‹ Œuvres complètes de H. RigaultChapitre 20 sur 85 · VHonnéte femme, — 2, Let Nattes · texte numérisé non relu

VHonnéte femme, — 2, Let Nattes

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piwit illud, les violents ravissent le ciel : que ce soit la consolation de M. Yeuillot ! mais ils ne ravissent pas les cœurs. Leurs ouvrages souffrent du mécontentement qu'ils inspirent, et Ton doute malgré soi de préceptes qui ont réussi à faire, de ceux qui les donnent, des modèles qu*on ne voudrait pas imiter.

Le second sentiment qui se montre le plus volontiers dans les livres de M. Veuillot, c'est l'aversion contre le prochain. Il y a plusieurs sortes de prochain : il y a le prochain gentilhomme, le prochain prolétaire et le prochain bourgeois. Le grand bonheur de M. Yeuillot est de les irriter les uns contre les autres, et de souffler la guerre là où la vraie charité voudrait établir la paix. Gomme, en fait, dans la société, ce sont les classes moyennes qui gouvernent, ce sont elles qu'il poursuit de sa plus ardente colère et de ses flèches les plus barbelées. Le nom même de bourgeois^ il ne peut le prononcer sans lui donner tantôt le sens goguenard et vulgaire des plaisants d'atelier, tantôt le sens tragique et déclamatoire des écrivains de la démagogie. Il est tel pamphlétaire socialiste qui, avec plus de verve et d'esprit, n'a pas montré plus d'amertume, et si, grâce à Dieu, la religion ne s'était emparée à temps de l'âme de M. Veuillot, pour préserver en elle le respect des grands principes sociaux, il eût été peut-être le plus effréné et le plus dangereux des révolutionnaires. Le bourgeois^ tel quMl le peint, c'est l'adorateur du veau d'or, ignare et vain, dur au pauvre, faisant le mal par sottise, philosophant de travers, lisant Voltaire et Rousseau , père d'une fille mal élevée et d'un fils mauvais sujet, mari d'une femme qu'il appelle bigote , parce qu'elle va à la messe, criant contre la dtme du clergé, parce qu'on quête pour les pauvres, et n'ôtant pas son chapeau quand le crucifix passe ; enfin le type usé depuis vingt ans du bourgeois de la Restauration, abonné au Constitutionnel. M. Veuillot ne peut pardonner à la bourgeoisie d'avoir été le tiers

étatt d'avoir été la constituante, et d'avoir fait la révolution de 89. Le gouvernement qu'elle s'est choisi, les institutions qu'elle a fondées, les libertés qu'elle a conquises, il en fait lestement justice en une page de roman. Au bout du volume, on sait à quoi s'en tenir sur la France : c'est un pays perdu, c où il n'y a plus que des autels vides, où des bateleurs se partagent le soin d'inculquer à la jeunesse tous les vices qu'ils ont eus (ceci est pour l'Université), où il est impossible de rien aimer, de rien croire, de respecter rien ; enfln un bazar où tout se vend à l'encan ^ » Voilà ce qu'on appelle la patrie, et cette patrie, qui l'a faite? C'est la bourgeoisie, « cette race sans esprit, sans cœur, sans entrailles, qui, stupidement indifférente sous la garde de ses bourreaux, laisse croître le pauvre peuple dans l'ignorance de son âme et de son Dieu*. »

Résumons-nous : le mysticisme en religion; en morale, l'égale impureté de toutes les passions et régale extermination de toutes ; en littérature, pas d'éloquence profane, pas de théâtre, pas de poésie; une littérature de cloître, comme si le monde s'était mis au couvent : voilà les principaux articles du traité que le roman chrétien de notre temps présente à la France pour la sauver en la christianisant. Le roman chrétien viole la nature de l'homme pour agrandir les droits de l'Église. Dur, impérieux, intolérant, il entre* prend de convertir le monde sans rien prouver, supprime les passions, prêche la haine des classes les unes contre les autres, nie tout progrès, répudie toute liberté, et ne souffre dans le cœur humain qu'un sentiment, l'obéissance mystique, comme dans la société qu'une domination, celle da r£glise, souveraine et mattresse absolue. Il fait la religion si inflexible, et lui prête une telle ambition, qu'il porte ombrage à la conscience, effarouche le sentiment du droit,

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