Saint-Ëvremont, De quelques traducteurs
2. Vie de d'Ablancourt. — Voy. aussi Baillet, Jugement des savants , t. II, partie III, p. 470.
Fléchier félicitait de laisser à Démosthène < toutes ses grâces et toute sa force*. » A peine quelques mécontents, Huet à leur tête, accusaient les traducteurs de mensonge, et leurs lecteurs de simplicité*. La Bruyère, dans l'admirable discours qui précède sa traduction imparfaite de Tbéophraste, se plaint que le public ne sache pas se défaire de cette prévention pour ses coutumes et ses manières, qui le prive, dans la lecture des livres anciens, du plaisir et de rinstruction qu'il en doit attendre. Si cette prévention du public invitait les traducteurs à l'infidélité, il faut avouer que l'extrême docilité des traducteurs à s'y conformer entretenait la prévention du public. C'était la faute de tout le monde. Comment s'étonner dès lors que des hommes distingués, comme Desmarets et Perrault, qui ne jugeaient les anciens que sur ces images embellies, selon d'Âblancourt, et par conséquent enlaidies, selon le bon sens, ne les aient pas estimés à leur prix? Comment, en voyant leurs traducteurs, c'est-à-dire, apparemment, leurs admirateurs les plus vifs, se déclarer obligés de les habiller à la mode du jour, pour leur donner bon air, n'aurait-on pas été conduit à prêter aux modernes une supériorité d'élégance et de goût ? Voltaire a dit : « Mme de Sévigné comparait ces traducteurs à des domestiques qui vont faire un message de la part de leurs maîtres, et qui disent souvent le contraire de ce qu'on leur a ordonné. Ils ont encore un autre défaut des domestiques : c'est de se croire aussi grands seigneurs que leur maître, surtout quand leur maître est fort ancien. > Voilà précisément la disposition des traducteurs et du public au xvn* siècle: tout le monde se croyait grand seigneur à l'égard de l'antiquité. Il était naturel dès lors qu*en représentant les anciens on tâchât.
1. ŒuTres de Tourreil; 1. 1, p. 53. Lettre de Fléchier, 30 août 1701*