‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 64 sur 199 · Baillet, Jugement des savants, t. IV, part. II, p · texte numérisé non relu

Baillet, Jugement des savants, t. IV, part. II, p

2. « Le P. Bouhours, dit Baillet, tient aujourd'hui le premier rang parmi les critiques. j> Jugement des savants, t. II, part. 1, p. 154.

DES ANaENS ET DES MODERNES. 123

C*était le P. fiouhours, un auteur fort goûté du monde, où il portait la distinction de Tesprit, l'agrément des manières, rélégance recherchée du langage ; un religieux cher aux salons, où la discipline indulgente de son ordre lui permettait de briller ; un homme instruit, quoi que dise Ménages honnête homme d'ailleurs, qui croyait être jésuite, et qui l'était en effet, par le mélange de la dévotion et de la mondanité, par l'habileté insinuante, par le manège ingénieux et agréable ; mais rempli de droiture et de sincérité, et digne de réconcilier Pascal avec sa compagnie. On lui reprochait injustement, comme à tous les écrivains qui s*occupent des mots, de n'avoir pas d'idées, et, pour avoir voulu trop bien écrire, il passe aujourd'hui pour n'avoir pas su penser. Ses contemporains déjà le punissaient dé son purisme en Taccusant d'être vide. Voltaire a répété Tépigramme des contemporains. Dans le Temple du goût, il représente ironiquement le P. Bouhours, à quelques pas de Bourdaloue et de Pascal, qui s'entretiennent sur le grand art de joindre l'éloquence au raisonnement. Le P. Bouhours est derrière eux, marquant sur des tablettes toutes les fautes de langage et toutes les négligences qui leur échappent. Mais Voltaire oublie qu'il a écrit dans les Variantes du Tenipk du goût^ à propos du P. Bouhours lui-même : < Ce sont les grands hommes qu'il faut critiquer, de peur que les fautes qu'ils font contre les tègles ne servent de règle aux petits écrivains. » Le P. Bouhours n'était pas un peseur de syllabes. Je ne le défends pas du travers de purisme : il aimait trop le mot choisi et la phrase parée ; en le lisant on sent la justesse du reproche de Barbier d'Aucour, qui Taccuse de traiter sa langue maternelle comme une langue morte, et de composer en français comme les jeunes gens composent en latin. Mais il savait penser, et même penser

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