‹ Œuvres complètes de Henri Heine Satires et portraitsChapitre 1 sur 18 · Eu · texte numérisé non relu

Eu

AVERTISSEMENT

frères d’armes sous le drapeau du libéralisme, adoptés tous deux en Allemagne par une admiration et une popularité communes, la dissemblance profonde de leurs natures ne devait pas tarder à les désunir. Cette rupture, qui n’était guère un secret du vivant de Boerne, fut divulguée avec éclat après sa mort par la publication de l’écrit dont nous donnons la traduction, et qui parut en Allemagne en 1840. On a reproché à Henri Heine d’avoir attendu la mort d’un adversaire qui avait été autrefois son ami, pour porter, sur son compte, un jugement dont il était difficile, dans les circonstances données, d’attendre qu’il fût impartial, même si tout autre qu’un poète et un humoriste tel que l’auteur des lieisebilder l’eùt prononcé.

L’écrit de Heine n’est pourtant pas un pamphlet comme on le croit d’ordinaire. Cet

AVERTISSEMENT

ouvrage, dont le titre devait être primitivement: « Vie de ïj)uis Boerne, par Henri Heine, » n’est pas non plus une biographie. La personne de Boerne, soit comme caractère, soit comme politique, soit comme écrivain, n’y tient pas une place aussi considérable qu’on le supposerait à l’avance. C’est plutôt, à propos de Boerne, une suite de causeries sur la jeunesse de Heine lui-même, ses rapports personnels avec Boerne, la situation politique en Allemagne, dans les années qui suivirent 1830, et l’émigration allemande à Paris. Les attaques contre Boerne n’y manquent sans doute pas, mais elles sont loin d’avoir, surtout dans la forme définitive que l’auteur donna plus tard à son ouvrage, et que nous avons naturellement conservée, le caractère odieux qu’on leur avait attribué d’abord.

Deux circonstances importantes de la vie de

AVERTISSEMENT

Heine se rattachent à cet écrit, un duel et un mariage. Le second volume de la Correspondance de Heine donne sur ces detlx circonstances des informations très-suffisamment précises et nous n’avons pas à nous y arrêter ici. Mais nous devons mentionner, à l’honneur de Heine, que c’est conformément à sa volonté expresse que les passages injurieux qui furent l’originé de son duel avec M. Straus, ont été supprimés dans l’édition complète de ses écrits, qui l’a occupé pendant les dernières années de sa vie, et qui n’a été publiée qu après sa mort. Personne, sans doute, n’avait senti plus vivement que lui-même les torts où l’avait entraîné, dans cette occurrence, son démon familier du persil liage et de l’ironie.

Le Dénonciateur a été écrit peu d’années avant le volume sur Boerne, et c’est l’une des

AVERTISSEMENT

pièces importantes de l’histoire de ce groupe d’écrivains qu’on a désigné sous le nom de Jeune Allemagne , et dont Heine a longtemps passé, sans raison, pour être le chef. M. W. Menzel, lui, n’était pas mort, lorsque Henri Heine le prit ainsi à partie, et les attaques violentes dont il fut simultanément l’objet, de la part des libéraux allemands, depuis les arrêts lancés contre eux parla Diète germanique, en 1835, ne l’ont heureusement pas empêché de vivre jusqu’à aujourd’hui.

Pendant que Heine faisait ses études à Berlin, il s'était lié avec un jeune comte polonais qui l’invita à faire avec lui un séjour dans ses terres aux environs de Gnesen. Ce séjour fut l’occasion du premier écrit en prose qu’il ait publié, et qui a pour titre De la Pologne. Le nom de Heine était voué, semble-t-il, aux disputes et

AVERTISSEMENT

à la polémique. Son écrit sur la Pologne, quelque inoffensif qu’il nous paraisse aujourd’hui, éveilla, à Berlin et dans le grand-duché de Posen, beaucoup d’hostilité contre l’écrivain, à peine âgé alors de vingt-deux ans. Nous n’avons retranché de cet ouvrage de jeunesse que certains passages qui se rapportent à des faits et à des personnages du temps, sans intérêt actuel.

Les pages commémoratives qu’écrivit Heine, en 1844, à l’occasion de la mort de son ami L. Marcus, sont au nombre des plus spirituelles, et, nous ajouterons, des plus émues qui soient sorties de sa plume. Nous recommandons à ceux qui veulent se faire une juste idée de Heine, dans les derniers temps de sa vie, la note qu’il a ajoutée, en 1854, à ce morceau, l’un des plus curieux de ses écrits. — Quant aux pages sur Victor Cousin, qui terminent ce

AVERTISSEMENT

volume, nous les avons recueillies dans la première édition du livre De l' Allemagne. On remarquera, en les lisant, que Heine ne s’en est pas tenu à ce premier jugement un peu leste sur l’illustre éclectique, et qu’il a parlé de lui, plus tard, d’une manière différente. Mais, nous l’avons dit ailleurs, nous tenions à donner Heine dans son intégrité.

Les Éditeurs.

Page 1