‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 27 sur 199 · Florus, Epitomererum Romanarum^ lib. I, cap. i · texte numérisé non relu

Florus, Epitomererum Romanarum^ lib. I, cap. i

lu HISTOIRE DE LA QUERELLE

Tesprit humain. Ûu*on affirme avec Nestor que les hommes étaient plus éloquents autrefois qu'aujourd'hui, ou avec Aristote qu'ils sont plus savants aujourd'hui qu'autrefois , on témoigne par cette double affirmation que les deux idées corrélatives de la décadence et du progrès intellectuels existent déjà dans l'esprit humain.

Il semble, dès lors, que la question de la préséance des anciens ou des modernes aurait dû se poser bien tôt dans l'antiquité. Hais rien n'est plus lent qu'une idée à se développer et à produire ses conséquences. Aussi admire-t-on, en étudiant l'histoire, la vieillesse d'une foule d'idées longtemps réputées neuves. Que d'écrivains, qui se donnent pour des inventeurs et des hommes nouveaux en littérature, ont une généalogie ignorée, qui se perd dans la nuit des temps ! Que de découvertes ne sont que des recouvrements ! Plus une idée est vraie, conforme à la nature de l'esprit humain, et intéressante pour lui, moins elle a de date certaine. On la trouve, on la perd, on la retrouve après l'avoir perdue. Des années s'écoulent avant qu'elle porte ses fruits. La propriété de l'aimant de se diriger vers le nord était connue plus d'un siècle avant qu'on invent&t la boussole. Le germe du Cogito, ergo sum^ est dans saint Augustin * . En général, ce ne sont pas les mêmes hommes qui posent un principe et en déduisent les conséquences, qui font une découverte et qui savent l'appliquer. Dieu a divisé les aptitudes et le travail. L'esprit spéculatif et l'esprit de pratique et d'exécution sont rarement réunis dans un même peuple, comme dans un même individu. Il y a des peuples de génie qui inventent, et des peuples hommes d'affaires qui exécutent ; il y a des penseurs qui découvrent,

1. Plusieurs passages dans saint Augustin semblent contenir Tidée dn^ Cogilo, quoique Descartes se soit défendu de le lui avoir emprunté. Voy. saint Augustin, liv. XII, chup. xxvi, de la Cité de Dieu, et les Soliloques ^ II, I, m.

et des habiles qui appliquent la découverte, et souvent ne l'exploitent qu'à leur profit. Derrière un Colomb, qui devine un monde, il y a presque toujours un Améric Vespuce qui s'y installe et qui lui donne son nom. De même, longtemps après que des écrivains ont semé des idées, arrivent des moissonneurs qui recueillent le blé mûr, et qui souvent s'imaginent avoir déposé le grain dans le sillon. Byron disait, en exagérant cette vérité, qu'il n'y a pas d'écrivain original, et qu'on est toujours le plagiaire de quelqu'un. Et il ajoutait : « Gœthe, qui croit son Faust original, a pris pour le faire un membre à Marlowe et un membre à Shakspeare; et, moi aussi, j'aurai bientôt des commentateurs qui viendront disséquer mes pensées, et sauront trouver qui les réclame*. »

Si les écrivains du xvii* siècle, qui crurent commencer la querelle des anciens et des modernes, s'étaient cherché des aïeux, ils se seraient formé toute une famille, en remontant assez haut dans l'antiquité. La question, en effet, avait été déjà débattue, sous des formes différentes, et avec moins de généralité : en Grèce, comme le remarque M. Burnouf, entre les partisans de Démétrius de Phalère et ceux d'une éloquence plus saine et plus virile ; en Italie, entre les vrais et les faux attiques*. Du temps de César, on regrettait déjà l'âge d'or de la littérature latine, et Saint- Évremont a pu dire : « Ce que nous voyons de Térence, ce qu'on disait à Rome de la politesse de Scipion et de Lélius, ce que nous avons de César, ce que nous avons de Cicéron, la plainte que fait ce dernier sur la perte de ce qu'il appelle Sales, Lepores, VenustaSy Urbanitas, AmœnitaSy Festivi^ taSf JiLcimditaSj tout cela me fait croire, après y avoir mieux pensé, qu'il faut chercher en d'autres temps que

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