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Rabélaù épuré par le goût. Plus loin, Voltaire s'est didcublé pour enfanter Courier et Béranger. Quel écrivain que ce pamphlétaire qui est à la fois Aristophane, Lucien, Rabelais, Rabelais épuré, et la moitié de Voltaire! Quoi d'étiHinant qu'il ait sapé d'une main invincible i la société dans toutes ses parties; au fatte de Tédifice, la royauté; plus bas, Tordre judiciaire; dans la sphère morale, le clergé; dans l'ordre matériel, la force publique, enfin l'honneor des familles^ i* Tout a succombé sous ses coups. Et voilà Courier, debout en face de Béranger, et triomphant comme lui sur les ruines de la monarchie légitime !
Apparent dirae faciès inimicaque Trojœ Numina magna deum.
Dans le livre de M. Nettement, Courier est visiblement le héros du premier volume. M. Nettement ne le quitte qu'au moment de sa mort, et encore développe-t-il longuement l'histoire de cette mort, comme une leçon que la Providence donne quelquefois aux nations. Ici la critique change de ton. Le moment est si solennel, que le rédt ne ressemble plus à un rédt : c'est un drame, un drame judiciaire il est vrai, et le style semble se teindre des couleurs sanglantes et emphatiques de la GazeUe des Tribunaux^ quand elle a le bonheur de raconter un grand crime. Écoutez, et erudimini^ vous qui voulez savoir conmient finissent les pamphlétaires, et comment écrivent les critiques, quand ils font de la politique en littérature.
< Dans ces mêmes bois de la Ghavonière, d'où Paul-Louis Courier, vigneron, datait ses furieuses philippiques, on vint un jour à rencontrer un homme étendu sur le sol, un cadavre. La blessure dont il conserve la trace encore sanglante ne permet pas d'avoir un doute sur le genre de sa
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mort. Il y a eu meurtre : cet homme a été assassiné. Quelqu'un s'est trouvé dont la haine atroce n'a plus été retenue par les lois de l'ordre social qui arrêtent quelquefois le bras de l'assassin. Tout s'est passé comme dans une embuscade de Hurons ou d'Iroquois, dans ces pays régis par les instincts d'une nature encore sauvage. Il y avait haine, il y a eu guet-apens; le canon d'un fusil s'est penché, et, quand il s'est relevé, il y avait un homme de mort!. . Cet homme, assassiné sans qu'on ait pu le sauver, dont l'agonie est demeurée sans consolation comme la mort sans vengeance, qui.... etc., cet homme, vous l'avez nommé : c'est lui qui attaquait tout dans la société : les lois, l'ordre judiciaire, le clergé, la force publique, l'autorité et les instruments de l'autorité, la hiérarchie des rangs et l'honneur des familles (ajoutons, s'il vous platt,et lamémoiredes femmes trop fragiles}. C'est Paul-Louis Courier'. » Ce développement ferait honneur à un réquisitoire. Il y est très-religieusement indiqué que la Providence, par une marque spéciale de sa justice, a permis < qu'un canon de fusil se penchât et qu'il y eût un homme mort, » parce que cet homme avait écrit des pamphlets. Ce n'est pas tout : il est mort. « Le voilà ce grand écrivain, cet éloquent pamphlétaire, etc. > Suit une ampliflcation éloquente sur le ton de l'oraison funèbre : « La voilà telle que la mort nous l'a faite. » Nous avons 4éjà vu comme M. Nettement se rencontre avec Bossuet. Maintenant, < qui vous dira les secrètes pensées qui se sont remuées dans le cœur de Paul-L^uis Courier à son heure dernière? pensées rapides, car les moments sont courts; mais pensées profondes, car le poids de l'éternité qui les presse les fait descendre bien avant dans le temps. » Gela n'est peut-être pas très-clair, mais qu'importe! M. Nettement s'abandonne