La Philosophie applicable
La théorie de la perfectibilité est la seule partie intéressante et nouvelle du livre de Tabbé Terrasson. Terrasson n*est pas un critique, c'est un de ces philosophes spéculatifs qui plient les faits à leurs idées , et qui de gré ou de force font entrer les hommes dans les cadres qu'ils ont d'avance tracés. Il avait conçu de bonne heure l'idée de la perfectibilité de l'esprit humain : il n'était pas homme à laisser déranger son système, et la langue grecque eût-elle ressemblé encore moins « au jargon des troubadours, » le style d'Homère eût-il été encore moins rempli de t bourre,» Terrasson aurait mis nécessairement au rang des ébauches de la poésie naissante un poëme que, selon lui, sa date condamnait à l'imperfection. L'autorité de la tradition ne pouvait l'arrêter : la tradition n'est rien à ses yeux ; il est cartésien, et il fait table rase des opinions reçues. Personne n'a vu plus clairement et mieux établi que lui que la querelle des anciens et des modernes n'est que l'introduction du libre examen dans la littérature. L'application du principe de Descartes aux belles-lettres, voilà ce qu'il prêche partout et toujours, et il observe avec joie le progrès que cet esprit philosophique fait peu à peu dans le public. Il regarde comme une conséquence du perfectionnement des esprits que l'application du libre examen aux belleslettres trouve plus de facilité au xvm* siècle que l'application du même principe à la philosophie dans le siècle précédent; et, d'un ton impérieux qui contraste avec la douceur de son caractère, il prononce cette sentence sans appel : « Tout homme qui ne pense pas, en matière littéraire, comme Descartes prescrit de penser sur les matières de physique, n'est pas digne du siècle présent *• •
Comment doit donc penser en littérature l'homme vraiment digne du xviu* siècle? Terrasson, à l'exemple de