‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 4)Chapitre 47 sur 75 · Précep. IV , Conf, UI, cf. chap. i · texte numérisé non relu

Précep. IV , Conf, UI, cf. chap. i

ÉTUDES LITTÉRAIRES Ei; MORALES. 385

dans l'homme, qui continue pourtant à se croire privilégié, et qui prête à l'infidélité du mari l'excuse insuffisante d'une innocence relative; cette puissance réparatrice du repentir, qui rend à la femme le droit qu'elle a perdu, c*étaient là des idées nouvelles et singulières, à cette époque de la société romaine où l'habitude invétérée de la répudiation et du divorce avait dissous le mariage et ruiné le fondement de la famille. C'étaient de grandes marques de ce respect nouveau pour la femme que le christianisme imposait au monde, et qui fut peut-être son plus gracieux bienfait. En lisant ce code de morale domestique apporté par l'ange à Hermas pour l'usage de la primitive communauté chrétienne, on pressent déjà le rôle civilisateur de la femme dans la société moderne, comme dans le personnage de cette jeune fille choisie par Hermas pour emblème de l'Église on voit commencer le rôle poétique de la femme dans les créations de l'esprit. Ainsi les premiers monuments des lettres chrétiennes nous annoncent les prochaines métamorphoses de l'âme humaine et de la société. La femme est près d'obtenir au foyer domestique une part d'autorité, et surtout de respect, refusée à la matrone antique; elle va prendre dans la littérature un rôle inspirateur qui complète sa destinée nouvelle; elle devient l'âme de la maison et le bon ange de la pensée. On croit assister, en lisant le Pasteur d'Hermas, à l'intronisation de ce pouvoir nouveau, et charmant, et la révolution morale et littéraire qui naîtra du christianisme se révèle en traits distincts dans cette curieuse ébauche d'un chrétien du premier siècle.

Mais l'œuvre do la sanctification n'est pas achevée. On a vu le père se perfectionner lui-même et perfectionner sa famille par le même moyen, par la puissance du repentir. La femme n'est plus médisante, les fils ne sont plus débauchés. L'ange avait prédit que, si le père usait avec douceur

de son autorité pour corriger les siens, non pour les punir, la femme et les enfants deviendraient meilleurs, et que Dieu leur pardonnerait ^ Mais ce n*est pas assez d'amender sa famille, Hermas doit amender la société en lui communiquant les préceptes de Tange. Dans le livre du Pasteur éclate à chaque page cette ardeur de propagande, besoin irrésistible de toute doctrine qui a foi dans sa vé* rite. L'Église apporte d'abord à Hermas un livre où sont consignées ses instructions, et lui commande de le lire aux prêtres qui gouvernent la communauté des fidèles. Plus tard l'ange prescrit à Hermas d'écrire ses préceptes et ses paraboles , et de les communiquer à ses frères pour les exciter à la pénitence. Donner l'exemple de la foi, de la crainte et de l'amour de Dieu; mener une vie pure, et, si l'on commet des fautes, les expier par le repentir ; chercher la vô» rite, fuir l'erreur, distinguer les vrais prophètes et les vrais serviteurs de Dieu d'avec ses faux prophètes et ses faux serviteurs, pour que la piété sincère ne porte pas la peine de la piété feinte; aux observances ajouter les œuvres; pratiquer la prière et l'aumône ; secourir le pauvre quand on est riche, car le pauvre est au riche ce que la vigne est à l'orme : si l'orme soutient la vigne, elle portera des fruiti pour elle et pour lui, qui n'a pas coutume d'en porter; si le riche assiste le pauvre, les prières du pauvre attireront sur le riche la bénédiction de Dieu, qui ne bénirait pas l'un sans les prières de l'autre : tels sont les préceptes les plus importants révélés par Tange à Hermas. Hs se rapportent aux œuvres encore plus qu'à la foi. C'est qu'une doctrine nouvelle se fonde par l'action. Plus tard viendront les déiinitions précises des diverses parties du dogme, et la constitution de la discipline, et l'établissement du culte et des cérémonies. Au commencement , le capital ce sont

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