‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 167 sur 199 · Apologie d'Homère , p · texte numérisé non relu

Apologie d'Homère , p

profusion, gronda son hôte. Celui-ci lui répondit : « Sei- H gneur, tout ce que vous voyez là n'est qu'un mets, mais « varié par les différents apprêts. » De même, dans Homère, cette quantité de dieux ce n'est qu'un seul destin, diversifié par différents noms*. » En quelques pages très-sensées, Mme Dacier défend l'antiquité contre l'accusation d'athéisme, qui est la thèse favorite du P. Hardouin. Elle prouve que son symbolisme arbitraire défigure les mœurs et les caractères des personnages d'Homère, et flétrit la poésie*. Enfin, avouant que le motif qui l'a engagée à combattre le P. Hardouin, c'est le désir de conserver aux yeux du public le mérite d'avoir bien compris et bien traduit Homère, elle termine avec grâce par un souvenir biblique : « Quand j'ôterai au P. Hardouin le mérite d'avoir entendu Homère et pénétré l'art de la poésie, je ne lui ôterai presque rien ; il lui reste des richesses infinies, au lieu que moi, si ce révérend père m'avait ravi le médiocre avantage d'avoir passablement traduit et expliqué ce poète, et démêlé l'ordre du poëme, je n'aurais plus rien. C'est la seule petite brebis que je possède; je l'ai nourrie avec soin; elle mange de mon pain et boit dans ma coupe : serait-il juste qu'un homme si riche vint me la ravir? » Toutefois, Mme Dacier ne craignait pas seulement pour sa gloire, mais aussi pour celle d'Homère, et elle n'avait pas tort. V Apologie du P. Hardouin souleva, aux dépens d'Homère, des éclats de rire homériques. « Les amis de Ylliade, a dit d'Âlembert, lui ont fait plus de mal en ne s'accordant pas pour l'admirer, que ses ennemis en s'accordant pour en médire'. »

1 . Homère défendu contre Vapoîogie du P. Hardouin^ ou Suite des cuuses de la corruption du goût, p. 62, Paris, 1716. — /btd., p. 116. — 3. Éloge deVabbë Terrasson {Mélanges de littérature, U II, p. 76).

DES ANaENS ET DES MODERNES. 437

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