduction. A prendre sa doctrine à la rigueur, la vraie manière de traduire, c'est d'embellir ce qui est beau dans un auteur, et de supprimer ce qui ne l'est pas. « C'est par cette raison, dit-il, que j'ai réduit les vingt-quatre livres de Y Iliade en douze, qui même sont beaucoup plus courts que ceux d'Homère. Le bouclier d'Achille m'a paru défectueux par plus d'un endroit; j'ai donc imaginé un bouclier qui n'eût point ces défauts.... j'ai trouvé la mort d'Hector aussi défectueuse que le bouclier d'Achille, et j'ai changé toutes les circonstances de cette mort pour rétablir la gloire des deux héros de Y Iliade. Voilà ce que j'avais à dire de Ylliade et de mon imitation. >

Si l'on veut juger ce que La Motte appelle son imitation,

L Voir sur leg Combati de l'Iliade une excellente réponse de La Uaipe à La Motte. C'est un des meiUeurs morceaux du Lycée ^ t. I, p. 53.

2. Mémoires de rAcadémie des inscriptions, t. VII, p. 396. Éloge de Fraguier par de Boze.

qu'on cherche dans son Iliadelei célèbre allégorie d'Homère, les Pritres. Gomme c'est là une de ces « longueurs ennuyeuses > qu'il convient de retrancher, La Motte a remplacé la belle peinture d'Homère par cette sentence toute sèche :

On offense les dieux, mais par des sacrifices De ces dieux irrités on fait des dieux propices.

Mais peut-être que le poète qui devait plus tard faire pleurer son siècle sur les infortunes d'Inès, aura mieux compris les beautés pathétiques de Y Iliade. Andromaque attend aux portes Scées Hector qui la cherche dans le palais ; elle est accompagnée d'une esclave, et porte dans ses bras son jeune fils, semblable à une étoile brillante.... Hector paraît et sourit, contemplant son fils en silence. Andromaque, près de lui, versait des larmes et, lui prenant la main, elle parlait ainsi : < Cher Hector, ton courage te perdra; tu n'as pitié ni de ton fils ni de ta femme infortunée qui sera bientôt veuve, car bientôt les Grecs, fondant sur toi, t'arracheront la vie^... «Voici la réduction de ce tableau d'Homère dans Y Iliade de La Motte :

Hector parle déjà de rejoindre l'armée : « Quoi! s'écrie Andromaque, où veut courir Hector? Tout blessé, tout mourant, va-t-il combattre encor? Tant de fois en un jour faudra-t-il que je tremble D'un péril où je vois tous les malheurs ensemble? Les Grecs vont sur toi seul réunir leur effort. Que je crains l'intérêt qu'ils ont tous h ta mort! »

Supprimer cette double inquiétude d'Hector qui cherclie Andromaque, et d'Andromaque qui attend l'arrivée d'Hector; effacer l'image charmante de cet enfant, semblable à une étoile; ôter à Hector ce sourire admirable d'amour et

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