‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 90 sur 199 · Cours de littérature et de belles-Uttret, t. II, p · texte numérisé non relu

Cours de littérature et de belles-Uttret, t. II, p

lèles : on s'en aperçoit à la préface du second. Perrault annonce qu'il change de plan ; il avait dessein de montrer l'avantage que les modernes ont sur les anciens dans les sciences, et de réserver l'éloquence et la poésie pour le Dialogue suivant ; mais on a fait courir le bruit qu'il reculait d'en venir Ik, se sentant plus faible sur cet article, et il veut prouver qu'il l'aborde aussi résolument que les autres, en hâtant le moment de le traiter. Il espère ainsi calmer un peu la prévention en faveur des anciens qui a redoublé chez quelques personnes. Du reste, il ne s'étonne pas de ce redoublement. < 11 y a des hommes payés et gagés pour faire entrer cette prévention dans l'esprit des jeunes gens qu'on a mis sous leur conduite, des hommes qui, revêtus de longues robes noires et le bonnet carré en tête, leur ont proposé les ouvrages des anciens, non-seulement comme les plus belles choses du monde, mais comme l'idée du beau, et cela avec des couronnes toutes prêtes, s'ils parvenaient à imiter ces divins modèles. » On voit qu'ici l'enseignement public est pris à partie. L'Université s'était scandalisée des opinions de Perrault; elle avait crié à l'ignorance et à la jalousie. Perrault criait au pédantisme. 11 ne s'apercevait pas que la gloire des anciens ne repose pas sur l'autorité. Ce n'est pas parce qu'on les met dans les mains des jeunes gens qu'ils sont grands, c'est parce qu'ils sont grands qu'on les fait étudier dans les collèges. Virgile et Cicéron ne doivent pas leur gloire aux universités; ils sont classiques parce que de leur temps les meilleurs esprits les ont jugés des écrivains excellents, et que ce jugement s'est transmis à leurs successeurs. Du temps de Juvénal, ce n'étaient ni les robes noires ni les bonnets carrés qui prescrivaient le culte de Virgile et d'Horace. Il n'y avait pas à Rome d'université ; les livres adoptés que les maîtres de la jeunesse mettaient entre ses mains, c'étaient ceux que leur désignait l'admiration publique, c'étaient Horace et

Virgile, dont les exemplaires enfumés, dit Juvénal, étaient dans toutes les mains :

Quum totus decolor esset Flaccus, et hœreret nigro fuligo Maroni *.

Perrault est plus heureux quand il répond au reproche d'envie: « Voilà, dit-il spirituellement, une espèce d'envie bien singulière. Jusquesici on avait cru que Tenvie s'acharnait sur les vivants et épargnait les morts ; aujourd'iiui Ton dit qu'elle fait tout le contraire. Cela n'est guère moins étonnant que d'avoir le cœur au côté droit; et il faut que ces messieurs aient tout changé dans la morale, comme Molière disait que les médecins avaient tout changé dans l'anatomie. Je voudrais qu'on choisit un homme désintéressé et de bon sens, et qu'on lui dit que, parmi les gens de lettres qui sont à Paris, il y en a de deux espèces : les uns qui trouvent que les anciens auteurs, tout habiles qu'ils étaient, ont fait des fautes où les modernes ne sont pas tombés ; qui, dans cette persuasion, louent les ouvrages de leurs confrères et les proposent comme des modèles aussi beaux et presque toujours plus corrects que la plupart de ceux qui nous restent de l'antiquité; les autres qui prétendent que les anciens sont inimitables et infiniment au-dessus des modernes, et qui, dans cette pensée, méprisent les ouvrages de leurs confrères, les déchirent en toute rencontre et par leurs discours et par leurs écrits. Je voudrais, dis-je, qu'on demandât à cet homme désintéressé et de bon sens quels sont les véritables envieux de ces deux espèces de gens de lettres ; je n'aurais pas de peine à me ranger à son avis. Ceux qui nous ont appelés envieux n'ont pas pensé à ce qu'ils disaient. On a commencé par nous déclarer nettement que nous étions des gens sans goiU et sans autorité. On nous reproche aujourd'hui que nous

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