‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 47 sur 199 · De FÉgUse galUcane · texte numérisé non relu

De FÉgUse galUcane

païen ; étudiée sans méthode et sans progrès dans TUniversité, du moins jusqu'à RoUin; enjolivée et rapetissée par les jésuites ; travestie par les traducteurs, négligée par les gens du monde. Un petit nombre de grands hommes seulement, un Corneille, un Racine, un Bossuet, un Boileau, un La Fontaine, un Fénelon, un La Bruyère, enseignaient, par leurs exemples, Tamour éclairé de l'antiquité; encore ne la comprenaient-ils pas tout entière avec une égale perfection, et n'entraient-ils pas tous au même degré dans le sentiment du génie antique. Comme ces illustres amis des anciens sont les plus grands écrivains de leur temps, nous n'apercevons à distance que ces génies qui dominent leur siècle, et nous prêtons volontiers une part de leurs lumières à leurs contemporains qu'ils couvrent de leur éclat. Mais le goût public, bien loin d'égaler la pureté du leur, était plus disposé qu'on ne l'imagine à une rébellion contre l'antiquité, dont l'autorité nous semble de loin aussi fortement établie au xvn* siècle que celle de Louis XIY. Si l'antiquité avait été aussi pleinement souveraine que le grand roi, la querelle des anciens et des modernes n'aurait été qu'une émeute, apaisée dans l'espace d'un matin. Elle a été plus qu'une émeute, plus même que la Fronde de quelques beaux esprits. La Fronde ne demandait qu'un changement de ministre. En succombant, elle affermit pour plus d'un siècle la royauté victorieuse, et ne laissa rien après elle, qu'un frivole souvenir. Les modernes réclamaient, les armes à la main, un changement de dynastie ; ils prétendaient détrôner l'antiquité en faveur de l'esprit moderne. Momentanément battus, ils ont recommencé la guerre après une trêve passagère; ils ont conquis à leur cause des hommes supérieurs à leurs premiers généraux; les idées justes qu'ils ont semées sur le champ de bataille ont fini par triompher, et, en vérité, à considérer le déclin du goût classique en France , et l'ivresse toujours croissante de l'esprit moderne.

si fier de ses découvertes, si dédaigneux envers le passé, si présomptueux pour Tavenir, on croirait que les idées fausses des modernes ont fini par triompher avec leurs idées justes, et que les paradoxes ont partagé avec la vérité le bénéfice de la victoire.

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