‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 188 sur 199 · The Dunciad Book the foorth · texte numérisé non relu

The Dunciad Book the foorth

mêlait ses propres vers , et représentait cet essai dramatique avec le jardinier de la maison , comme Gœthe jouait avec sa sœur Cornélie les plus beaux passages de la Messtade. A vingt ans , quand il composa V Essai sur la critique^ son admiration pour Homère ne s'était pas refroidie : « Que les ouvrages d'Homère soient votre étude et vos délices , lisez-les pendant le jour, lisez-les pendant la nuit. » Plus enthousiaste qu'Horace , Pope n'accorde pas même qu'Homère puisse dormir : « Ce n'est point Homère qui dort, dit-il spirituellement, c'est le lecteur qui rêve'. »

On pouvait craindre que cette admiration ne conduisit au fanatisme de l'antiquité, de la tradition, de la règle, un poëte de vingt ans qui débutait par où les poètes doivent finir, par un ouvrage didactique, et qui dogmatisait à l'âge où l'on rêve. Pope n'a pas eu de jeunesse ; il est né raisonnable , et la précocité de sa sagesse a fait à la fois la force et la faiblesse de son génie. Devant cette raison hfttive, l'imagination intimidée s'est envolée à tire-d'aile. Dans ce rare esprit les fruits, mûrissant avant la saison, ont fait trop vite tomber les fleurs. Mais , en revanche , cet éloignement naturel de tout écart, et cette solidité d'équilibre, l'ont préservé de pencher à l'excès vers la règle elle-même, et de tomber dans la servitude de la tradition. Né pour la discipline plutôt que pour l'enthousiasme, imitateur ingénieux plutôt qu'inventeur, il a dans sa poétique, conçue non d'après lui-même, comme il arrive si souvent, mais contre lui-même , prescrit la liberté , vanté l'invention, chanté la gloire de l'antiquité. Ce génie de l'imagination qui lui manque , il en fait , avec un bon sens désintéressé, le premier don du poëte. H relègue l'art au second rang. La seule loi du poëte, dit-il, c'est la nature; l'art n'est que la collection des procédés copiés sur les œuvres

U Noris Borner that nods, but tôt thatdream, (Etsay on critieism, part. I.)

du génie. « La critique est la femme ^e chambre des Muses» et il n*y a que les petits esprits qui courtisent la suivante, ne pouvant plaire à la maîtresse ^ >

Que seront donc pour nous les anciens? des modèles» mais non des mattres. Il faut les honorer, mais non les adorer. Pope reproche aux partisans des modernes d'avoir insulté Tantiquité; il loue ceux des anciens d'avoir défendu les règles fondamentales du beau'» et, dans son Temple de la Bet^mmée » il fait asseoir Homère sur un trône de diamants éternels. Mais il revendique pour l'Angleterre une liberté de goût que la France n'a pas su conserver. « Le Français, né pour obéir, se soumet aux règles, et Boileau, d'accord avec Horace , règne despotiquement en France. Mais nous, braves Anglais, qui n'avons été ni conquis ni civilisés , nous avons méprisé des lois étrangères. Défenseurs hardis et indomptables de la liberté de l'esprit, nous avons, comme autrefois, osé déûer les Romains! » C'est que les anciens n'ont pas seuls, quoi que prétendent leurs admirateurs, possédé le génie , l'éloquence , la poésie, c Le génie étroit d'un critique partial voudrait mettre des bornes aux faveurs du ciel, et forcer le soleil à ne luire que sur une partie du monde, le soleil, qui non-seulement fertilise les esprits dans les climats brûlants du Sud , mais qui les mûrit aussi dans les climats glacés du Nord, qui , depuis la création, a brillé sur les âges écoulés, qui éclaire r&ge présent , et qui échauffera l'âge futur, quoiqu'il ait ses accroissements et ses déclins, et qu'il envoie au monde des jours plus sereins ou plus obscurs'. »

Voilà la réponse de Pope à la théorie de Mme Dacier sur les climats. Mais il ne va pas plus loin, il ne s'engage pas sous les drapeaux de Fontenelle ; sa conclusion , c'est l'im-

Page 1