‹ Œuvres complètes de J. H. Raepsaet (volume 2)Chapitre 2 sur 50 · CAUSES KT SFFKTS DE LA RÉUNION DE LA HOLLANDE ET DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

CAUSES KT SFFKTS DE LA RÉUNION DE LA HOLLANDE ET DE LA BELGIQUE

La réunion de la Belgique et de la Hollande, que nous voyons s'opérer de nos' jours (1815-1816), par les arrangemens pris aii congrès de Vienne , est un effist nécessaire et inévitable , quoique tardif, du traité de Munster de 1648.

Aussi longtemps que les dix-sept proyinces des Pays-Bas ont formé un seul et même état souverain sous les princes de la maison de Bourgogne , la France se garantissait plus contre les invasions des Belges, qu'elle ne songeât à envahir leur pays; et lorsque Charles-Quint avait réuni à ses domaines l'empire d'Allemagne, il y eut bien moins de chances encore pour la France à s'étendre dans les Pays-Bas.

Ce n'est pas que, depuis des siècles, elle n'ait convoité ces belles provinces , mais elles étaient trop puissantes pour en faire la conquête. Jamais cependant elle ne s'est départie de ce système d'agrandissement; car elle a constamment profité de nos troubles domestiques , en les fomentant , pour acquérir par la politique , ce qu'elle ne pouvait obtenir par la force.

L'on peut fixer l'époque de nos troubles du XYI® siècle, comme le point de départ des efforts continuels et eflSicaces de la France pour s'emparer successivement et par parties des Pays-Bas.

Déjà en 1640 Louis XIII conquit l'Artois sur Philippe IV, et les conquêtes successives de Louis XIV et de Louis XV sont connues ; il était impossible que ces conquêtes n'eussent pas réussi au milieu de la situation de l'état politique de l'Europe, car, depuis le détachement des sept Provinces- Unies , sur la fin du XVI^' siècle , l'Espagne était trop éloignée pour défendre encore efficacement les provinces belgiques contre la France , et celles-ci , morcelées et séparées ne pouvaient plus se défendre elles-mêmes.

Ainsi le traité de Munster, en consacrant cette séparation par la reconnaissance de la souveraineté et de l'indépendance des provinces hollandaises , consolida l'affaiblissement et lïmpuissance des provinces belgiques.

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Mais en même temps et par la même cause d'impuissance , ce traité devait inévitablement réduire sous le joug de la France, ces mêmes Proyinces-Unies , dont elle ayait si constam* ment fayorisé rétablissement d'indépendance et de souyeraineté. Cependant en signant ce traité on n'avait pas préyu , ou peut-être on n'ayait pas pu prévenir , toutes les suites funestes pour la sûreté de l'Europe , que ce célèbre ,traité devait entraîner après soi.

En facilitant à la France la conquête des Pays-Bas Espagnols , l'indépendance des Provinces-Unies devenait précaire , pour ne pas dire impossible à maintenir ; car si elles voulaient la maintenir, elles devaient se ruiner, puisqu'elles ne pouvaient pas tenir constamment sur pied une armée de terre , capable de feire tête à la France , devenue maîtresse des Pays-Bas Espagnols, et une marine pour garantir en même-temps leur commerce et leur navigation contre la jalousie de l'Angleterre et des autres puissances mariUmes.

Assurément ces sept provinces ont iait de grands et nobles eflbrts pour acquérir et maintenir leur indépendance ; mais ces eff3rts eussent été vains sans la jalousie de la France^ de l'Angleterre et de l'Espagne. Dès quelles étaient abandonnées à elles-mêmes, elles devaient être subjuguées.

Les suites funestes du traité de Munster ne se bornent point aux Provinces «-Unies. Une fois maîtresse des Pays-Bas Espagnols , la France pouvait , à volonté , pousser ses conquêtes , d'une part , jusques dans le cœur de l'Allemagne, dont les électorals et les princes formaient une barrière aisée à franchir; et d'autre part, jusqu'à la mer du nord, puisque la Prusse était à peine une puissance de

second ordre : aussi Bonaparte a->*t-il exécute ces projets, après même que la Prusse fut devenue puissance du premier ordre.

Les effets du traité de Westphalie ne tardèrent pas à se . faire sentir peu après qu'il fut conclu.

 peine Philippe lY ayait-il fermé les yeux et Charles II , ftgé de quatre ans, était-il monté sur le trône d'Espace, que Louis XIV entra dans les Pays-Bas, sous le prétexte qu'une partie en était dévolue à sa femme , Marie-Thérèse d'Autriche, par droit de dévolution.

Cet événement , bien que naturel et inévitable , depuis le traité de Westphalie, jetta tellement l'alarme en Angleterre, en Hollande et dans le Nord, qu'en moins de cinq jours, ces trois puissances conclurent à la Haye , le 23 Janvier 1668 , la iriple alUanoe, qui amena le traité de paix d'Aix-la-Chapelle du 2 Mai de la même année, par lequel la France conserva Charleroi, Binche, Ath, Douai, Tournay, Audenaerde, Lille, Armentières, Berghues et Fumes.

En obligeant, en quelque sorte, la France de faire à ce prix sa paix avec l'Espagne, souveraine des Pays-Bas, les Hollandais croyaient en avoir imposé à la France et s'étaient conduits, envers Louis XIV, avec tant de fierté et de présomption dans les négociations , que ce prince orgueilleux et ambitieux en fut piqué au vif. Les Hollandais croyaient avoir écarté l'orage qui les menaçait, tandis qu'ils avaient fdurni à la France l'occasion de les atteindre plus sûrement , par le nouvel aflyblissement de la puissance espagnole dans les Pay«-Bas.

Aussi, dès l'année 1672, la France, après avoir détaché l'Angleterre de la triple alliance, porta la guerre dans les Provinces-Unies jusqu'aux portes d'Amsterdam.

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L'alliance de$ Hollandaû avec l'Espagne ne fit que prouver de plus en plus leur impuissanoe commune de tenir télé aux Français; heureusement l'empereur et l'électeur de Brandebourg vinrent à leur secours, à la vue du danger qui menaçait pareillement l'Allemagne , et ils sauvèrent pour cette fois encore, les Provinces -Unies, en sauvant l'Allemagne. Dès-lors, les Hollandais commencèrent à sentir tellement le danger du voisinage de la France, et l'impossibilité de s'en garantir par le secours du gouvernement espagnol des Pays-Bas, que par un changement de leur système politique, et contre l'avis du prince d'Orange, ils crurent devoir trouver leur salut dans l'amitié de la France plutôt que dans les armes. C'était bien peu connaître l'esprit du cabinet français. La France, pour mieux les entraîner dans cette fausse politique, leur offrit une barrière contre elle-même et un tratté de oammerce; c'était les prendre par leur foible, la crainte d'une invasion et la liberté du commerce. Aussi les Hollandais s'y laissèrent -ils prendre, et non-seulement ils se détachèrent de l'alliance de l'Autriche , à laquelle ils venaient d'être redevables de leur salut , mais ils se liguèrent encore avec la Finance pour foire la guerre à l'EqMigne. Ainsi la république de Hollande se détacha de l'alliance des puissances intéressées à la défendre contre la France , et se mit sous la protection de la France , intéressée à la subjuguer, ou à la tenir tout au moins dans son entière dépendance.

Il est difl&dle de justifier cette politique ; car quelle sûreté les Hollandais pouvaient-ils espérer de cette barrière ? tandis que la France conservait la Flandre jusqu'à l'Escaut, suivant le traité d'Aix-la-Chapelle, et qu'avec l'assistance de l'Espagne

et de l'Angleterre, ils n'eussent pu empêcher la France de faire la conquête des sept Provinces -Unies, si la maison d'Autriche et l'électeur de Brandeboui^ ne fussent venus à leur secours.

Le traité de Nimègue éloigna un peu le danger, dans lequel les avait placées le traité d'Aix-la-Chapelle ; la France restitua au gouvernement espagnol les villes de Charleroy^ Binche, Ath, Audenaerde et Courtrai ; mais elle retint toute la West-Flandre.

Ainsi la puissance espagnole dans les Pays-Bas se trouvait encore considérablement plus affieiiblie par ces deux traités, qu'elle ne l'avait été par celui de Westphalie. La conquête de la Hollande par la France devenait donc de plus en plus inévitable; elle n'était ajournée qu'à chaque fois que les Espagnols et les Hollandais surent rallier assez de puissances par le motif du danger commun , pour arrêter les conquêtes de la France , et comme ces secours étaient toujours tardifs, la France n'en conserva pas moins par chaque traité une partie des conquêtes faites avant l'efficacité des secours réunis.

Tous ces traités n'étaient que des palliatifs; les mênies causes ne demeuraient pas seulement dans toute leur force , mais leur force acquit des accroissemens , car la France ne reculait que lorsque des forces accumulées et prépondérantes l'empêchaient d'avancer ; elle gagnait toujours plus ou moins à la lutte , et cet avantage continuait à favoriser les projets de conquête qu elle ne faisait que différer ; car ces forces prépondérantes , qu'on lui opposait , n'étaient que momentanées , tandis que les siennes étaient permanentes, puisque ces alliances passagères des Espagnols et des Hollandais ne changeaient rien à la position relative , dans laquelle le traité de

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Muntter ayait placé la France pour faire tôt ou tard la conquête de toute la Belgique et par conséquent de la Hollande. . Cependant les Hollandais auraient dû sentir, et peut-être Tont-ils senti , qu'au milieu de leur état d'impuissance et de celle du gouyemement espagnol, leur salut dépendait moins d'une barrière de places fortes, que la France leur ofiFrit pour garant de ses dispositions amicales, que d'une armée alliée de la maison d'Autriche et des puissances du nord de l'Allemagne , toujours prête à accourir au danger.

Mais la France eût soin d'entretenir leur défiance contre les projets secrets ou supposés de l'Espagne de les reconquérir; l'intimité de leurs relations ayec l'Angleterre n'était pas plus cordiale; l'indifférence des princes du nord de l'Allemagne et l'éloignement de la maison d'Autriche rendaient presque impossible l'établissement de ce système de défense permanent.

Le prince d'Orange sentit le besoin de ce système et le conseilla fortement aux états généraux, mais les dissentions intestines entre les principales yilles et le Stadhouder firent échouer ces conseils.

Au milieu de cette fluctuation, les Hollandais avaient conclu à la Haye, le 29 Juin 1684, une trêve de 20 ans avec la France, suivie de celle de Ratisbonne du 15 Août même année; et à la suite d'une nouvelle guerre, dans laquelle le prince d'Orange , fidèle à son système , avait réuni les alliés, survint le traité de Ryswick du 20 Septembre 1697 , qui enleva à la France une partie de ses conquêtes.

Au moins cette foi»-ci la Hollande sentit que son existence et son salut dépendaient d'une force dans les Pays-Bas, permanente et équivalente à celle de la France et qu'il fallait trouver cette force dans des alliances , surtout dans celle

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de la maison d'Autriche , comme ia plus puissante en Allemagne.

Ce système ftit suiTi dans la guerre de succession à la couronne d'Espagne qui éclata en 1700 , pour laquelle TAutriche , TAngleterre et la Hollande se liguèrent , et par le traité des barrières, il fut stipulé , qu'aucune partie du territoire des Pays-Bas ne pourra jamais échoir ùi être réunie à la France; que des places fortes dans les Pays-Bas seront accordées aux Hollandais pour barriires contre la France, et qu'il sera entretenu constamment dans les Pays-Bas une armée de 35 à 40 mille hommes dont deux cinquièmes aux frais de la Hollande.

Cet accroissement des forces des Pays-Bas par celles de l'Autriche, venait compeilser à la fin , après bien des guerres^ le décroissement de forces que le traité de Munster atait opéré par la distraction des ProTinces-Unies du corps des Pay»*Bas.

Mais ce beau projet est devenu illusoire; jamais le traité des barrières n'a été exécuté sur ce point.

La Belgique est donc restée ouverte aux invasîoQS de la France ; et malgré ses forteresses sur l*Escaut et sur la Meuse , la Hollande se retrouvait dans la même situation dangereuse dans laquelle 1 avait placée, envers la France, le traité de Westphalie.

Enfin, au milieu de l'inexécution du traité de barrières, sous le rapport de la défense militaire , le prince de Kaunitz ne trouva d'autre moyen de garantir les Pays-Bas Autrichiens de toute invasion de la part de la France, que par une alliance entre ces deux grandes puissances, et le traité de 1756 fut conclu.

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Dèft-lors, la Hollande se trouvait couTerle par les Pays-Bas aussi long^mps que ce traité subsistait ; mais dès qu'il cessait, la Hollande se trouvait de nouveau à découvert, ainsi que le Nord et rAllemagne; TAngleterre était menacée dans ses lies, et se» commerce exclu du continent, parce que, feute d'une puissance imposante intermédiaire dans la Belgique, la France redevenait libre de pousser ses conquêtes au-delà du Rhin et de la Meuse, avant que la maison d'Autriche put envoyer des forces dans ces pays.

La révolution française fit cesser le traité de 1756; et aussitôt les Français inondèrent la Belgique, envahirent le Nord, s'emparèrent de la Hollande, exclurent les Anglais du commerce du continent et les menacèrent d'une invasion dans leur propre royaume.

Ces désastres, sans exemple, qui ont affligé pendant 32 ans toute FEurope, durent nécessairement ouvrir les yeux aux puissances sur le besoin de constituer la Belgique sur le pied respectable et permanent sur lequel elle se trouvait avant la défection des sept Provinces-Unies ; il n'y eut pas d'autre moyen , pour le salut des unes et des autres, que de les réunir de nouveau en un corps d'état souverain et indépendant, sous la garantie des grandes puissances, en rapprochant la Prusse, devenue puissance du premier ordre , de manière à pouvoir appuyer le souverain des Pays-Bas avec autant de promptitude, que ne pourrait en mettre la France pour les envahir.

C'est ce qu'a fait le congrès de Vienne en réunissant toutes ces provinces en royaume sous la couronne du prince d'Orange , et rendant ainsi à celte partie de l'Europe la force que le traité de Westphalie lui avait enlevée.

Cette réunion est donc très-naturelle ; elle est nécessaire et

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indispensable , puisque sans elle la Hollande comme la Belgique devaient devenir suocessiyement la conquête de la France; et elles ne pouvaient le devenir sans anéantir l'Angleterre et troubler sans cesse l'Europe , que la France aurait pu conquérir aussi , si la monarchie universelle n'était pas une chimère.

Après avoir envisagé cette réunion sous le rapport politique et dans l'intérêt de la tranquillité de l'Europe en général , je me permettrai de la considérer sous le point de vue économique et dans l'intérêt de la Hollande et de la Belgique ; et à ces deux égards , je ne m'énoncerai qu'avec beaucoup de réserve , puisque je n'entend que faire connaître ma manière de voir , d'après les renseignemens que j'ai recueillis pendant mon séjour de deux mois à la Haye et d'après les notions que j'avais puisées dans l'histoire de ce pays.

L'union d'Utrecht, qui constitua ces provinces et qui fut l'ouvrage de l'inmiortel Guillaume I , a été un ouvrage fait à la hâte , puisqu'il était provoqué par l'imminence du danger. Cet acte de confédération est plein de lacunes et présente , dans le fond , moins un acte de véritable union , que celui d*ane confédération même imparfaite. L'on crut avoir fait assez, que d'avoir formé un noyau de défense commune pour le moment, dans l'espoir de s'entendre ensuite sur les moyens de consolider cette union par une constitution commune.

Mais , le danger passé , jamais on n'a pu y parvenir , la pleine et entière souveraineté , que chacune des sept provinces s'était réservée et qu'elles ont continué chacune d'exercer avec jalousie; le défaut de pourvoir aux moyens

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pécuniaires, pour la défense commune avec un moyen efficace de contrainte contre les proyinces défaillantes ou récalcitrantes; et une milice non commune de la généralité de l'état , indépendamment de tous les autres vices secondaires , ont présenté à mes yeux un état qui n'aurait pu subsister sans une espèce de miracle, si la jalousie et les intérêts opposés de la France et de l'Angleterre, ainsi que le désir général des puissances d'abaisser la puissance de l'Espagne, n'eussent empêché que ce nouvel état ne croulât.

Il me semble qu'on peut assurer que , jusqu'à nos jours , celte république n'était pas constituée, puisqu'il n'y avait pas d'unité de pouvoir et encore moins d'exécution; le concours et les efforts étaient volontaires; les intérêts se croisaient; l'une province était jalouse de l'autre, et si l'histoire de cette république présente des époques glorieuses et énergiques, il semble, que c'est à la province de Hollande qu'on en est principalement redevable, puisqu'elle était la province prédominante et qu'elle avançait ou fournissait les fonds, lorsque les autres provinces les refusaient ou s'en excusaient.

En vain a-t-on cherché depuis , de parvenir à cette unité par l'établissement d'un stadhoudérat unique et en le rendant ensuite héréditaire ; de cette mesure même sont sortis de nouveaux partis; les stadhoudériens et les patriotes ont augmenté la désunion, jusqu'au point, qu'en 1794, les patriotes ont appelé des révolutionnaires français.

Dès-lors, cette république a été ballotée pendant 22 ans; les Anglais se sont emparés de ses iles et de la plupart de ses possessions dans les deux Indes ; son commerce , sa seule ressource , a été anéanti ; ses dettes étaient montées à trois

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