‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 4)Chapitre 38 sur 75 · De Vét<xt actuel de Vart religieux en France · texte numérisé non relu

De Vét<xt actuel de Vart religieux en France

dont M. Villemainaété rhistorien. Mais le christianisme est une révolution si grande dans l'histoire de Thumanité, que ni les travaux si variés et si riches de ces deux écrivains, ni les monographies remarquables écrites par quelques membres du clergé, ne Font encore épuisée. On pouvait se proposer d*étudier après eux dans les Pères, non pas le dogme qui appartient aux historiens de l'Église, non pas les pures qualités du style, étude frivole à propos d'écrivains dont chaque ouvrage était une action ; mais prenant au sens propre ce beau nom de Pères de l'Eglise donné aux grands hommes qui, après Jésus-Christ, l'ont pour ainsi dire enfantée, on pouvait raconter comment ils s'étaient servis de la pensée et de la parole, les seules forces dont ils disposaient, pour créer un monde nouveau; en un mot exposer ce qu'on peut appeler la politique spirituelle du christianisme dans un temps où il avait à fonder une société nouvelle et un gouvernement. C'est là en effet la gloire des Pères. L'attrait véritable de leurs ouvrages, ce ne sont pas seulement les beautés littéraires répandues dans ces pages éclatantes comme l'imagination de l'Orient, et quelquefois brûlantes comme les passions du Midi : c'est aussi le spectacle de cette société spirituelle qui s'élève et grandit sur les ruines du monde ancien. Je trouve dans une page de saint Augustin la figure éloquente de ce travail immense entrepris par les Pères de l'Église : « Il y a deux villes, dit-il, l'une qui est Babylone, l'autre qui est Jérusalem; l'une qui a pour roi le démon, l'autre qui a pour roi Jésus-Christ. Tous ceux qui n'ont de goût que pour les choses d'ici-bas, tous ceux qui préfèrent à Dieu les faux plaisirs de la terre, et non ceux de Jésus-Christ, appartiennent à cette ville qui est appelée symboliquement Babylone, et qui a le démon pour roi. Tous ceux qui, au contraire, n'ont plus de goût que pour les choses du ciel, qui s'appliquent aux biens éternels, qui sont humbles, n Tl

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doux, justes, saints et purs, appartiennent à la ville qui a Jésus-Christ pour roi. > Le vieux monde avait succombé. Babylone était en cendres. Il fallait édifler la ville nouvelle, la nouvelle Jérusalem, la vraie cité de Dieu. Telle fut l'œuvre des Pères. Quelle est la part de chacun d'eux dans cette architecture divine ? Quels instruments ont employés ces grands hommes? quelle parole, quelle politique, quelle éloquence? quelle éducation ont-ils donnée à ce monde nouveau qu'ils enfantaient au souffle de leur pa* rôle, et qu'ils façonnaient de leurs puissantes mains? Voilà les questions que M. Charpentier se pose de préférence ; voilà le point de vue fécond auquel il s'est habilement attaché. L'histoire de l'Église grecque et de l'Église latine est si vaste, que son livre, malgré les limites prudentes qu'il s'impose, touche à un grand nombre de questions diverses très-intéressantes et soigneusement étudiées. Je ne puis les indiquer toutes, et je me bornerai, dans cette analyse, à considérer l'objet principal de l'ouvrage, le tableau de la formation de la société chrétienne.

Il est difQcile de former une société quand Fesprit de famille n'existe plus. Le christianisme avait trouvé la famille en décomposition et le mariage discrédité. Dès les premiers empereurs, on proposait des primes d'encouragement pour le mariage et la paternité. Tacite nous fait assister à ce triste spectacle d'un patricien tombé dans la misère et alléguant en plein sénat, pour obtenir un secours de Tibère, qu'il ne s'est marié que par l'ordre d'Auguste et avec la promesse d'une indemnité. € Qu'est devenue, dit TertuUien, cette antique félicité du mariage ? Pendant près de six cents ans, il n'y eut pas un seul exemple de divorce. Aujourd'hui le divorce est comme le fruit et le vœu du mariage •. » La femme, en quittant le gynécée, avait perdu

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