‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 162 sur 199 · lettre VII. — 2."Lettre viii. — 3. Ibid · texte numérisé non relu

lettre VII. — 2."Lettre viii. — 3. Ibid

420 HISTOIRE DE lA QUEREU^

justes que vous y donnez ^S^ chaque chose. Il n'appartient qu'à vous d'unir tant de solidité à tant de grâces ; mais je vous dirai que sur Homère les deux partis se flattaient de vous avoir chacun de leur côté^ » Fénelon avait réussi. Il avait dit sa pensée de façon à n'être compris que des témoins désintéressés du combat, et à ne mécontenter aucun des combattants. Mais La Motte , qui veut savoir si Fénelon est décidément pour lui contre Homère , ou avec Homère pour Mme Dacier, insiste et pose des questions pressantes. < Malgré le talent de peindre que je trouve avec vous dans Homère, la raison n'est-elle pas révoltée à chaque instant par des idées qu'elle ne saurait avouer, et qui, du côté de l'esprit et du cœur, trouvent un double obstacle à l'approbation? » Fénelon lui répond par de nouveaux compliments et par une nouvelle protestation de neutralité entre les opinions extrêmes : < Est-il possible que je combatte les deux partis des anciens et des modernes, moi qui craignais tant de les fâcher tous deux? Me voilà tenté de croire que je ne suis pas loin du juste milieu, puisque chacun des deux partis me fait l'honneur de supposer que j'entre dans son véritable sentiment. C'est ce que je puis désirer de mieux, étant fort éloigné de l'esprit de critique et de partialité*. » Et Fénelon se trouve si bien dans cette retraite paisible qu'il s'est ménagée entre les deux camps , que , malgré les instances de La Motte, il persiste à ne la pas quitter. Au lieu de répondre directement à ses questions, il lui transcrit de nouveaux extraits de sa Lettre à t Académie^ qu'il couronne par cette invitation gracieuse : « Que ne dirions-nous pas là-dessus, si jamais Cambrai pouvait vous posséder? Une douce dispute animerait la conversation.

0 noctes cœnieque Deum, quibus ipse, meiqùe, Ante Larem proprium vescor.... »

t . Leltie IX. — 2. Lettre x.

La Motte ne résiste pas : « Le parti en est pris , s'écriet-il, je me ferai relever par M. Destouches, et j'irai me livrer aux enchantements de Cambrai*. » Il veut partir, il veut, dans le pakis de Cambrai, prouvera Pénelon qu'il est d'accord avec lui sur Homère. Mais quelques semaines après', Fénelon expirait à Cambrai. La Motte ne put ni le voir ni l'entendre. L'espérance charmante de ces doux entretiens s'évanouit pour toujours. La Motte pleura sincèrement dans Fénelon non-seulement un grand homme et un ami, mais un partisan de ses opinions et de ses vers. En lisant aujourd'hui cette correspondance où il y a d'un côté tant d'esprit , et de l'autre tant d'illusion et de naïveté , on en tire naturellement une leçon de conduite, utile à suivre dans les discussions littéraires : c'est qu'il faut prendre bien garde , quand les principes sont engagés , que l'aménité du caractère n'ôte rien à la fermeté de l'esprit; que la modération des idées ne paraisse tourner en indécision et indifférence , et qu'une opinion appuyée sur des principes ne se confonde avec une préférence fondée sur un caprice. C'est précisément parce que la vérité est dans le milieu qu'il convient de la défendre vivement contre les deux extrêmes : la modération efficace , c'est la modération armée. Il ne faut pas choisir les postes intermédiaires pour n'être t^^p éloigné d'aucun des deux partis, mais pour être plus près delà vérité; et quand on prend part à la lutte, s'il est beau de porter une branche d'olivier dans une main, il est nécessaire de tenir une épée dans l'autre. Quand on écrit sur son drapeau comme Sosie : c Ami de tout le monde ! » on ne déplaît à personne peut-être, mais on ne persuade et l'on ne désarme personne. Ce qu'on gagne

Page 1