C'est le mot du président de Brosses
inconnus qui le bégayeront dans leurs berceaux; si Fesprit de propriété et Tesprit de famille , ces deux fortes attaches du cœur de l'homme, ces dieux lares du foyer, se réveillaient en nous et se fortifiaient Tun par l'autre, peut-être notre nom, tout plébéien qu'il est, redevenant le signe de ces choses sacrées, reprendrait-il à nos yeux son véritable prix ; peut-être, en recouvrant le prestige oublié de son antiquité et de son avenir, semblerait-il briller, dans son obscurité, d'un rayon de poésie; peut-être, au lieu d'abjurer notre famille en rejetant son nom pour le nom seigneurial d'une terre ou d'un château, penserions-nous plus souventcomme Horace, qui, né de parents pauvres, ne les aurait pas changés contre des aïeux patriciens; peut-être agirions-nous plus souvent comme Fabert, qui refusa le cordon bleu de la main du grand roi pour ne pas renier son père, le marchand d'almanachs.
Cette poésie du nom paternel , qui décore les noms les plus modestes , entoure les plus nobles d'un plus illustre éclat ; et si la noblesse ainsi comprise n'est plus qu'une idée, elle est une grande idée , et c'est n'être ni sage ni vraiment libéral que de tourner en raillerie l'attachement des familles patriciennes pour leurs noms héréditaires. Mais quoi de plus rare que le véritable esprit de liberté? S'il existait chez nous , si la noblesse trouvait sa garantie dans le respect public, aurait-on besoin de la mettre à couvert sous le glaive de la loi, au risque de blesser l'égalité civile? J'admets bien en effet que la noblesse à qui l'on veut rendre une existence légale, c'est la noblesse honorifique , celle du nom, et non pas la noblesse effective, celle des privilèges. Mais un honneur devient une prérogative quand laloi se mêle de le protéger. Rétablir une pénalité contre la fausse noblesse, c'est reconstituer politiquement la vraie ; c'est , dans un temps donné , se condamner presque infailliblement à rétablir les majorats, à pratiquer les substitutions; à res-
susciter le droit d*atnesse : majorats, substitutions, droit d aînesse, ces conséquences sont-elles bonnes pour notre société?
c Quel est Tintérét essentiel d*une monarchie à placer sa base dans de grands domaines possédés par un petit nombre de propriétaires plutôt que dans de petits domaines possédés par un grand nombre de propriétaires? Est-«ce que celle-ci n*est pas plus forte que celle-là? Est-ce qu'il ne jaillit pas de son sein plus de mouvement, de travail, de produits et de richesses? Est-ce qu'une organisation de la propriété, conçue de manière à la mettre d'accord avec le fidèle accomplissement des engagements civils et commerciaux, ne tourne pas au profit des mœurs publiques et de l'honneur national? »
Donc ces conséquences ne sont pas bonnes , c'est un jurisconsulte éminent qui l'affirme ^ Sont-elles inévitables ? De bons esprits le pensent. Que seraient de grands titres sans de grandes fortunes ? Quelle décoration pour la monarchie qu'une aristocratie plus gueuse que les bourgeois! Dans notre société, société de travail, d'industrie, de commerce, la richesse est au milieu , si la noblesse est en haut. Avant 1789 , les plus nobles étaient les plus riches; après 1789, il n'est resté à ces seigneurs appauvris que la supériorité du lignage, moins puissante chez nous que la supériorité de l'argent. Si l'État leur veut rendre l'investiture de la noblesse légale , tôt ou tard l'État les devra doter. Si les titres deviennent légalement immuables et transmissibles, tôt ou tard leur fortune deviendra légalement immuable et transmissible, comme les titres, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture K Napoléon P' refit une noblesse : il dut