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et révolte la liberté. En représentant les vices de la société avec une complaisance malveillante et une exagération réfléchie» il l'irrite et lui inspire le désespoir de se sauver plutôt que l'envie de se guérir. Nous ne pouvons croire à cette influence du roman chrétien contemporain, dont nous parlait notre correspondant. Un pareil mélange de religion et d'imagination, de prédication et de satire, ne saurait avoir d'autorité morale. On se rappelle ce que Bossuet disait si sévèrement du Télémaque : « Ce n'est pas là le livre d'un prêtre. » Des romans de M. Veuillot, on peut dire : « Ce ne sont pas là les livres d'un chrétien. >
{Revue de VInstruction publique, 12 et 19 mai 1853.)
ÉTUDE LITTÉRAIRE SUR CAMUS , ÉVÊQUE DE BELLEY , ET SUR LE ROMAN CHRÉTIEN AU XVU» SIÈCLE*.
On a curieusement étudié de nos jours le roman profane du XVII* siècle, mais on a laissé dans l'oubli le roman chrétien, qui fleurit en même temps et obtint un égal suc* ces. La Harpe, qui parle de Gk)mberville et de La Calprenède, ne dit pas un mot de Camus, leur contemporain, l'auteur de tant de romans religieux, célèbres alors autant que Poîexandre et que la Cléopaire, La curiosité de la critique moderne n'a guère daigné s'occuper de l'évêque de Belley. M. Saint-Marc Girardin, qui, dans sa chaire de Sorbonne, touche d'une main si sûre et si délicate à tous les points
1. Cette étude forme l'introduction d'un roman de l'évSque de Belley, Palombe y publié dans la Bibliothèque des cliemins de fer.
intéressants de la littérature morale, et M. Sainte-Beuve, sont à peu près les seuls qui ne l'aient pas oublié. M. Sainte- Beuve, en quelques pages^ a esquissé la physionomie de révoque de Belley avec cette rare souplesse qui lui permet de revêtir le caractère, Fesprit , les mœurs, et au besoin même la religion de Fécrivain qu'il étudie. Mais la partie du cours où M. Saint-Marc Girardin s'est occupé de Camus n'est pas encore imprimée, et, dans Y Histoire de Port-Royal^ le romancier chrétien n'est introduit qu'à la faveur d'une de ces digressions littéraires qui donnent un attrait un peu mondain aux récits du cloître. Aussi le roman chrétien du xvu* siècle nous est-il à peu près inconnu. Cependant il a toutes les bonnes raisons qu'un genre littéraire peut avoir pour ne pas l'être : la fécondité ; Camus a plus écrit que le plus fertile de nos romanciers ; le succès : ses livres étaient dans toutes les mains, les témoignages du temps nous l'attestent; enfin l'intérêt : c'est un sujet attachant d'étude que cette entreprise de mêler la religion et l'art, l'imagination et la foi, et de combattre les passions par le tableau des passions. Outre des leçons morales, on recueille dans de semblables lectures des renseignements instructifs sur les idées, les mœurs, le style, et, ce qui est plus intéressant encore, sur l'esprit religieux d'un grand siècle.
La vie de l'évêque de Belley est bien simple, plus simple que ses romans. Jean-Pierre Camus, né à Paris, le 3 novembre 1582, se fit remarquer de bonne heure par sa science et par son esprit, et se créa de puissants appuis à la cour, sous Henri IV comme sous Louis XIII. Il fut protégé par Richelieu. Nommé évêque de Belley en 1608, et content de son évêché, il répondait gaiement, quand on lui offrait des postes plus importants : < Non, la petite femme que j'ai épousée est assez belle pour Camus ; » et il restait à Belley. Il s'occupait à réformer les couvents déréglés, à combattre les moines, qu'il regardait comme de mauvais directeurs
Spirituels, et & qui il voulait enlever la direction, à prêcher, 'à écrire des livres de polémique religieuse et des romans pieuï. Il vivait dans une douce intimité de voisinage avec son atni Tévèque de Genève, saint François de Sales. Après vingt ans de travaux dans son évéché, il s'en démit avec l'agrément du roi, et accepta Tabbaye d'Aulnay , en Normandie, où il se retira. « L'arciievêque de Rouen, de Harlay, qui connaissait le zèle apostolique de Camus, le détermina à quitter sa solitude pour prendre la direction du diocèse, avec le titre de vicaire général. Il recommença la vie laborieuse qu'il avait menée à Belley, visitant les pauvres, consolant les malades, tenant des conférences, établissant des missions, et préchant lui-même très-souvent. Enfin, sentant renattre en lui le goût de la retraite, il vint établir sa de«meure à l'hôpital des Incurables de Paris, dans le dessein d'y consacrer le reste de ses jours au service des pauvres. Mais le roi l'ayant nommé à l'évêché d'Arras, il se soumit à cet ordre, et se disposait à se rendre dans son nouveau diocèse, lorsqu'il mourut, le 26 avril 1652, à l'âge de soixantedix ans. Il f\it inhumé dans l'église des lucurables, comme il l'avait demandée b
Voilà ce qu'on sait de la vie de Camus, vie laborieuse, remplie d'oeuvres de charité et de zèle chrétien. Quant au caractère et au tour d'esprit de l'homme, quelques anecdotes le feront connaître : il était vif, spirituel, et ne savait pas contenir ses saillies. On gardait de son temps la mémoire d'une foule de ses mots heureux et hardis, qui n'épargnaient pas plus les grands seigneurs que les tnoines, pas plus les princes que les grands seigneurs. C'est lui qui, préchant un sermon de charité à Notre-Dame, a dit, avant La Bruyère* : « Messieurs, on recommande à votre charité