Tel excelle à rimer qui juge sottement
Tel s'est fait par ses yers distinguer dans la yiUe, Qui jamais de Lucain n'a distingué Virgile.
{Art poétique f chant IV.)
228 HISTOIRE DE LA QUEl
« devrait égaler à la solide grandeur des vers de Virgile, « qui as cru éblouir la postériti^ par le faux brillant de quel- « ques vers sentencieux et de quelques maximes souvent peu « justes et mal placées ? C'est toi qui as été assez lAche pour « louer si excessivement Néron, Tabominable Néron!.... » Et Boileau continue ses invectives, en signalant tous les défauts de la Pharsale^ qui lui cachent toutes ses beautés. « Alors Lucain, pensant intimider le poète moderne, fit avancer tous les horribles serpents d'Afrique, dont il a fait la description dans son poème , et la magicienne Ërichto, avec ses herbes humectées de l'écume de la lune. Mais le poète moderne la mit en fuite avec tous ses attirails, attaqua toute l'ordonnance de la Pharsale^ et ramena Lucain tout battant jusqu'au pied du mont Parnasse K »
On souhaiterait dans ce récit plus de légèreté, de malice et de gr&ce. Mais cette imitation de l'épopée homérique, ces généraux qui s'entre-haranguent avant le combat, cette personniflcation guerrière de leurs ouvrages, cette critique allégorique de leurs défauts littéraires, paraissaient aux contemporains des inventions agréables. Dans le vif de la lutte, quand des combattants illustres étaient en scène, sous les yeux du public attentif à juger les coups, on accueillit avec empressement celte allégorie mythologique, sous laquelle se cachaient quelques vues pénétrantes et des intentions équitables de conciliation. Elle était d'ailleurs signée d'un nom distingué dans la politique et dans la littérature. L'auteur, M. de Callières, était un conseiller du roi, un futur ministre plénipotentiaire à Ryswick , et pendant ses loisirs il avait composé quelques ouvrages dignes de sa réputation d'homme d'esprit *. Dans la conclusion de son Histoire poétique^ M. de Callières