Terrasson, Philosophie de l'esprit, p
dans ce ciel hiérarcliique où règne rautorité absolue d*un pouvoir infini, et avec elle l'adoration ineffable et l'inaltérable paix, il n'y a qu'un seul personnage: c'est le Dieu éternel, immuable; c'est l'esprit pur dont l'immatérialité, sublime aux yeux du philosophe et du chrétien, échappe aux couleurs du poète et triomphe de son imagination.
Mais la littérature ne vit pas seulement d'imagination : elle vit aussi d'idées et de sentiments ; et, si le paganisme était plus favorable à l'imaginatioi) que le christianisme, de nouvelles idées, de nouveaux sentiments surtout, étaient entrés dans le monde avec la civilisation chrétienne ; l'esprit de l'homme s'était étendu, son cœur s'était approfondi.
< On ne saurait disconvenir, dit excellemment M. Guizot, que, sous le point de vue de la forme et de la beauté de l'art, les littératures modernes sont très-inférieures à la littérature ancienne. Mais sous le point de vue du fond des sentiments, des idées, elles sont plus fortes et plus riches. On voit que l'âme humaine a été remuée sur un plus grand nombre de points, à une plus grande profondeur. L'imperfection de la forme provient de cette cause même. Plus les matériaux sont riches, nombreux, plus il est difficile de les ramener à une forme simple, pure. Ce qui fait la beauté d'une composition, de ce que, dans les œuvres de l'art, on nomme la forme, c'est la clarté, la simplicité, l'unité symbolique du travail. Avec la prodigieuse diversité des idées et des sentiments de la civilisation européenne, il a été bien plus difficile d'arriver à cette simplicité, à cette clarté *. »
Voilà ce que Desmarets aurait pu répondre, s'il avait pénétré plus avant dans la voie qu'il avait ouverte. S'adressant à ses contemporains les plus illustres, à Racine, par