PÉRIODE ROMAINE
37 . La topographie , sous la période Germanique , avait été purement personnelle; les divisions de la surface de la Belgique avaient été indiquées par le nom de chaque nation qui les occupait; il n'était pas possible de distinguer ces divisions autrement , car toutes ces nations étaient indépendantes l'une de l'autre et ne se sont donné un chef commun , avec le titre de roi ^ que sous la période Franque ; elles n'avaient pas d'ailleurs une circonscription territoriale stable : nuUd Reg^ norum potentiâ divisas ; elles étendaient leurs limites au fur et à mesure qu elles chassaieqt d'autres peuplades Germaniques ou Gauloises ut quœque gens evaluerat, et venaient occuper leur pays^ comme furent chassés les Usipètes et les Sicambres, par les Suèves ^ et les Ménapiens , par les Tungres ; tous ces pays, même suivant la juste remarque de Tacite, ne formaient qu'une masse, que ces peuplades couvraient irrégulièrement, et comme des armées en campagne ; il fallait donc inévitablement distinguer leurs établissemens respectifs par le nom
de la nation qui y était établie et dire : le patfg des Nerviens, des Marins , comme on dit aujourd'hui • le camp des Belges , des Fra/nçais, 0).
Caesar a laissé subsister cette division personnelle , apparemment , parce qu'il n'a eu ni le temps ni l'opportunité d'organiser la Belgique et les Gaules, qu'il n'a occupées que miUtairement.
Mais Auguste et ses successeurs , devenus possesseurs paisibles de la Belgique , leur ont donné une division topographique et civile régulière suivant le système Romain; cette division poun*ait être appelée mixte , en tant que les Romains ont partagé la Belgique , en partie territorialement et en partie civilement , pour conserver à ces divisions , plus ou moins , le nom des anciens peuples, dont chaque division était principalement composée.
Ils ont donc divisé les Gaules en provinces ou gouvememens, les provinces en Métropoles et les Métropoles en Civiiaies ou arrondissemens.
Les métropoles sont appelées Capuû provinciœ ^) : conmie nous les appelons encore capitales ; mais quoiqu'en général il n'y en eût qu'une pour chaque province , il arrivait quelque fois que ce titre honorifique était accordé à quelques civitates de la même province , sans porter cependant aucune atteinte aux droits de la première ; vigat, vocalnU, jurisj verbo métropolis (3) ; il est inutile de dire que la métropole étant le chef-lieu de la province et le siège du gouverneur, avait la sur-intendance sur toutes les Civitates de son ressort.
(1) V. mon Mémoire sur l'Origine des Belges,
(t) L. 7, flf. de officia proooHs. — (8) Rosini, Antiq, Rom, Lib. 10 , C. 2S.
38. Cicéron : de rbpubliga aptid Nonium MarcdUn. De FEOPRiETATE SBRMONUH, hous aTertit, qu'il ae faut pas confondre le mot civUas avec ceux de urhs ou oppidum , c'est-à-dire , vHIjb; que. la cwUm consiste dans une universalité ^hommes jouissant des mêmes lois et des mêmes droits , tandis que urbs ou oppidum signifie un assemblage de maisons habitées par des hommes réunis légalement : « goetvs nommvjÊJure sooiaii, QUiB ayiTÀTES appellaniur ; epismodi cofipmotionem tectarum , OPPIDUM Tel UBBEM €tdpellamus ; omnis ergo popidus qui est talis eœtus muUiiudinis, qualem eœposui, ci vit as est; omnisque
GIYITAS EST GOIISTITUTIO POPULI. »
C'est dans ce sens , que Caesar, en parlant de l'universalité de ces peuplades ou gentes, les appelle oivitates comme il appelle les Suisses civitas Helvetiorum, etc.
Il ne fallait pas que le chef-lieu de la cititas fût une ville; le caractère de chef-lieu consistait dans le siège du gouvernement, néanmoins ce siège était communément établi dans les villes . tant à raison des commodités de la vie ^ que parce que les officiers romains les préféraient naturellement aux bourgs.
Ces civitates avaient pareillement un ressort de sur-intendance et de jurisdiction sur un arrondissement de moindres villes, quartiers, bourgs et autres lieux , avec tel degré d'autorité, que leur attribuait leur charte, et suivant la mesure de liberté, que le sénat leur avait accordée; car les unes étaient stipendiairès , les autres franches ou fédérées libres W; par cette raison , les préfectures étaient divisées en trois classes ou ordres; summus, médius et infimus^).
(1) Rosin, Aniiq. Rom. Lib. 10, C. 23, SS et 24. — (2) h». Cap. 24.
C'est ea faisant attention à ce système et en remarquant que les nations Germaniques, yiyant encore dans un état sauyage , ayaient diyisé leur territoire et leurs administrations en Pagos et Vicos^ qu'on sent la dangereuse inutilité de changer les anciennes dénominations , lorsque le nom ne change rien à la chose , et combien est sage et utile pour la conseryation de la tranquillité publique le conseil de Montesquieu . de ne rien changer dans un pays conquis , sinon le nom du roi et celui de l'armée.
39. Auguste trouyant encore les Gaules divisées comme elles rayaient été sous Cassar, en trois parties, la Belgique, la Celtù que et Y Aquitaine ^ parait s'être contenté de la distribuer en trois gouvernemens ou Métropoles; il établit Trêves pour métropole de la Belgique ; Bourges et ensuite Lyon pour la Celtique ou Lyonnaise , et Narbonne pour l'Aquitaine ou Narbonnaise.
Mais plus un gouyernement est étendu , plus son action est compliquée et lente, et sa suryeiliance en défaut, lorsqu'au lieu de surveiller il yeut administrer.
Auguste ayait en partie rempli par des colonies le yide que Cœsar avait fait dans la population de la Belgique ; le commerce et les arts s'y étaient déjà fixés et le gouvernement de Trêves n'y pouvait plus suffire ; l'empereur Othon subdivisa le gouyernement de Trêves en trois parties : il fit Trêves métropole de la Belgique ; Mayence de la première Germanique, et Cologne de la seconde Germanique.
Diocletien divisa la Belgique en deux , faisant Rheims la métropole de la seconde Belgique et conservant Trêves comme métropole de la première (0. On peut voir chez D. Bouquet
(1) D. BoDQDKT, prëf. du Tom. 1.
les subdiYisions successiTes des Gaules sous Constantin et Honorius, mais elles n'appartiennent point à mon sujet.
40. Toutefois on y Toit que , du temps d'Honorius et par conséquent sur la fin du IV* siècle^ les quatre parties de la Belgique étaient comme suit :