Ép. I, liv. I, V
modestie! Il avait une villa magniûque, un parc admirable, un nombreux domestique, et force beaux écus sonnants. Il n*a pas tenu aux ennemis d'Horace (car, qui le croirait ? il a eu des ennemis) qu'il ne passât aux yeux des modernes pour un grand seigneur, ou au moins pour un gros propriétaire. Quel bonheur de prendre un philosophe en flagrant délit d'opulence! Mais on s'est trop pressé d'opposer sa fortune à ses maximes. Horace n'était pas riche. Le seul héritage qu'il dut à son père, ce fut, on le sait, l'éducation excellente dont il se montra si reconnaissant. U avait raison d'être content de son lot : riche , il n'eût peut-être été qu'un mondain spirituel; pauvre, il devint poète ; c'est la pauvreté qui , en lui imposant ses premiers vers, lui révéla son génie * . C'est souvent une bonne fortune en ce monde que de n'être pas heureux trop tôt. Aussi Horace s'est-il comparé à ce soldat de LucuUus qu'on avait volé pendant qu'il dormait: furieux à son réveil, il se précipite sur les ennemis et les met en déroute. A quelques jours de là , son général veut l'envoyer à l'assaut d'une forteresse; le soldat refuse et répond : «Envoyez-y un camarade à qui on ait pris sa ceinture. > Horace sentait le prix de son ancienne pauvreté. Plus tard l'amitié de Mécène lui valut une place et une terre. La place, ce fut la charge de scribe du trésor, qu'Horace acheta, comme on achetait en France autrefois les places de finance. Les scribes du trésor formaient une corporation qui , sous la direction du questeur, administrait le trésor public; ils veillaient à l'observation des lois financières et à la reddition des comptes; il leur advenait quelquefois d'être prévaricateurs, comme à nos fermiers généraux. Mais rien n'autorise à penser qu'Horace ait dilapidé la fortune publique ,
L Paupertas impulit audax
Ut versus facerem. {Ép. ii, liy. II, v. 5L)
et personne ne Ten a jamais accusé. D'ailleurs, Auguste supprima bientôt , par mesure d'écoùoitiie, la corporation des scribes du trésor, et le protégé de Mécène perdit ses fonctiotis.
Il lui restait son domaine. A écouter les médisants , il lui restait plusieurs propriétés d'uii excellent rerenu. On ne sait sur quoi ils se fotident pour donner à Horace des maisons de campagne de tous les côtés, à Baies, à Tibur, à Tarente, à Préneste, etc., sinon sur quelques vers du poète, qui a témoigné plusieurs fois son goût pour ces divers séjours. Mais il y habitait probablement chez Auguste et chez Mécène. Son unique domaine, il le déclare lui-même, était situé dans la vallée de !Sabine^ Cette propriété de Sabine était-elle si magnifique? La nlàison était modestement montée : peu d'esclaves , sept ou huit tout au plus^; un fermier, un jardinier (Boileau ^ qui n'était pas riche , avait bien Antoine, gouverneur de son jardin d'Auteuil) ; voilà l'état de maison de l'opulent Horace ! Dans son mobilier, rien de fastueux (Persicos odt, puer^ appch ratus); une table frugale, le menu qu'il offre à Mécène découragerait les moins gourmets de lui demander à déjeuner; du vin médiocre, il n'en buvait de bon qu'aih bord de la mer, par raison de santé, comme chez nous les malades boivent du bordeaux'; une vaisselle plus que modeste $ un'équipage de voyage des moins compliqués, car il se compose d'un mulet, qui porte à la fols le mattre et le bagage; enfin , quant à la tnaison dd can^pagné elle-
i . Nec potentem amicum
Largiora flagito, ,
Satis beatûs unicis Sabinis. (Od. zvm, liy. II, y. 12.)